Archive pour 6 janvier, 2012

Une fois n’est pas coutume, jouons !

Un jeu québecois avec le son, et l’accent : Jouer

Merci à Roland

Taxe Tobin à la française : un bluff indécent

Henri Guaino annonce ce matin à BFM une taxe Tobin française avant la fin 2O12. De qui se moque le gouvernement ? Il y a à peine un mois le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Pierre Lellouche, s’opposait au vote par le Sénat d’une telle taxe, estimant que la France « ne peut légiférer seule » car ce serait « contre-productif » et cela « nuirait à la place financière de Paris ».

Depuis deux ans déjà Nicolas Sarkozy orne ses discours d’envolées lyriques sur la taxe Tobin. Il avait promis que le G20 de Cannes marquerait une avancée décisive : l’échec a été total. Aujourd’hui, à trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, il prétend la décider seul, éventuellement avec l’Allemagne. Cette annonce est purement opportuniste : elle ne vise qu’à atténuer l’effet désastreux de l’annonce de la TVA « sociale », dont chacun sait qu’elle frappera d’abord les couches populaires. Elle manque totalement de crédibilité : contrairement à ce qui se fait toujours avant d’introduire un nouvel impôt, tout indique que Bercy n’a mené aucune étude sérieuse de faisabilité pour préparer la mise en place d’une telle taxe au plan français.

Tous les actes de Nicolas Sarkozy – réformes fiscales, réforme des retraites, sauvetage des banques sans contrepartie, casse des services publics… – montrent qu’il gouverne pour la finance. Rappelons également que Nicolas Sarkozy a supprimé en 2008 l’impôt de bourse, qui taxait à la Bourse de Paris les transactions sur actions au taux de 0,3%. Nicolas Sarkozy joue donc de façon indécente avec le symbole de la taxe Tobin pour tenter de redresser son image de Président des riches. La manipulation politique est trop grossière pour que les citoyens se laissent abuser.

La taxe Tobin est possible dès 2012, en Europe, au taux de 0,1%, en incluant les produits dérivés et (contrairement au projet de la Commission européenne) les transactions sur les devises, pour freiner fortement la circulation des capitaux et la spéculation et pour financer les biens publics mondiaux, à commencer par la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. La France pourrait bien sûr montrer montrer l’exemple. Mais il faudrait une volonté politique, pas un bluff médiatique.

Jean-Louis pour Attac France,
http://www.france.attac.org/articles/taxe-tobin-la-francaise-un-bluff-indecent

Une crise du capitalisme avancé

« Serait-il exagéré d’avancer l’hypothèse que la crise de la zone euro n’est que le symptôme d’une crise plus générale du capitalisme avancé ? » s’interroge l’économiste C.J. Polychroniou, qui rappelle que « le système économique a été confronté à de fortes tensions et contraintes structurelles depuis de nombreuses années avant le déclenchement de la crise financière en 2007 : notamment la surproduction, l’augmentation des déficits commerciaux, le manque de croissance, d’emploi, et des niveaux d’endettement très élevés. »

Une crise du capitalisme avancé dans Opinions arton3155

par C. J. Polychroniou, Economics Institute, 6 décembre 2011

Serait-il exagéré d’avancer l’hypothèse que la crise de la zone euro n’est que le symptôme d’une crise plus générale du capitalisme avancé ?

Le marché obligataire italien est en proie aux attaques frontales des justiciers de la dette publique, et l’incendie se propage au cœur de l’Europe. Cependant, Angela Merkel, la dame de fer, reste inflexible dans son opposition à ce que la Banque centrale européenne (BCE) agisse comme prêteur de dernier ressort – position qui, compte tenu de la gravité du moment, aurait certainement fait froncer les sourcils d’un Friedrich Hayek, face à l’orthodoxie de la politique monétaire allemande. Devant cette situation, la Réserve fédérale américaine a dégainé, et lors d’une opération coordonnée avec cinq d’autres banques centrales (y compris la BCE), est venue à la rescousse du système bancaire européen et, par extension, de la zone euro elle-même, et finalement peut-être aussi du capitalisme avancé.

