Archive pour décembre, 2011

Scénario catastrophe pour décembre 2012 dans une France qui s’ennuie

Certains prévoient la fin du ou d’un monde, précisément le 21/12/12. D’autres scénarios plus plausibles sont envisageables. J’ai déjà évoqué une année où rien ne se passe mais rien n’interdit de formuler une hypothèse assez sombre. Dans le premier cas, l’agence de notation logée dans mon cerveau accorde un triple A au monde, que je viens de réviser en double A, en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz. Dans le second cas, je travaille avec une hypothèse triple B. Autrement dit, perspectives sombres, voire catastrophiques avec un triple C, mais je n’ose pas envisager un dépôt de bilan du monde. De l’Europe, pourquoi pas. Des observateurs n’hésitant pas à lâcher avec désinvolture cette hypothèse d’un effondrement de la zone euro. Nous n’en sommes pas là. Quel peut être l’intérêt du catastrophisme ? Eh bien lorsqu’il se présente comme éclairé, il permet d’anticiper les secousses de l’avenir et de prévenir d’éventuelles situations menant aux pire. C’est cette idée qu’a développée le philosophe Jean-Pierre Dupuy. L’opinion pense à des événements climatiques, des attentats, mais on peut aussi envisager des catastrophes systémiques plus généralisées et complexes. En envisageant la fin de l’euro pour 2011, Jacques Attali a-t-il servi un morceau de catastrophisme éclairé ? Quoi qu’il en soit, les dirigeants ont pris quelques engagements lors d’un sommet récent et la BCE a prêté 500 milliards aux banques. La zone euro est en perspective stable a déclaré récemment le ministre allemand de l’économie. Tout devrait bien se passer sauf si on prend en compte des paramètres supplémentaires.

Les scénarios économiques sont rarement fiables et le passé récent nous l’a prouvé. C’est à se demander si cette science est aussi fiable que l’astrologie. Sur une dizaine de prédictions, il y en aura toujours une ou deux qui collent, ce qui nous persuadera de l’efficacité de la méthode. Je vais quand même me lancer en prenant en considération le phénomène humain. Les événements imprévisibles de l’Histoire sont souvent causés par des passions et des explosions sociales dont les ressorts sont masqués avant qu’ils ne se détendent, créant dans les sociétés modernes des déferlements systémiques. Je ne raterai pas l’occasion d’évoquer cet éditorial devenu aussi presque aussi célèbre et emblématique que l’appel du 18 juin. Le 15 mars 1968, Pierre Viansson-Ponté titrait dans le Monde, la France s’ennuie ! Pas de chômage à cette époque, une croissance sereine, pas de déficit mais il bien connu que lorsque les jeunes s’ennuient, ils vont des bêtises, comme Daniel Cohn-Bendit et ses acolytes qui ce 21 mars 1968 n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’aller « embêter » les filles dans un dortoir à Nanterre. Du coup les flics sont allés déloger le « péril jeune » et le lendemain fut fondé le mouvement du 22 mars. Vous connaissez la suite. La France allait être réveillée de son ennui.

Le 26 décembre 2011, Jacques Rosselin titre dans la Tribune : l’Europe s’ennuie ! L’économie mondiale semble faire des ronds et la perspective politique en 2012 sera pour la France de choisir entre la rigueur façon Sarkozy et la rigueur façon Hollande. J’ai bien aimé ce billet facétieux qui aurait pu être écrit dans leMonde ou Libération s’il y avait encore des éditorialistes dans ces deux journaux devenus, eux aussi, assez ennuyeux. Rosselin conclut de manière sibylline son billet en imaginant une élection en 2012 jouée comme un printemps français à la mode russe, faisant allusion à cette France qui lorsqu’elle s’ennuie, s’offre un soubresaut salutaire. Que cette évocation est subtilement amenée. On l’aura deviné, Rosselin pense à mai 68 mais il impensable d’évoquer ces événements dans un journal sérieux comme la Tribune, alors, un printemps russe fera l’affaire.

Examinons maintenant si un mai 68 français et même européen est plausible ? C’est une question de ressort. Il y a quarante ans, la jeunesse mondiale contestait et s’émancipait. Il y avait une aspiration à vivre, inventer, et chez les travailleurs, une attente liée aux braises du syndicalisme et de la lutte des classes encore chaudes. Il a suffit de quelques étincelles et la France s’est embrasée. En 2011, c’est plutôt l’impression d’un ressort cassé qui transparaît. La société n’a plus la pêche. Les jeunes n’ont pas confiance en l’avenir et la plupart tentent la débrouille quand le sort des études ou de l’origine sociale ne leur a pas été favorable. Les travailleurs ont peur du chômage et les vieux ont peur pour leur épargne. Dans un tel contexte, ce n’est pas l’explosion mais la dépression qui gagne la France et l’Europe. Un collapse. Une dépression de l’humeur mais qui peut aussi signifier dépression économique. Car la confiance, elle sert de liant social mais aussi elle participe à ce que Keynes appelait « l’esprit animal » et le « piège de la liquidité » pour désigner des facteurs échappant à la rationalité et pourtant d’une influence notable, positive ou négative, dans le climat des affaires.

Rien de tel qu’un cas d’école pour illustrer ce piège de la liquidité et ce climat de confiance en berne. Le groupe Petroplus a besoin d’une ligne de crédit de 700 millions d’euros pour acheter du brut et poursuivre son activité de raffinage. Mais les banques rechignent à prêter. Pourtant, cette activité semble solide et cette situation échappe à la compréhension rationnelle puisque les banques européennes ont reçu 500 milliards d’argent frais à un pour cent de la BCE. La situation de Petroplus et du crédit est complètement absurde. Les banques laissent actuellement en dépôt au jour le jour plus de 400 milliards d’euros que la BCE rémunèrent à 0.25 %. On ne comprend pas pourquoi les banques préfèrent laisser pourrir leur argent au lieu de proposer une ligne de crédit à Petroplus qui pourrait leur rapporter bien plus que les 0.25 %. C’était justement l’objectif de cette manip de la BCE que d’offrir des liquidités en masse pour que le crédit ne soit pas asséché. Pourquoi cette situation ? Est-ce un manque de confiance, une anticipation de la surcapacité de raffinage, une stratégie des marchés pour liquider ce site ou alors une bureaucratie interdisant à de nouvelles banques d’entrer dans la participation financière ? Une chose est certaine, le monde de la finance nous ment et peut-être se ment aussi à lui-même. Il est assez curieux qu’une société comme Petroplus en arrive à être notée triple C par les agences. L’autre versant de cette crise des liquidités, c’est que les investissements se portent sur des placements censés être plus sûrs, comme le sont les obligations d’Etat. L’« effet 500 milliards » de la BCE a permis à l’Italie de lever des obligations à un taux correct. Mais en règle générale, le cas Petroplus illustre le manque de confiance et surtout, de solidarité dans les affaires financières. On ne découvre rien de neuf. L’économie au 21ème siècle ressemble plus à une affaire de jungle qu’à un club de gentlemen des affaires. Et les Etats ne sont pas en reste. Ils jouent la solidarité européenne mais louvoient pour préserver leurs intérêts nationaux.

