Le biométrique, juteux marché pour les entreprises françaises

Les sociétés françaises dominent le marché de l’identité… sauf en France. Plus pour longtemps : leur lobbying politique est en train de payer.
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Une sculpture d’œil par Tony Tasset dans un parc de Chicago (John Picken/Flickr/CC)

Le business de la biométrie est en plein boom : selon l’agence Markets & Markets, le marché mondial de la biométrie représentera 8,5 milliards d’euros d’ici 2015. Cette expansion se fait particulièrement sentir dans les pays émergents où les états civils, quand ils existent, sont souvent parcellaires.

Une entreprise française pour la base de données des Indiens

L’Inde a ainsi lancé un vaste projet visant à constituer une base de données biométriques de ses habitants, remporté en 2010 par l’entreprise françaiseMorpho, filiale du groupe d’armement et de défense Safran.

Dans son édition du 2 janvier, Le Figaro détaille. Ce « marché de l’identité » de 1,5 milliard de dollars – que Morpho partage avec une autre filiale de Safran – entend collecter les empreintes digitales et les scans de l’iris de 200 millions d’Indiens d’ici à juin prochain. A terme, elle recensera l’intégralité de la population du deuxième pays le plus peuplé du monde.

Pour l’Inde, l’enjeu est central, puisqu’il vise ni plus ni moins à court-circuiter la corruption, dans un pays où plus des trois-quarts de l’aide sociale sont détournés.

Problème : au début du mois de décembre, les autorités indiennes ont mis un coup d’arrêt au projet. Mis en difficulté en Inde, Morpho (« numéro un mondial des documents d’identité sécurisés par la biométrie ») se consolera peut-être en France.

Lobbying à puces

Une loi, adoptée le 13 décembre en seconde lecture à l’Assemblée Nationale, va en ce sens : elle permettrait la création d’une base de données commune à la carte d’identité, qui deviendrait électronique, et des passeports, d’ores et déjà biométriques. 45 millions de Français figureraient dans ce fichier.

D’abord adoptée pour lutter contre l’usurpation d’identité, ses promoteurs au Sénat et à l’Assemblée avaient également à l’esprit la prospérité des entreprises du secteur.

Jean-René Lecerf, sénateur du Nord (UMP), auteur [PDF] de la proposition de loi :

« Le sujet engage aussi des enjeux économiques, industriels. [...] Les entreprises françaises, en pointe sur ce domaine, veulent investir le marché français. [...] Elles ne vendent rien en France, ce qui les pénalise à l’exportation par rapport aux concurrents américains. »

« Un signal fort en faveur de notre industrie »

Même son de cloche du côté de Philippe Goujon, rapporteur du projet de loi à l’Assemblée nationale :

« Les principales entreprises [...] du secteur sont françaises, dont trois des cinq leaders mondiaux des technologies de la carte à puce, emploient plusieurs dizaines de milliers de salariés très qualifiés et réalisent 90% de leur chiffre d’affaires à l’exportation. [...] Le choix de la France d’une carte nationale d’identité électronique serait un signal fort en faveur de notre industrie. »

Il faut dire que des pays comme la Suède, la Belgique, l’Espagne ou les Emirats arabes unis ont déjà fait appel à des entreprises françaises pour la mise en place de cartes d’identité électroniques. La France a « seulement » confié à la française Gemalto certains composants des passeports électroniques et la réalisation de la carte Vitale.

« Le champ libre à d’autres nations »

Regroupés au sein du Gixel (Groupement des industries de composants et de systèmes électroniques), les industriels du secteur font pression pour qu’un tel projet soit adopté. Dans un document publié en juin :

francenumerique_0 dans Opinions

VOIR LE DOCUMENT

(Fichier PDF)

« Nous recommandons le déploiement effectif de la carte nationale d’identité électronique. [...]

L’absence actuelle de projet en France laisse le champ libre à d’autres nations, pour imposer de nouvelles normes, des produits ou des services au détriment des intérêts nationaux français et de son industrie [et] mettent leurs industriels en position d’exporter leurs solutions basées sur leur carte d’identité électronique. »

Des inquiétudes pour la sécurité

Au-delà des inquiétudes éthiques, la constitution de grandes bases de données de plusieurs millions de personnes pose des problèmes techniques. Ainsi, la base de données biométriques indienne sera 2,5 fois plus grande que celle de Facebook.

Récemment, on apprenait qu’un fichier contenant la base de données de la population israélienne avait été piraté et rendu librement accessible pendant près de deux ans.

« Plus de fichiers = plus de fuites », prévenaient pour leur part les hackers qui avaient fait fuiter les données personnelles de centaines de cadres UMP, début novembre.

Pendant les débats sur cette proposition de loi, le député Jean-Paul Lecoq (PCF) avertissait :

« Le risque zéro n’existe pas, les pirates sont plus talentueux que les industriels. »

Jean-Louis pour Martin Untersinger
in Rue89

 

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