Deux ans après la survenue de la débâcle grecque (qui s’est désormais transformée en une vraie crise budgétaire), suivie naturellement par de graves problèmes dans d’autres parties de la zone euro (décrits à tort comme une crise de la dette souveraine), la crise de la zone euro prend désormais l’apparence d’une profonde crise bancaire européenne.

L’initiative de la Fed, qu’un certain nombre d’économistes avaient recommandée depuis quelque temps, a été motivée par le constat que les banques européennes éprouvaient des difficultés à refinancer l’équivalent de près de 1500 milliards d’euros de dette libellée en dollars américains. La situation désespérée dans laquelle se sont retrouvées les banques européennes est devenue assez évidente depuis quelques semaines : elles n’avaient pratiquement plus accès au marché du dollar.

L’action conjointe de la Fed et des autres grandes banques centrales suit un script qui provient directement du Traité sur la Monnaie de John Maynard Keynes. De fait, il est fort possible que les capitalistes d’aujourd’hui ainsi que des générations futures aient à remercier M. Keynes pour avoir sauvé le capitalisme mondial en deux occasions : durant le krach de 1929, puis celui de 2008.

Naturellement, les banques européennes ne sont pas les seules à traverser une très mauvaise passe. Il est peu vraisemblable que les banques américaines soient en bien meilleure posture, et les perspectives pour le secteur bancaire américain vont grandement s’assombrir si la situation actuelle dans la zone euro devait se prolonger. De fait, les banques américaines seront confrontées dans un avenir très proche à d’énormes volumes de dette arrivant à maturité. Avec pour commencer, plus de 50 milliards de dollars de dettes arrivant à échéance ce mois-ci. On peut donc s’attendre à ce que la Fed soit très occupée dans les mois à venir.

Mais faut-il comprendre le problème de l’Euroland, ceux qui existent de ce côté-ci de l’Atlantique, ou encore la stagnation de l’économie japonaise, comme uniquement dus aux retombées de la crise financière ?

Faut-il lui attribuer toutes les difficultés sociales et économiques auxquelles sont confrontés aussi bien l’Ancien que le Nouveau Monde – stagnation de la croissance, montée en flèche du chômage, baisse des perspectives de création de nouveaux emplois, faiblesse de la demande, écart grandissant entre les nantis et les plus démunis, malaise social ?

On peut défendre, avec de solides arguments, la thèse selon laquelle ce à quoi nous assistons, ce n’est pas simplement une grave crise financière dont le centre de gravité se trouve dans le monde développé, mais une crise plus générale du capitalisme avancé.

Le système économique a été confronté à de fortes tensions et contraintes structurelles depuis de nombreuses années avant le déclenchement de la crise financière en 2007 : notamment la surproduction, l’augmentation des déficits commerciaux, le manque de croissance, d’emploi, et des niveaux d’endettement très élevés.

L’accumulation de la dette du secteur privé des économies occidentales, qui a échappé à tout contrôle, est largement le résultat de la stagnation des salaires. Aux États-Unis, ceux-ci ont stagné depuis le milieu des années 1970, donnant naissance à un nouvel « Age Doré », et un renouveau des thèses proclamant la supériorité d’un capitalisme darwinien.

D’autre part, les déficits budgétaires et l’accumulation de la dette publique, bien que largement amplifiés par la crise financière de 2007-08, ont été en grande partie le résultat de politiques fiscales insidieuses favorisant les plus riches et les revenus du capital. L’idée d’une « société bonne et juste » s’est transformée en un rêve lointain dans la plupart des sociétés capitalistes avancées.

Alors que se poursuit la crise de la zone euro et que l’économie américaine peine à se tirer d’affaire, nous devons réexaminer les faits, et affiner nos outils d’économie politique, en considérant que ce qui se déroule à l’heure actuelle dans les économies avancées n’est pas seulement une crise bancaire ou financière, mais une crise plus profonde du capitalisme.