Et les citoyens ? Eh bien la confiance, on ne sait pas exactement comment elle se porte. Il faudrait lire dans les âmes. Les dons aux associations sont trompeurs. Et l’opinion se laisse facilement gagner à la désignation du bouc émissaire. Le voisin qui reste à la maison devient suspect. Les bénéficiaires du Rsa passent pour des profiteurs menant une vie de pacha en bouffant l’argent public alors que ceux qui se lèvent tôt mènent une vie d’enfer. C’est incroyable ce que la propagande idéologique possède comme impact sur les esprits. Mais c’est un autre débat sur les possédés (lire Ellul). Pour l’instant, l’époque semble être marquée par un manque de confiance. Une sorte de déprime du psychisme et si on voulait tracer une comparaison avec mai 68, alors on verrait une configuration inversée des énergies psychiques d’investissement collectif. Au lieu d’une explosion on aurait un collapse, un effondrement. Une dépression généralisée. Et une confiance qui disparaît. Les Français n’ont plus confiance, ni en eux, ni en la politique, ni en la finance, ni dans le progrès. Il semblent attendre les nouveaux gadgets servis par la technologie. Les accros du progrès voient le salut dans la robotique. Les allumés de la singularité rêvent d’un gouvernement mondial et numérique. Les Français attendent aussi des contes que le cinéma leur offre pour oublier leur situation dans la société. Pour preuve, le succès d’intouchables qui n’est pas sans rappeler celui d’Amélie Poulain, lui aussi à une époque de doute, précédant le vote du 21 avril 2002.

Il se dit que bon nombre de seniors préfèrent claquer tout leur fric pour jouir tant que l’âge est propice, quitte à ne rien laisser à leurs enfants. C’est un signe de notre époque. La confiance, c’est de penser qu’on peut compter sur les proches ou l’Etat. Quand l’égoïsme arrive, on compte moins et c’est chacun pour soi. La confiance se perd. La plupart des politiques songent à leur réélection et les cadres de l’Etat à leur promotion. J’ai sondé un peu l’ambiance avec ma suggestion de traité de RCC monéthique européen. Au vu des réactions, j’en suis arrivé à la conclusion que les gens préfèrent assumer le risque d’une société s’effondrant plutôt que de la sécuriser en aidant les couches sociales les plus basses. Cette éventualité leur brise le cœur. Voilà donc un ensemble de signes et signaux dévoilant une perte de confiance qui peut conduire la plupart à épargner alors que les investissements sont bloqués, que les financiers tentent de sauver leurs liquidités et que la rigueur accentue le phénomène de récession. 2012 pourrait voir la France stagner, le chômage croître de 300 000 et au final un plan de réduction drastique où tout est envisageable, y compris la baisse du salaire des fonctionnaires. Et des coupes franches dans la plupart des dépenses sociales. La France risquant aussi de perdre son triple A. Le budget est voté à la fin de l’automne et si un mois risque d’être chaud, ce sera celui de décembre, comme lors des grèves de 1995. Une fois passé l’état de grâce qui n’aura même pas lieu après mai 2012, quel que soit le président élu.

La première chose à retenir, c’est que l’avenir se joue pour une part importante sur le psychisme et la confiance. Ce n’est pas tant l’économie que la psychopolitique qui sera déterminante. Si mouvement social il y a, ce sera plus une révolte du genre printemps arabe qu’une insurrection nationale portée par un souffle nouveau comme en mai 68 où, même si les étudiants avaient peu en commun avec les travailleurs, les Français espéraient décrocher un morceau de lune. En 2012, il n’y a rien à décrocher ni à espérer, même les vieilles lunes ont disparu du ciel des idées. Les gouvernants cherchent des solutions productivistes alors qu’il n’y en a pas. La France ne peut plus s’enrichir globalement. La convergence économique plus ou moins poussée par une finance gouvernée par l’école de Vienne mais contrebalancée par les politiques keynésiennes fera que la désindustrialisation est inéluctable. Cette situation risque de durer une ou deux décennies. En Europe, ce sera comme le Japon de 1990-2010 et peut-être pire parce que le pays du soleil levant à su jouer naguère sur le dynamisme des pays asiatiques. La situation n’est pas pour autant désespérée. Il y a suffisamment de richesses pour permettre à tous de vivre correctement. Il faut pour cela apprendre à vivre avec moins de superflu et plus de partage. L’économie est sure. Ce qui l’est moins, c’est le psychisme humain, la dépression, l’égoïsme, le narcissisme, la cupidité, la perte de confiance. Ce n’est pas l’économie qui fera s’effondrer la société mais l’inverse, une société en perte de confiance, de solidarité, de valeurs, qui fera s’effondrer l’économie. 2012 est donc une année critique, avec un risque d’effondrement social et une opportunité pour une nouvelle prise de conscience sur l’impasse du tout matérialisme qui semble se dessiner au sein de la jeunesse. Il y a une nouvelle société à inventer. Et elle sera différente de celle issue de mai 68.

L’autre jour, un peu avant 18 heures, je circulais à vélo sur les rails du tramway, remontant en flânant le cours de la Libération. En face de moi, un paysage féerique, un ciel d’un bleu profond, avec un dégradé du sombre au clair et un fondu avec l’horizon d’un orange flamboyant. Dans le bleu du ciel, l’étoile du berger, un croissant de lune et quelques traînées d’avions colorées en orange. On aurait dit un tableau de Kandinsky superposée à une scène de ville peinte par Van Gogh avec les guirlandes de Noël formant une harmonie avec ce coucher de soleil incandescent et la nuit transfigurée. J’avais l’impression d’entrer dans une carte postale divine, dans un autre monde. J’oubliais tout et mon regard se fondait dans le paysage devenu subitement surnaturel. Finalement, il y a des manières de voir et des choses savoureuses, accessibles sans qu’on ait à sortir sa carte de crédit et de plus, imposant qu’on n’ait pas les yeux rivés sur son smart phone à attendre les tweets de Nadine Morano. Changer de regard, c’est déjà commencer à inventer un autre monde. Passez de bonnes fêtes !

Jean-Louis pour Bernard Dugué

son site

Etudiants étrangers : le troisième coup de massue de Guéant

« En psychiatrie, on appellerait ça une névrose obsessionnelle. » Dans uneexcellente tribune publiée sur le site des Echos (« Taxe sur les étudiants étrangers : l’Etre et le Guéant »), Vincent Chauvet, président du MoDem Sciences-Po, soulève un point passé inaperçu dans l’arsenal anti-étudiants étrangers mis en place par le ministre de l’Intérieur.

La promesse de Claude Guéant de réviser sa circulaire du 31 mai, n’a pas empêché le gouvernement de créer, dans la loi de finances pour 2012 (promulguée le 28 décembre), une nouvelle taxe sur les étudiants étrangers.

« Gratuit jusqu’en décembre 2008, le renouvellement d’un titre de séjour étudiant est actuellement soumis à une taxe comprise entre 55 et 70 euros.

A partir du 1er janvier, la taxe variera entre 200 et 385 euros. A cela s’ajoute une nouvelle contribution de 110 euros, payable dès le dépôt de la demande, et non remboursable même en cas de refus. »

« Responsabiliser le demandeur de titre de séjour »

Soit une augmentation de plus de 600%, qui arrive après :

  • la très contestée circulaire du 31 mai 2011 relative à la maîtrise de l’immigration professionnelle, dite « circulaire Guéant » – concrètement elle interdit à de nombreux diplômés étrangers de travailler en France ;
  • le décret du 6 septembre 2011 augmentant de 30% les ressources exigéespour obtenir un titre de séjour étudiant…

L’exposé des motifs de l’article 28 du PLF 2012 est clair :

« Le présent article [..] poursuit les objectifs suivants :

supprimer le régime fiscal favorable dont bénéficiait jusqu’à présent l’immigration professionnelle ;

- faire acquitter tout ou partie des taxes dès la demande du titre de séjour, de manière à responsabiliser le demandeur et améliorer le traitement d’ensemble du flux des demandes ;

- majorer le montant du droit de visa de régularisation de 220 € à 340 € .

Plus c’est compliqué, plus c’est cher

Certains commentateurs de l’article relèvent que ces taxes “concernent l’étudiant étranger qui n’est pas entré en France muni des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur”. Concrètement, cela concerne beaucoup de monde, tant les formalités administratives sont lourdes et complexes.

Elles concernent aussi “les étudiants âgés de plus de 18 ans, qui après l’expiration d’un délai de trois mois depuis son entrée en France, n’est pas en possession d’une carte de séjour”. Un cas de figure très courant, pour les raisons déjà citées.

A la lecture des textes de l’Assemblée nationale et des informations du site Légifrance, il apparaît que les étudiants, et les étudiants devenant salariés, qui bénéficiaient de tarifs avantageux, pour certaines démarches (mais pas toutes), entrent désormais dans le régime commun des étrangers.

Comme le souligne Gérard Tardy, un entrepreneur français installé en Angleterre, ce sont davantage les embûches administratives plus que les frais à engager qui plombent le dossier :

“L’objectif [pour la France, ndlr], ce n’est pas forcément d’être le moins cher : la quasi-gratuité est souvent perçue en Asie comme un signe de ‘mauvaise qualité’ de la destination concernée.

L’essentiel est de simplifier les démarches administratives, d’avoir des règles claires et stables, et d’encourager les diplômés étrangers à trouver un travail ou à créer une entreprise en France.”

 

Jean-Louis pour Blandine Grosjean

in Rue89

Les inquiétantes théories du complot du républicain Ron Paul

Les inquiétantes théories du complot du républicain Ron Paul dans Opinions ron_paul
Ron Paul à Des Moines le 29 décembre (Jeff Haynes/Reuters)

Ron Paul, conservateur « libertarien », proche de la très paranoïde John Birch Society passe pour être le candidat favori des conspirationnistes du 11-Septembre. Et pour avoir lui-même versé à plusieurs reprises dans la théorie du complot.

« Ron Paul Political Report », « Ron Paul’s Freedom Report », « Ron Paul Survival Report », « Ron Paul Investment Letter » : tels sont les titres des bulletins d’information mensuels qui font aujourd’hui polémique, publiés depuis plus de vingt ans par Ron Paul, en lice dans la primaire qui doit désigner le candidat républicain à la présidentielle 2012.

Le sida créé dans un labo d’Etat américain

En 2008, James Kirchick révélait dans The New Republic le penchant du congressiste républicain pour les théories du complot et les dérapages racistes, manifestes à la lecture de ces fameuses newsletters.

Le dernier article de Kirchick enfonce le clou. Il précise notamment que les bulletins de Ron Paul qu’il a pu consulter à l’université du Kansas et à la Wisconsin Historical Society étaient rangés dans les archives relatives à la « littérature politique américaine d’extrême droite ».

Pour certains, Ron Paul est un sympathique « iconoclaste », un empêcheur de tourner en rond qui « dérange le Système » par ses propositions « originales » et ses coups de gueule contre l’Etat fédéral.

Kirchick rappelle que Paul est pourtant le seul des candidats à l’investiture républicaine à avoir accrédité la thèse selon laquelle le sida aurait été créé dans un laboratoire d’Etat américain, à Fort Detrick, dans le Maryland.

Une accusation dont on sait depuis vingt ans maintenant qu’elle faisait partie d’une opération de désinformation soviétique baptisée Infektion.

Mais ce n’est pas tout : dans l’un des bulletins de Ron Paul, on peut lire que les patients atteints du virus du sida ne devraient pas être autorisés à manger dans les restaurants car « le sida peut être transmis par la salive » !

Dans un autre, on apprend, stupéfait, que des « gangs de jeunes filles noires âgées de 12 à 14 ans » parcouraient les rues de New York munies de seringues potentiellement infectées par le virus du sida pour l’injecter à des femmes blanches.

Ron Paul dénonce le « terrorisme racial »

Le Ron Paul Political Report du 15 juin 1992, édité un mois et demi après les émeutes de Los Angeles, est consacré au « terrorisme racial ». On peut y lire que « l’ordre a été restauré à Los Angeles quand les Noirs sont allés ramasser leurs chèques d’aide sociale ».

Ron Paul ajoute :

« J’ai conseillé à tout le monde dans ma famille d’apprendre à utiliser une arme à feu pour se défendre. Contre les animaux qui viennent. »

Ron Paul nie être l’auteur de ces phrases, y compris celles qui sont rédigées à la première personne du singulier. Il a expliqué sur CNN qu’il n’était pas au courant de tout cela, qu’il ne l’a su que dix ans plus tard et qu’il ne connaît pas exactement l’auteur de ces mots.

Les bulletins auraient tous été rédigés par l’équipe de son entreprise « Ron Paul & Associates ». Une ligne de défense qui ne convainc pas la presse américaine. Michael Tomasky (The Daily Beast) résume ainsi le problème :

« S’il n’a pas écrit ces phrases, qui l’a fait ? Pourquoi ne le dit-il pas ? Si réellement il n’est pas d’accord avec ces déclarations et les désavoue vraiment, il ne peut pas y avoir de bonne raison de ne pas nommer l’auteur de ces phrases.

Ron Paul admet qu’il est au courant de ces phrases depuis dix ans. Mais s’est-il intéressé à ce moment là, quand il en a été averti, à la question de savoir qui en était l’auteur ?

Il me semble que dans le cas où je serais membre de la Chambre des représentants (comme Ron Paul l’était à cette époque), où je ne serais pas raciste, et où je découvrirais que des propos racistes ont été tenus en mon nom, je voudrais savoir qui en est l’auteur. »

Et de conclure, pessimiste :

« Parmi les républicains et les conservateurs, il n’y a tout simplement pas assez de gens qui se préoccupent de savoir s’il est ou non raciste. Si on lui demandait une explication, il en fournirait une. Mais on ne lui demande pas. »

Le vieux thème du complot juif

L’autre violon d’Ingres de Ron Paul, c’est son hostilité radicale à l’Etat d’Israël qui, constate Kirchick, est le pays étranger le plus souvent cité dans les bulletins d’information de Paul.

Un bulletin publié en 1987 parle notamment de l’Etat hébreu comme d’« un Etat agressif et national-socialiste » (sic). En 1990, la prose flirte carrément avec le vieux thème du « complot juif » : un bulletin de Ron Paul dénonce les « dizaines de milliers d’amis d’Israël bien placés dans tous les pays qui sont prêts à travailler pour le Mossad dans leur domaine d’expertise ».

Un autre texte, daté de 1994, suggère que les services secrets israéliens seraient derrière l’attentat du World Trade Center de 1993 :

« S’il s’agit d’une opération du Mossad israélien, comme le suspectent certains de mes amis juifs, écrit Paul, ou s’il s’agit réellement de représailles perpétrées par des fondamentalistes musulmans, cela importe peu. »

Populaire dans les milices d’extrême droite

La focalisation « ron-paulienne » sur Israël n’a rien de mystérieuse si l’on se penche un instant sur ses supporters. Car Ron Paul n’est pas seulement populaire parmi les chantres du libéralisme économique (lire à cet égard l’article dithyrambique consacré à Ron Paul sur le blog de Rue89 « Libéraux et fier de l’être »).

Il l’est aussi dans toute une fraction de l’extrême droite américaine. A commencer par les groupes paramilitaires qui forment le Militia movement : quelques semaines avant l’attentat d’Oklahoma City (1995), commis par un sympathisant du mouvement des milices, un bulletin d’information de Ron Paul faisait l’éloge des « 1 500 milices locales qui s’entraînent pour défendre la liberté » et présentait les milices comme « l’une des évolutions les plus encourageantes en Amérique ».

Des textes de Ron Paul sont par ailleurs publiés depuis plusieurs années dans les colonnes du journal crypto-fasciste American Free Press, fondé par le négationniste Willis Carto, sans que Paul n’ait jamais pris la peine de s’en démarquer.