Jean-Louis pour CJ Polychroniou, membre associé du Levy Economics Institute.


Publication originale Levy Economics Institute, traduction Contre Info

L’art de ne rien comprendre à la dette publique

« Les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements, » assène Paul Krugman à l’attention de tous ceux qui réitèrent sans cesse cette analogie stupide et se réclament des vertus des « bons pères de famille » pour faire croire à la nécessité absolue d’une austérité porteuse de récession.

L’art de ne rien comprendre à la dette publique dans Grèce arton3152

Ceux qui s’inquiètent du déficit public dépeignent un futur où nous serions appauvris par la nécessité de rembourser l’argent emprunté. Ils décrivent l’Amérique comme une famille qui aurait souscrit un prêt hypothécaire trop lourd, et peinerait à effectuer les remboursements mensuels.

C’est là une analogie vraiment déplorable, pour au moins deux raisons.

Premièrement, les familles doivent rembourser leurs dettes. Pas les gouvernements.

La seule chose qu’ils aient à faire, c’est de s’assurer que la dette croisse plus lentement que leur assiette d’imposition. La dette de la Seconde Guerre mondiale n’a jamais été remboursée. Elle est tout simplement devenue de moins en moins significative, au fur et à mesure des progrès réalisés par l’économie américaine, et de l’élévation en parallèle des revenus assujettis à l’impôt.

Deuxièmement – et c’est un point que quasiment personne ne semble percevoir – une famille trop endettée doit de l’argent à quelqu’un d’autre. Mais la dette américaine est, dans une large mesure, de l’argent que nous nous devons à nous-mêmes.

Ce fut clairement le cas de la dette contractée pour financer l’effort de la Seconde Guerre mondiale. Les contribuables ont hérité d’une dette qui était sensiblement plus importante, mesurée en pourcentage de PIB, que la dette actuelle. Mais les créances correspondant à cette dette étaient également détenues par les contribuables, par tous ceux qui avaient acquis des obligations d’Etat. De ce fait, cette dette n’a pas rendue plus pauvre l’Amérique de l’après-guerre. En particulier, elle n’a pas empêché la génération vivant à cette période de connaître la plus forte hausse des revenus et du niveau de vie de l’histoire de notre nation.

Mais, la situation n’est-elle pas différente aujourd’hui ? Pas autant que vous pourriez le penser.

Il est vrai que des résidents étrangers détiennent maintenant d’importantes créances sur les Etats-Unis, y compris un volume important de dette publique. Mais chaque dollar de créances étrangères sur l’Amérique est compensé par l’équivalent de 89 cents de créances que les USA détiennent sur l’étranger. Et dans la mesure où les résidents étrangers ont tendance à diriger leurs investissements en Amérique dans des actifs sûrs – mais ayant un faible rendement – l’Amérique gagne en réalité plus sur ses avoirs à l’étranger qu’elle ne paie aux investisseurs étrangers. Si vous avez en tête l’image est d’une nation qui est déjà largement redevable à la Chine, vous avez été mal informé. Ce n’est pas le cas, et nous ne prenons pas ce cap.

Cependant, le fait que la dette publique ne soit aucunement comparable à une hypothèque sur l’avenir de l’Amérique ne signifie pas pour autant qu’elle soit inoffensive. Des impôts doivent être prélevés pour payer les intérêts, et il n’est nul besoin d’être un idéologue de droite pour concéder que les impôts imposent un coût sur l’économie, ne serait-ce qu’en provoquant un détournement de ressources utiles, sous forme de fraude et d’évasion fiscale. Mais ces coûts sont bien moins dramatiques que ce que l’analogie de la famille surendettée pourrait suggérer.

Et c’est pourquoi les nations ayant des gouvernements stables et responsables – c’est-à-dire des gouvernements qui sont prêts à une augmentation limitée des impôts lorsque la situation le justifie – ont historiquement été en mesure de vivre avec des niveaux de dette beaucoup plus élevés que ce que l’opinion commune aujourd’hui pourrait laisser penser. La Grande-Bretagne, par exemple, a supporté une dette dépassant les 100% du PIB pendant 81 des 170 dernières années. Lorsque Keynes a écrit sur la nécessité d’effectuer des dépenses publiques pour sortir de la dépression, la Grande-Bretagne était plus lourdement endettée que ne l’est aujourd’hui toute autre nation de premier plan – exception faite du Japon.

Cependant, l’Amérique, avec son mouvement conservateur farouchement opposé à l’impôt, pourrait ne pas bénéficier d’un gouvernement responsable, au sens évoqué précédemment. Mais dans ce cas, la faute ne proviendrait pas de notre dette, mais de nous-mêmes.

Alors certes, la dette est une question importante. Mais aujourd’hui même, d’autres facteurs le sont plus. Nous avons besoin de plus – et non pas moins – de dépenses publiques pour sortir du piège du chômage. Et cette obsession déplacée, ces conceptions erronées sur la dette, viennent barrer le chemin.


Publication originale NYT, traduction Contre Info

 


Du même auteur
Jean-Louis pour Paul Krugman, New York Times (extrait)

A Salvaterra de Miño, on paye en pesetas

Face à la crise, les commerçants de ce village de Galice ont décidé d’accepter à nouveau et pour un temps l’ancienne monnaie nationale. Et les clients, attirés par des prix au même taux de change qu’au moment du lancement de l’euro, en 2002, se pressent.

La veille encore, Ana Perez, esthéticienne dans la petite ville de Salvaterra de Miño en Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, a vu débarquer dans sa boutique une cliente ayant les poches pleines de pesetas. « Elle en avait 30 000 – l’équivalent de 180 euros – , elle en a dépensé 20 000 ici pour acheter trois parfums, un pour elle, deux pour offrir« , se réjouit la jeune femme.

Ce mardi 27 décembre la journée est encore calme mais depuis qu’a commencé cette curieuse opération « Peseta », le 1er octobre, permettant d’acheter tout ou presque à Salvaterra dans l’ancienne monnaie espagnole, Mme Perez voit défiler des clients d’un peu partout. Même les collectionneurs la sollicitent. N’a-t-elle pas entre les mains de vieux billets espagnols datant de 1949 ?

Comme Mme Perez, Sandra Ameijeira Rivas l’opticienne, Fina Rodriguez, la vendeuse d’électroménager ou Montse Ledo, l’ancienne coiffeuse au chômage devenue cogérante d’un bar restaurant, la cinquantaine de commerçants de Salvaterra qui participent à l’événement organisé par l’association Unes ont retrouvé le sourire.

L’opération « Peseta » a ramené un peu de lumière à Salvaterra de Miño. Le village, perché dans les brumes de la Galice, sur les bords du fleuve Miño, souffre de la concurrence des boutiques de la jolie petite ville portugaise de Monçào, à quelques centaines de mètres à peine. Il n’y a qu’un pont à traverser pour se rendre au supermarché Continente au Portugal.

Tout est paralysé à cause de la crise

Pour Mme Perez, dont le fiancé est au chômage depuis un an, l’opération qui lui a permis de récolter 300 000 pesetas, est une vraie bouffée d’oxygène. Sa boutique ouverte en juin 2008 vivote. Ancienne esthéticienne salariée à Vigo, la grande ville de la région à une vingtaine de kilomètres, elle voulait devenir son patron, et Salvaterra de Miño était l’endroit idéal pour s’installer, pensait-elle. La petite ville était en plein boom. Il était question de créer un projet pharaonique de « pentagone industriel », qui aurait attiré des entreprises comme Mitsubishi, PSA Peugeot Citroën pour désengorger Vigo. Les immeubles commençaient déjà à pousser pour accueillir les milliers d’employés potentiels. Le maire, Arturo Grandal Vaqueiro, en poste depuis trente ans, pensait enfin concrétiser ses rêves de grandeur…

Mais fin 2008, Anna a su que les choses n’iraient pas ausssi bien. Pas aussi vite. La crise a commené à ronger l’Espagne. Aujourd’hui, le pentagone n’est qu’une maquette d’architecte exposée à la mairie. La construction de cinq immeubles reste inachevée. Tout est paralysé.