American Free Press vend même sur sa boutique en ligne une sélection de discours du candidat républicain édité par Chris Petherick, un ancien collaborateur du journal de Carto, sous le titre « The Ron Paul Revolution ». Difficile d’imaginer qu’il se soit affranchi de l’autorisation de Paul.

American Free Press est l’une des sources privilégiées des conspirationnistes du 11-Septembre. Le journal est même partenaire d »Axis for Peace, une conférence conspirationniste internationale organisée par Thierry Meyssan en 2005.

Ed Crane, président du Cato Institute (un think tank libertarien), rapporte que Ron Paul lui a confié un jour que sa première source de donateurs était composée par la mailing list de Spotlight (l’ancêtre d’American Free Press).

Interrogé à ce sujet, Paul affirme ne pas se souvenir d’une telle discussion, ajoutant toutefois que le fait de rechercher des soutiens par le biais d’une telle liste ne lui poserait aucun problème.

Proche d’un ex du Ku Klux Klan

On trouve aussi des photos de Ron Paul en train de poser aux côtés de Don Black. Cet ancien membre du Ku Klux Klan est le fondateur du site webStormfront.org, un forum où se retrouvent « suprémacistes » blancs, négationnistes et thuriféraires du IIIe Reich.

Don Black a mené activement campagne pour Paul en 2008. Dans une interview rapportée par le New York Times, il soutient que plusieurs dizaines de membres de son forum sont volontaires pour la campagne de Ron Paul.

L’un des fils de discussion de Stormfront, intitulé « Pourquoi Ron Paul est-il si populaire ici ? », a ainsi pas moins de 24 pages de commentaires.

Alex Jones est un autre des supporters actifs de Ron Paul. En 2008, cet animateur de radio adulé par le mouvement des milices administrait même le site web RonPaulWarRoom.com pour soutenir la candidature de son champion à l’investiture du Grand Old Party pour les présidentielles.

Paul est sans doute le congressiste américain le plus fréquemment interviewé dans l’émission d »Alex Jones qui, avec ses centaines de vidéos partagées sur Internet, est l’une des principales sources de diffusion massive de théories du complot.

Malaise, y compris chez les conservateurs

De tels soutiens suscitent un certain malaise, y compris dans la presse conservatrice. Ron Paul n’en a cure :

« S’ils veulent me soutenir, se défend-il, ils soutiennent ce que je fais ou ce que je dis. Cela n’a rien à voir avec le fait de soutenir ce que eux disent. »

Or, le problème est bien dans ce que dit Ron Paul. Un seul exemple : lors d’un entretien avec Alex Jones en mars 2009, le congressiste n’a pas hésité à abonder dans le sens de son interlocuteur et à évoquer l’existence d’un complot d’Etat impliquant une partie de l’armée américaine (le Northcom), de la CIA et une fraction de la classe politique pour prendre le pouvoir aux Etats-Unis.

Ron Paul concédant toutefois que « le congressiste moyen » ne fait probablement pas partie de cette « grande conspiration » – selon ses propres mots.

Jean-Louis pour Rudy Reichstadt
in http://www.conspiracywatch.info/

 

L’actualité de la crise : SUR UNE CORDE RAIDE

Ne dissimulant pas son soulagement d’avoir réussi à passer l’épreuve, Mario Monti, le président du Conseil italien, a cru pouvoir considérer que l’Italie venait de “s’éloigner du bord du précipice”. Le résultat de l’émission obligataire de lundi n’est pourtant pas si brillant : il a en effet été consenti un taux de 6,98% pour l’émission de titres à dix ans, à un cheveu du seuil de 7% considéré comme à terme insoutenable. Or les taux montent plus facilement et rapidement qu’ils ne descendent – sur le marché secondaire, il a dépassé à nouveau ce seuil – et les besoins de financement de la dette italienne sont de 450 milliards d’euros en 2012, le gouvernement venant de réussir à lever… 7 milliards d’euros.

Mario Monti va maintenir deux fers au feu pour tenter de détendre la situation : engager son fameux programme de réformes structurelles et vendre des actifs publics – participations dans des entreprises ou biens immobiliers, l’objectif étant de diminuer la dette d’au-moins 100 milliards d’euros sur ses 1.900 milliards au total – tout en tentant une problématique relance économique dans un contexte de récession prononcé. L’idée est d’introduire de la “flexibilité” grâce à un vaste programme de libéralisation et d’ouverture à la concurrence, afin de renforcer la compétitivité. Tout décodage de ce pathos est désormais superflu, dont il va toutefois falloir négocier précautionneusement les mesures afin de contenir les réactions sociales.

Cela revient à marcher sur la corde raide. Seule consolation, bien peu charitable, qui a échappé dans cette situation tendue à ce pieux technocrate lors de sa conférence de presse : en référence à ses fondamentaux, l’Italie ne mériterait pas de subir des taux obligataires aussi élevés que l’Espagne ! A ce propos, le Conseil des ministres espagnol a adopté aujourd’hui un décret-loi de mesures d’urgence, avec pour objectif de réduire les dépenses budgétaires de 16,5 milliards d’euros en 2012, des coupes supplémentaires d’un niveau de 10 milliards étant prévues au cas où le déficit public serait supérieur aux 6% du PIB promis. Mais le déficit devrait aux dernières nouvelles atteindre le taux de 8%, déjouant une fois encore tous les calculs.

Le pays est en train de s’enfoncer dans la récession, apportant sa participation au concert européen, ayant comme consolation – lui aussi – de ne pas être le seul à devoir rassurer les marchés sans toutefois y parvenir. Car l’objectif de Mariano Rajoy, le chef du gouvernement, est de ramener le déficit à 4,4% du PIB fin 2012, comptant notamment sur une loi de “modernisation de la législation du travail” pour l’atteindre… Cette droite est victime de ses certitudes idéologiques, quand elle ne les fait pas endosser par ceux qui se présentent à gauche.

Mario Monti fonde quant à lui ses espoirs dans les prochaines décisions européennes, là où pourtant le pire est pourtant toujours à attendre. Wolfgang Schaüble, le ministre allemand des finances, vient pour le confirmer une nouvelle fois de déclarer : “Je crois qu’au cours des douze prochains mois nous aurons éliminé les dangers de contagion et serons parvenus à stabiliser la zone euro”, illustrant l’incapacité des dirigeants européens à prendre la mesure de la situation et à reconnaître sa grande instabilité. A l’appui de sa prédiction, il cite la perspective de la mise en place du Mécanisme européen de stabilité financière (MES) vers la mi-2012, sans savoir comment ses 80 milliards d’euros de capital seront réunis et à quelles conditions il pourra emprunter sur le marché. Car cela dépend notamment de l’évolution de la notation de la France.

En réalité, les résultats pour le moins mitigés des dernières émissions obligataires italiennes montrent l’étendue des problèmes qui ne sont pas pris en compte. La Grèce va pour sa part entrer dans un nouveau cycle de négociations financières relatives à la poursuite de son sauvetage, alors que le précédent n’est pas terminé, laissant toujours planer la menace d’un défaut sur sa dette et d’une sortie de la zone euro, qui créerait une cascade d’événements imprévisible. L’éclatement de cette dernière n’est d’ailleurs plus un sujet tabou, tandis que l’arrivée comme un sauveur du FMI semble déjà oubliée. Les banques – qui dans ce cas subiraient un effet domino redouté – sont pour leur part maintenues le nez hors de l’eau par la BCE, confirmant ainsi indirectement leur vulnérabilité, ce qui ne les empêche pas de peiner pour renforcer leurs fonds propres.

Toujours pas prise à bras le corps, la crise européenne reste menaçante, renvoyant à celle qui parcourt le monde qu’il ne faudrait pas oublier. Les exportations du Japon sont affectées par le renchérissement du yen résultant de la faiblesse du dollar, ainsi que par le ralentissement économique mondial, tandis que la consommation intérieure continue de régresser et la production industrielle de diminuer, en dépit des mesures publiques de relance. Le pays continue de subir une déflation dont il ne parvient pas à sortir.