Grâce à la « Peseta », le village est ainsi devenu, au moins pour quelque temps, la coqueluche des journalistes. « Le succès a dépassé toutes nos espérances« , note Pablo Pino, président de l’association de commerçants Unes. L’opération, qui ne devait durer qu’un mois, a été renouvelée deux fois et il est maintenant question de la prolonger jusqu’au 31 janvier.

Les pesetas, en pièces ou billets, pourvu qu’ils aient été imprimés après 1940, peuvent être échangées contre un café, un parfum, une télévision…, avec le même taux de conversion que celui appliqué en 2002, à savoir 1 euro pour 166,386 pesetas. Les commerçants disposent d’un logiciel leur permettant de recalculer immédiatement leurs prix et de rendre la monnaie en euros.

La nostalgie n’a plus sa place

A ce jour, Salvaterra a récolté environ 1 million de pesetas. Et toute cette manne est, expliquent les professionnels, du « bonus ». Les clients ne sont pas des habitués : ils viennent de Vigo et plus loin encore pour convertir les pièces et billets restés dans les maisons de campagnes, les coffres, ou les tirelires des grands-parents. Certains les gardaient en souvenir mais avec la crise, la nostalgie n’a plus sa place, explique M. Pino. C’est Mme Ameijeira Rivas, l’opticienne, qui a eu l’idee de tout ceci, se souvenant que la banque d’Espagne avait calculé qu’il restait plus de 1,7 milliard d’euros de pesetas en circulation.

Or, dans le pays, il est possible de convertir ses vieilles pièces ou ses vieux billets sans limite de temps. Mais les Espagnols souvent l’ignorent ou rechignent à faire des kilomètres pour échanger la « blonde », la peseta, en euros.

Sur fond de crise de l’Union monétaire, quand on redoute de plus en plus l’abandon de l’euro, l’initiative de Salvaterra a tout de même des allures étranges. Alors que près de 70 % des Espagnols estiment que l’euro n’a rien amélioré ou peu dans leur vie selon un sondage du Real Instituto Elcano cité par El País, l’offre ne met-elle pas en évidence la forte hausse des prix qui a accompagné l’euro, sans faire bondir d’autant les salaires ?

Mme Ameijeira Rivas, comme les commerçants de l’Unes, réfute toute malice : « Ce qu’ on voulait c’est dynamiser les ventes, pas laisser croire que revenir à la peseta est quelque chose d’enviable ou de facile. » Et même si mois après mois l’opération s’étire en longueur, personne n’imagine que cela dure toujours. « On ne recycle pas les pesetas, après on les redonne à la banque d’Espagne« , précise M. Pino.

Jean-Louis pour Claire Gatinois

in Le Monde.fr

 

Les règles, c’est capital

Quiconque commet des erreurs doit en subir les conséquences, y compris les banquiers. Depuis le début de la crise, il y a maintenant 5 ans, cette règle fondamentale de l’économie de marché est bafouée, déplore la Zeit. Entre les valeurs morales et la prospérité, les dirigeants politiques doivent pourtant choisir. Extraits.

Ceux qui se donneront la peine de parcourir ces jours-ci les forums Internet consacrés à la crise économique feront une découverte intéressante : ce ne sont pas les sommes absolument faramineuses injectées dans le marché, ni les divers fonds de sauvetage mis en place qui indisposent – mais l’identité des destinataires de cet argent : les banquiers, qui se sont longtemps remplis les poches et sombrent aujourd’hui dans la faillite. Les Etats, qui ont vécu au-dessus de leurs moyens et ne parviennent plus à se procurer d’argent frais. Les propriétaires, qui ont souscrit un trop grand nombre de crédits et ne sont plus en mesure d’assurer le service de leur dette.