De leur côté, les Etats-Unis continuent de repousser par petites étapes successives le moment où il va falloir engager la réduction de leur endettement, tout en enregistrant une faiblesse accrue de leur croissance. Enfin, la Chine souffre d’avoir pris les recettes du capitalisme financier pour argent comptant, confrontée à une bulle immobilière et au déséquilibre de son système bancaire atteint par la mauvaise qualité de ses actifs, engagée dans un modèle de développement déséquilibré accentuant les inégalités. Se retrouvant dans le cadre d’une formule que l’on pourrait énoncer comme étant un système, deux pays, suite logique mais inversée de celle de Den Xiaoping : “un pays, deux systèmes”.

Jean-Louis pour François LECLERC

blog de Paul JORION 

LGS solidaire de Ségolène Royal (1)

Pour l’hebdomadaire VSD, Ségolène Royal est une des « têtes à claques de l’année ». Vexée, elle envisage de porter plainte pour « harcèlement moral », « atteinte à sa dignité de mère de famille, de tels propos étant particulièrement odieux pour des enfants, même adultes », « injure publique à l’égard de ses fonctions d’élue » et « atteinte à sa réputation ».

Les administrateurs du GS connaissent ça : harcelés, atteints dans leur dignité de pères de familles, injuriés publiquement, menacés physiquement, atteints dans leur réputation, ça commence à bien faire alors qu’ils n’ont jamais été candidats à la présidence, n’ambitionnent pas le Perchoir ni un siège de député après parachutage hors de leur bled.

Jusqu’à présent, ils supportent leur condition de punching-ball avec bravitude, mais va savoir s’ils ne finiront pas par pleurer comme Ségo, ou par mordre, comme VSD.

Jean-Louis pour Théophraste R. (poids léger).

in LGS

___

(1) Nan ! C’est pour rire.

Achetez le calendrier 2012 !

Achetez le calendrier 2012 ! dans Humour

Que fait Brigitte Bardot ?

Que fait Brigitte Bardot ? dans HumourSur l’étang de Thau, il paraît que des ostréiculteurs stressent les huîtres pour qu’elles soient plus charnues et goûteuses.

Au secours, Brigitte !

Jean-Louis

George Steiner, une certaine idée du savoir

George Steiner en 2006.

George Steiner en 2006 (AFP).


Littérature, philosophie, sciences : aujourd’hui, nos outils pour la compréhension du monde se développent séparément, regrette l’intellectuel et humaniste. La culture est pourtant ce qui nous sauve, particulièrement en Europe. Extraits.

Nietzsche, Héraclite et Dante sont les héros de son nouveau livre, Poésie de la pensée, mais ils attendront un peu. George Steiner nous accueille dans sa maison de Cambridge avec une confidence farceuse, entre une tranche de panettone et un café : lors des débuts de l’Eurostar, il proposait de donner un shilling au premier enfant qui apercevrait un poisson dans le tunnel sous la Manche. « Les parents étaient effarés ! » s’amuse le professeur de littérature comparée.

Ce mélange de facétie et d’érudition, d’intelligence et de gentillesse, caractérise bien George Steiner. Né en 1929, à Paris, d’une mère viennoise et d’un père tchèque qui avait eu la prescience de l’horreur nazie, ce maître à lire polyglotte a déchiffré Homère et Cicéron dès son plus jeune âge, sous la houlette de son géniteur, un grand intellectuel juif, féru d’art et de musique, qui voulait éveiller en lui le professeur (le sens propre du mot « rabbin »).

En 1940, la famille embarque pour New York sur le dernier bateau parti de Gênes. Après des études à Chicago puis à Oxford, Steiner rejoint à Londres la rédaction de The Economist. Il traverse à nouveau l’Atlantique pour interviewer Oppenheimer, l’inventeur de la bombe atomique, qui le fait entrer à l’institut de Princeton. C’est le « tournant » de sa vie. Tout en publiant ses grands livres, Tolstoï ou Dostoïevski, Langage et Silence, etc., souvent issus de la matière de ses cours, il fonde le Churchill College à Cambridge, devient critique littéraire au New Yorker et rejoint l’université de Genève. Rencontre avec un grand humaniste européen, dont la pensée a fait le tour du monde. Lire la suite de l’entretien sur télérama.fr…

 

Jean-Louis pour Juliette Cerf

 

 

Lettre ouverte à Sarkozy

Lettre ouverte à Sarkozy, elle émane d’un groupe de citoyens, tous membres du forum SARKOSTIQUE.

Monsieur Sarkozy,

Je vous écris suite à l’annonce par vos soins de la création de 7 heures par semaine de travail obligatoire pour les allocataires du RSA, et de votre discours à l’occasion de cette annonce, des extraits ayant été publiés dans le nouvel observateur, la tribune, et j’en suis sûre bien d’autres médias.
Je ne peux pas dire que votre discours est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, il faudrait que le vase soit aussi grand que les réserves d’eau de la planète.
Votre discours qui alterne contre-vérités et mépris du peuple fait qu’aujourd’hui je m’adresse directement à vous, afin d’exprimer ce que votre politique m’inspire.

Je fais partie d’un petit groupe de citoyens, qui, comme tant d’autres, suit votre action et la politique que vous impulsez, d’abord comme ministre de l’intérieur depuis novembre 2006, puis comme président de la République en mai 2007.

Cette politique est la destruction totale et massive des acquis sociaux du Comité National de la Résistance dont vous galvaudez le nom régulièrement. C’est la redistribution des richesses vers les gens qui n’en ont pas besoin pour vivre, avec comme conséquence à terme la faillite du pays, faillite que vous feignez de ne pas voir arriver. Et je ne parle pas d’un arrêt de paiement de la dette, votre « principale préoccupation », mais bien d’un arrêt quasi total de l’économie… Parce que, Monsieur Sarkozy, ceux que vous oubliez régulièrement ou ceux dont vous n’avez cure, ce sont les citoyens à revenus modestes de ce pays. Ce sont aussi la majorité des clients des entreprises que vous glorifiez… Je vais faire simple, puisqu’il paraît qu’il faut « parler aux français avec des mots simples »
Les pauvres n’ont plus d’argent, ils ne consomment plus, les entreprises font faillite. L’argent doit circuler dans une économie, Monsieur Sarkozy, c’est ça qui crée de la croissance et des emplois.Mettez l’argent sur des comptes où il ne sert à rien, vous mettez un pays en faillite. C’est de l’économie de base, il suffit d’avoir validé sa seconde pour savoir ça. Bien sûr, les personnes qui vous conseillent et vous même se fichent comme d’une guigne des citoyens du pays et même de la faillite du pays lui même.
Je suppose que c’est parce que vous êtes persuadé que les contribuables vont payer encore et encore et encore. Mais ce n’est pas le cas. Peu importe le moment, il y aura un moment où il y aura une taxe ou une mesure de trop, et où les citoyens diront « non ». Sauf si vous n’êtes pas ré-élu et que quelqu’un d’autre propose enfin une politique décente à la France.

Revenons à ce discours contre la fraude qui personnifie toute votre politique nauséabonde. S’il y a bien un discours qui doit faire se lever en hurlant, c’est celui là. Reprenons en les points phares :

« Voler la sécurité sociale, c’est trahir la confiance de tous les français ».
Je suis d’accord avec vous, l’Etat qui ne reverse pas aux comptes de la sécurité sociale les taxes qui ont été créées pour son financement, comme celles sur le tabac et les alcools, c’est du vol. Que cette action crée en plus un « trou de la sécu » qu’on peut exploiter à loisir pour mener une politique de déremboursement des médicaments, hausse du forfait hospitalier, franchise de un euro déremboursé par consultation, et j’en passe… Faire payer à tous ceux qui consultent et donc à une majeure partie de personne à bas revenus, l’euro de hausse des consultations de médecins, qui ne sont pas vraiment une catégorie à bas revenus, c’est très fort.

« La fraude, c’est la plus terrible et la plus insidieuse des trahisons de l’esprit de 1945. C’est la fraude qui mine les fondements même de (la) République sociale »
Décidément, l’esprit de 1945, ça revient souvent. Est-ce un embryon de mauvaise conscience qui vous fait répéter sans cesse cette expression ? La plus terrible et la plus insidieuse trahison de l’esprit de 45, c’est d’utiliser cette expression alors qu’on détruit tout ce qui a fait 45.
Des exemples ? Mais à votre service.
Le durcissement de la justice des mineurs, c’est vous (ordonnance de 45).
Commencer à évaluer les enfants dès trois ans, votre idée (pas encore en place, mais ça, ce n’est pas grâce à vous).
La tentative de dépouiller le juge des enfants de sa spécificité, c’est encore vous.
Enfin, la destruction de la sécurité sociale que j’ai évoqué plus haut, obligeant les français à se soigner en fonction de leurs moyens et non plus en fonction de leurs besoins.

Parler du CNR quand on applique le programme de Denis Kessler, c’est fort de café.

« Voulons-nous d’un système de sécurité sociale qui ne serait qu’un guichet auquel chacun pourrait se servir comme bon lui semble ? »
Parfois, je me demande à quel point l’inconscient intervient dans vos discours. Bien sûr que vous ne voulez pas d’un système de sécurité sociale qui ne serait qu’un guichet auquel chacun pourrait se servir comme bon lui semble… Vous l’avez déjà !!! Mais vous, ce n’est pas juste la sécurité sociale..
Vous vous êtes auto-augmenté à partir d’un salaire qui est déjà indécent.
Vous avez dépensé 180 millions pour la rénovation non nécessaire d’un avion.
Vos trop fréquents déplacements sont ruineux pour la France tant le nombre de gardes du corps et forces de l’ordre mobilisées pour préparer votre venue est important…
Vous convoquez des conseils de ministres où les ministres voyagent en train mais font venir leurs voitures par la route !!
Vous souhaitiez placer votre fils à la tête de l’EPAD !
Bien entendu, ce ne sont là que quelques exemples. La République est votre guichet, Monsieur Sarkozy, le vôtre et celui de vos subordonnés, rien d’étonnant à ce que vous souhaitiez que ce guichet soit chasse gardée… Si je devais lister ici les dépenses inutiles de votre gouvernement, votre majorité et vous même, je n’aurai pas assez de papier…
J’ai beaucoup ri en apprenant qu’on gelait votre salaire. Comment peut-on croire une seule seconde que c’est une mesure qui va convaincre qui que ce soit ? Le salaire des fonctionnaire est gelé depuis deux ans, vous n’avez pas donné de coup de pouce au SMIC, et vous espérez montrer votre « courage » en ne touchant qu’environ 20 000 euros par mois ?

« Le mot +devoir+ n’est pas un gros mot, c’est la contrepartie des droits ».
Ah ça…. Si seulement vous aviez une petite idée de ce que ça veut dire, au lieu de prendre la République pour un paillasson et un tiroir caisse… J’ai une autre citation pour vous « A grand pouvoir grandes responsabilités », mais vous ne devez pas la connaître non plus, ni en mesurer la portée. Les Français que je connais, Monsieur Sarkozy, remplissent bien plus leur devoir que vous ne remplissez le vôtre, qui est d’être au service du peuple et de gouverner le pays en « bon père de famille ». La plupart cherchent désespérément un emploi, ou bien travaillent, généralement sous payés. Quelle que soit la situation ils y mettent le maximum de leurs possibilités, de leurs efforts, jusqu’à en mourir parfois (les suicides au travail).

Vous avez tenté de faire passer une quatrième journée de carence pour les arrêts maladie.
Avez vous une seule idée de la souffrance au travail de certaines personnes et du nombre de personnes qui devraient être arrêtées et qui ne s’arrêtent pas ? Parce qu’elles ne veulent pas laisser tomber leur travail d’abord, parce qu’elles n’en ont pas les moyens ensuite ?
Notez bien, Monsieur Sarkozy :
D’abord parce qu’elles ne veulent pas laisser tomber leur travail. Parce que ces personnes ont le sens du devoir, justement.
J’aimerais également savoir ce qu’est un arrêt maladie « frauduleux ». Surtout en sachant que 80% des fraudes à l’assurance maladie sont le fait de professionnels de santé… pour bien plus d’argent que les salariés.
Parce que généralement, Monsieur Sarkozy, un salarié n’abandonne pas de gaieté de coeur 40% de son salaire juste pour le plaisir de tondre sa pelouse… Je sais, vous, 40 % de salaire en moins, ça fait toujours plus de 10 SMIC par mois. Donc pas de quoi s’inquiéter. Ca peut paraître fou vu d’en haut, mais les gueux ont besoin de l’entièreté de leur salaire pour vivre (ils ont des loyers à payer, pas d’indemnité de représentation pour la nourriture et tout un tas d’autres aléas…)

Accessoirement, cette mesure sera inefficace et encore une fois (mais y a-t-on échappé une seule fois en cette mandature !!), aura des conséquences que vous n’avez jamais envisagées ou dont vous vous gaussez éperdument. Les gens n’auront peut être plus d’arrêt courts, qui ne sont pas des arrêts de confort mais bien des arrêts nécessaires à la récupération d’un corps malmené. Par contre, quand ils craqueront, ils auront des arrêts. Longs. Beaucoup plus longs que s’ils avaient pu se reposer quand c’était nécessaire. Mais ce n’est pas grave, n’est ce pas, alea jacta est, après tout.

« Il n’y avait pas d’autre solution que de réformer la retraite » (je résume)
Mais si, Monsieur Sarkozy, il y avait d’autres solutions…
1 – Aller chercher l’argent là où il se trouve, dans les poches des personnes riches et sur les transactions financières. Avec les dents, peut être. Comme la croissance que vous n’avez pas réussi à attraper.
2 – Suivre votre pays modèle, l’Allemagne. Sur la durée de cotisation, qui est de 35 ans. Chose qu’on omet bien sûr de préciser dans les discours « En Allemagne les gens partent à 67 ans ». Vous n’avez pas juste relevé l’âge du départ en retraite à taux plein à 62 ans. Non, en allongeant la durée de cotisation, vous vous êtes consciemment assuré que la majorité des français qui commençent actuellement à travailler après 20 ans, et surtout connaissent à un moment donné le chômage, ne partiront pas à 62 ans.
D’un côté vous gémissez sur les résultats de la France en matière recherche et d’éducation (alors que proportions gardées, ils sont plutôt extraordinaires vu les moyens donnés à l’éducation et la recherche actuellement), de l’autre vous instaurez 42 ans de cotisation.
C’est incompatible. Si si, en reprenant calmement, les maths, tout simplement.
Autant dire carrément que vous souhaitez que toutes les formations s’arrêtent à bac+2 et que les élèves en difficulté scolaire n’aient aucune chance de se rattraper, s’ils ont trébuché dans leur parcours scolaire. Ca s’appelle faire face aux conséquences de ses paroles.

« Trop longtemps, il fut de bon ton dans certains milieux de nier la fraude ».
Tout à fait.
Alors que maintenant, vous la déclamez, vous reconnaissez sa présence avec emphase…tout en pointant du doigt ceux qui ne sont responsables que de 15% de la fraude sociale au maximum.
Oui, Monsieur Sarkozy, il y a deux types de fraudes.
La fraude aux allocations, toutes allocations confondues, qui est estimée entre 2 et 3 milliards d’euros. Sachant qu’une erreur de la CAF (et elle peut en faire, nul n’est infaillible) est considérée comme une fraude, on peut se poser la question de la valeur de cette estimation. Et cette fraude est à 90% récupérée par les caisses.
La fraude aux prélèvements, c’est à dire celle des patrons (ceux qui se lèvent tôt, les entrepreneurs, le dynamisme de la France, je reprends votre discours), est estimée entre 8 et 15 milliards d’euros. Quatre fois plus. Dont quel montant est « récupéré » ? J’aimerai bien le savoir…
Et que fait-on ? On diminue les moyens des inspecteurs du travail, ils risquent leur vie, se font tuer pour certains. Et…on renforce les contrôles sur les allocataires sociaux.

J’en viens enfin à la pire phrase, selon moi, de votre discours, même si elle est enrobée de bonnes paroles. La phrase que vous utilisez pour justifier (à vos yeux peut être) l’annonce de 7 heures de travail obligatoire pour les allocataires du RSA.

« On n’a pas de dignité quand on ne peut survivre qu’en tendant la main. »
Après avoir lu cette phrase, je sais que je n’ai pas d’anévrisme au cerveau parce qu’il aurait sûrement explosé au moment où je mesurais la portée de la phrase…
1 – Vous assimilez le RSA à la mendicité : C’est ignoble.
La France est un pays riche, très riche (plus de millionnaires que les autres pays d’Europe). La France peut donc largement se permettre d’aider les personnes en difficulté, quelles qu’elles soient. Quand on sait que toutes les personnes ayant droit au RSA ne le demandent pas, quand on sait qu’elles font tout pour se débrouiller par elles mêmes et que la majorité ont travaillé, dans de mauvaises conditions la plupart du temps… Quand on sait que c’est un chômage structurel de masse organisé de par les conditions de travail qui fait que les personnes se retrouvent au RSA… On n’assimile pas ça à de la mendicité. Le RSA est un droit, et les personnes au RSA continuent de payer des impôts tous les jours avec la TVA, alors ce n’est pas de la mendicité, c’est un juste retour des choses.

2 – Que savez vous exactement de la situation de « tendre la main » ?
Fils d’avocate et petit fils de chirurgien, élevé dans un hôtel particulier, vous avez toujours connu une situation aisée.
Les mots « fin de mois difficile » n’ont aucun sens pour vous. Je vais encore une fois faire simple. Votre salaire mensuel, c’est 47 RSA mensuels (RSA amputé du « forfait logement », soit ce que touchent la majorité des allocataires), ou quasiment 4 RSA annuels. Vous touchez en un mois quasiment 4 ans de RSA, et je me base sur votre salaire de 2008, et je ne prends pas en compte tous les autres avantages qui transforment votre salaire en argent de poche.
Vous avez travaillé un mois chez un fleuriste, terrible ! Il y a quoi…30 ans ? C’est sans doute l’une des seules fois où vous avez approché le monde du travail sans pince à linge sur le nez… Vous prônez la valeur travail, mais vous n’avez aucune idée de ce qu’est un travail pénible.
Ce n’est pas le travail qui pose problème, Monsieur Sarkozy. Simplement, le travail des gens inclut leurs conditions de travail. Et leurs conditions de vie, aussi. Quand on fait un travail alimentaire, qu’on a des heures de transport dans la journée, qu’en rentrant il faut s’occuper des courses, du ménage, de la vaisselle, de faire à manger, le linge, etc… Ca fatigue. Sans parler bien sûr pour beaucoup de salariés le fait d’être subordonné à une personne qui peut faire de votre vie un enfer (et/ou vous licencier, les deux possibilités n’étant pas mutuellement exclusives…)
Ne parlons pas des salaires misérables pour la plus grande partie de la population, ce qui n’incite pas à se lever le matin. Alors évidement, quand on se lève, que le petit déjeuner est prêt, que le costume est repassé, que les sanitaires fonctionnent, qu’on sait qu’on n’aura absolument rien à faire côté intendance, qu’on est transporté par chauffeur, qu’on est payé de façon indécente et qu’on fait un travail qu’on aime, là, ça change à peu près tout.
On peut bien sûr fanfaronner sur la « valeur travail » et le fait de travailler « 70 heures par semaine », ou autre. En oubliant que certains travaillent autant sinon plus, pour beaucoup moins. Mais je m’égare…

3 – Parlons de dignité maintenant.
La dignité, c’est autant le respect de soi que le respect qui nous est accordé par les autres, par leur attitude.
En fustigeant les allocataires du RSA et tous les allocataires, vous attentez à leur dignité.
En faisant de la fraude un thème de campagne et en pointant régulièrement les allocataires, en prenant des mesures uniquement dirigées contre eux, vous attentez à leur dignité.
Vous suggérez que derrière tout allocataire se cache un potentiel fraudeur… Plus que ça, vous suggérez que les fraudeurs (prenons ceux qui fraudent réellement, pas les pauvres bougres qui perçoivent indûment 200 euros et qui après l’avoir signalé, se font traiter de fraudeurs) le font uniquement dans le but de gruger l’Etat. Vous oubliez, sans doute parce que ça ne vous a jamais effleuré, que parfois nécessité fait loi, et que la majorité des gens, s’ils n’étaient pas confrontés à des situations dramatiques et des procédures administratives ubuesques, ne frauderaient pas.
Pour rendre la dignité aux allocataires, il faudrait déjà arrêter de les fustiger en permanence et leur donner l’impression qu’ils volent leur allocation même lorsqu’ils y ont droit. Ensuite, faire en sorte qu’ils puissent trouver un travail décent, là serait la réelle mesure.
Ce n’est pas rendre sa dignité à quelqu’un que de lui imposer 7 heures de travail par semaine à un salaire inférieur au SMIC (pour la valeur qu’on s’accorde, intéressant…). Ce n’est pas rendre sa dignité à quelqu’un que de lui imposer un travail qui sera probablement ennuyeux et désespérant (les emplois qui ne le sont pas sont déjà pourvus, rappelez vous, 4 millions de chômeurs, quand même…). Ce n’est pas rendre sa dignité à quelqu’un que de l’utiliser pour finalement ne pas engager ou licencier quelqu’un d’autre… Oui, 7*5=35, 5 allocataires RSA= un emploi qui ne coûte pas cher, le calcul est facile.

La seule chose que je vous accorde, c’est que vous avez utilisé le mot « survivre ». C’est bien ça. Au RSA, dont le montant mensuel ne paie même pas un de vos déjeuners, on survit. A peine. On se désocialise. On s’en sort rarement. Et vu la gestion du pays, le nombre d’allocataires ne risque pas de baisser.

En conclusion, Monsieur Sarkozy, cessez de croire que votre discours a un sens, à part pour ceux qui n’ont jamais connu la difficulté, ceux qui ont toujours eu un salaire élevé, ceux qui comme vous n’ont pas la plus petite idée de ce que veut dire « difficulté financière » ou « impossibilité de retrouver un emploi ».

Ou alors, faites quelque chose de réellement « courageux » cette fois. Relevez un défi.

Sur un an tentez de vivre avec le RSA pour seul revenu et aucun des avantages auxquels vous êtes accoutumé. 

Sarkostiquement Vôtre,

Jean-Louis pour Val, raja, timbur, Lady Marwina, reveillonsnous, sarkome, cervesia, rébus, sarkonique.

Le site Sarkostique

2012, l’année de tous les dangers

C’est un euphémisme de dire que les prévisions pour 2012 sont pessimistes. Moins de ressources, plus d’emprunts, explosion de la résistance citoyenne, paralysie des Etats et des institutions internationales, gesticulations de plus en plus irrationnelles du marché, pris en tenaille entre les intérêts des bailleurs – spéculateurs et les créditeurs. Tandis que les USA et l’UE se mêlent les pédales dans leurs propres écritures comptables destinés à amuser leur dette (refusant encore et toujours de chambouler un système qui les met à genoux) les quatre vaches laitières dites pays émergeants (Chine, Brésil, Russie, Inde) donnent des signes de grosse fatigue : les prévision de croissance se situent entre 4 et 5 %, loin des 9 -10 % auxquels on était habitués.

Cette croissance n’était pas autre chose que le résultat des libertés que prennent ces pays avec le coût réel du Travail et des règles élémentaires du commerce international (libertés desquels jusque là le reste du monde s’accommodait très bien, et pour cause). Or, les choses se corsent : la contestation interne enfle et la demande externe s’essouffle. Sans oublier que Washington, mais aussi Londres, Paris, Berlin et par conséquent Bruxelles, cherchent à juguler ces pays considérés à nouveau à cause de la crise comme un péril et que les règles protectionnistes sont, discrètement, mises en place. On se rappelle enfin que la Chine et l’Inde ne jouent pas le jeu, et caracolent au sommet du championnat de la contrefaçon. Leurs pratiques néocoloniales et anticoncurrentielles envers les pays tiers, en Afrique et en Amérique Latine sont ouvertement condamnées… Voilà qu’à Washington réapparaissent les théories de confinement-encerclement de l’ogre chinois.

Pour pimenter encore plus le tableau, les prévisionnistes affirment que la crise de l’euro, de l’UE et l’impasse budgétaire US ne sont rien comparés à la crise japonaise qui pointe son nez : Si la dette en Europe tourne autour de 80-90 % du PIB, au Japon elle se situe à 200 % (près de 11.000 milliards) et surtout, Tokyo doit honorer en 2012 près de quatre mille milliards, mission impossible pour les mécanismes internes de recherche de crédits.

A la périphérie, qu’elle soit asiatique (Thaïlande) aux portes de l’Europe (Turquie) ou en Europe même (Tchéquie, Pologne), la demande (ou plutôt le manque de demande) sape le peu de croissance, et le sud européen se dirige allégrement vers une récession sans précédent (Espagne, Italie, Grèce, Portugal), victime des plans d’austérité imposés par le duo infernal (France – Allemagne) aux ordres du « marché ». Ils oublient entre temps que la dette de ces pays a été une génératrice de monnaie importante de la décennie précédente et le destinataire de la production européenne (et pas seulement). Au point que certains acteurs de l’économie réelle, en Allemagne en particulier, s’en vont demander à leur Première ossie à qui donc vont-ils fourguer leurs Golfs, leurs Mercedes et autres scanners Siemens.

 

Les prédateurs institutionnels, qu’ils logent à la City, à Wall Street ou à Austin (Texas), les flibustiers du capitalisme du désastre chers à Friedmann, avaient misé sur l’Iraq, l’Afghanistan ou la Nouvelle Orléans pour se refaire une santé, tout en imposant leur vision néolibérale du monde. Aujourd’hui, ils déchantent : moins de 5% de ce qu’ils considéraient comme leur terrain de chasse, la « reconstruction » de l’Iraq (représentant près de deux cent milliards de dollars), leur incombe. Et ce pourcentage diminuera encore plus avec le départ du dernier marine américain. Les milliards dépensés pour la corruption des « nouvelles élites » iraquiennes auront été de l’argent jette par la fenêtre : selon l’ONU près de dix milliards « investis » à Bagdad sont désormais « introuvables ». Comme quoi, il existe toujours plus malin que soi. Il en est de même en Afghanistan, et rien n’indique qu’il en sera autrement en Libye. L’administration Karzaï (si l’on peut appeler « administration » ce club de féodaux producteurs d’opium qui « dirige » le pays), devient de plus en plus pressante : exiger plus pour avoir plus à une coalition sur le départ après avoir « magistralement réussi » tous ces objectifs et dont le plus impératif, couper la voie du pétrole de l’Asie centrale à la Chine, tourne au fiasco absolu. Dix ans après l’intervention, on se dirige, tous feux éteints, vers un pouvoir taliban – ISI (services « secrets » pakistanais) et un oléoduc du côté de Gwadar alimentant le Pakistan.

Cependant, il n’y a rien de mieux que de continuer une politique qui échoue. On fait semblant de croire que les grecs, les portugais ou les espagnols sont des chiliens, que 2012 c’est 1973 ; que l’Iran c’est l’Iraq, que les détroits d’Ormuz c’est Grenade…

Vous avez aimé les conflits pétroliers, la guerre de cent ans indo-pakistanaise (à laquelle nous avons allégrement participé), vous allez adorer celles qui se préparent en 2012 entre l’Egypte, le Soudan, et les pays africains du Nil ; celui qui se trame pour les eaux de l’Euphrate (Otez-moi ce barrage anatolien qui m’affame) ; le Mékong, Amour, Amou Daria et Syr-Daria (et tant d’autres), autant de mèches allumées déjà et que la crise, l’essoufflement des empires et le renouveau nationaliste ne pourront (ou ne voudront) éteindre.

I Phone, les avancées sur le génome, jeux vidéo, médias, images formatées et discours qui le sont autant, veulent toujours faire illusion sur un monde « Under control » uniforme. Les vieux routiers de la politique, les malins de la finance, croient toujours pouvoir faire comme si rien n’était. Ils préparent des nouveaux traités croyant toujours qu’ils traitent et gèrent la réalité : moins de démocratie, plus de contrôles et de sanctions, pour imposer leurs choix budgétaires. Ils ouvrent inlassablement des nouveaux fronts, pour faire oublier ceux qu’ils abandonnent. Ils créent ainsi, chaque jour un peu plus, un monde centrifuge et entropique, allument des feux partout se croyant pourtant les pompiers du monde. L’anarchie environnementale s’installe tandis que le déficit américain – mère de tous les maux -, génère, ici et partout ailleurs, des cohortes de chômeurs et le spectre de la fin du citoyen – consommateur. Il y a quelques jours, Naomi Klein déclarait que le mouvement de Occupy Wall Street était en 2011 « la chose la plus importante au monde ». Elle n’avait pas tort, à condition de voir ce mouvement comme une force globale qui, certes consciente d’une injustice économique, en voit surtout un système hors de contrôle, générant une année 2012 de tous les dangers. Nietzsche l’avait dit autrement : « Le préjugé fondamental est de croire que l’ordre, la clarté, la méthode doivent tenir à être le vrai des choses, alors qu’au contraire le désordre, le chaos, l’imprévu n’apparaissent que dans un monde faux. Il ne s’agit là d’un préjugé moral ». Tandis que le physicien Ilia Prigogine ajoutait – et c’est là l’essentiel que devraient assumer les Merkel, Sarkozy et autres Poutine - : « les promoteurs de l’ordre ne sont que des créateurs de désordre ».

Le grand corps malade global est certes infecté d’une contradiction quotidienne entre un désir d’ordre et une pratique généralisée du désordre. Alzheimer ayant rejoint le Cancer, l’instant ayant remplacé l’Histoire, les dirigeants modernes oublient désormais que c’est la connaissance du passé et l’espoir d’un futur meilleur qui sont les moteurs essentiels de l’humanité. En occultant l’un et l’autre ils créent un mode sordide, une dystopie inhabitable, un non sens, qu’il faudra bien affronter en 2012.

Jean-Louis pour Michel Koutouzis

son site

12345...52

Le droit de savoir |
Lesenegalais |
Aurélien Brillant MIAMISSA |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RTI VERITES
| unsa-cprpsncf
| Parti Libéral Tunisien