Au lieu d’être sanctionnés, ces écarts de conduite sont récompensés – voilà ce à quoi assistent les sociétés occidentales depuis cinq ans. Pour comprendre la lassitude croissante à l’égard des plans de renflouement, il faut prendre en compte non seulement la dimension financière, mais aussi la dimension morale de la crise.

Le renard et les grappes de raisin

Un concept de psychologie peut nous y aider : le phénomène de dissonance cognitive. Il désigne l’écart entre notre façon de voir le monde et le cours réel des événements. Comme dans la fable [d’Esope] mettant en scène un renard affamé et les branches de raisin dépassant du faîte d’un mur. Le renard multiplie les bonds pour essayer d’attraper les grappes, mais sans y parvenir, et cet échec ne cadre pas avec l’image que l’animal a de lui-même, habitué qu’il est à obtenir ce qu’il convoite. Il n’en va guère différemment de l’homme dans les pays industrialisés.

Profondément ancré dans la pensée occidentale, le principe de responsabilité propre est au cœur de la notion de justice dans l’ensemble des sociétés individualisées d’Occident : chacun y est responsable de ses actes. L’indissociabilité du risque et de la responsabilité est le fondement du capitalisme. C’est ce qui permet au marché de transformer la recherche individuelle du profit en intérêt général. « Le soin porté aux investissements est fonction de la responsabilité juridique de l’investisseur. Les excès ou écarts de conduite résultent uniquement de l’absence d’une telle responsabilité », écrivait dans les années 1940 l’économiste fribourgeois Walter Eucken, l’un des maîtres à penser de l’économie de marché. Aujourd’hui encore, la plupart des experts souscrivent à cette analyse.

Une solidarité inconditionnelle de tous envers tout le monde causerait en revanche la ruine des dispositifs incitatifs du capitalisme – et donc du capitalisme lui-même. C’est parce que cet impératif de l’économie de marché et la notion de justice prédominant dans la société font bon ménage que l’appel à davantage de responsabilité propre est devenu le leitmotiv de la bande-son des réformes libérales depuis les années 1980. Tout un chacun peut réussir, mais tout un chacun peut aussi échouer.

Justice ou efficacité

Comme souvent, ce sont les Américains qui ont poussé ce raisonnement le plus loin. Lors d’un récent débat public, le présentateur, Wolf Blitzer, a demandé à Ron Paul, candidat républicain à la présidentielle, comment la société devait aborder le cas d’un jeune homme qui n’avait pas jugé nécessaire de prendre une assurance maladie et se trouvait aujourd’hui dans le coma. Il faut qu’il assume ses responsabilités, a répondu Ron Paul. Wolf Blitzer lui a alors demandé si cela signifiait que la société devait le laisser mourir : « Oui !« , s’est exclamé le public.

Une telle position peut répugner par sa radicalité. Mais, au-delà de la question de la vie et de la mort d’un individu, elle vaut également pour l’Europe : quiconque se met en difficulté en n’engageant que sa responsabilité propre ne peut compter que sur une aide partielle de la communauté. Dès lors, le renflouement des Etats ou des banques est nécessairement vécu comme une violation grossière de cette règle.

Aux appels de plus en plus pressants à davantage de justice, les « renfloueurs » opposent l’impératif d’efficacité. Lorsqu’une banque sombre, elle entraîne les autres dans sa chute, et les petits épargnants à leur tour perdent leurs billes. Lorsqu’un Etat vacille, tous vacillent, et l’ordre public se disloque. Et ce sont les plus défavorisés qui sont les premiers à en souffrir. En un mot : renflouer coûte tout simplement moins cher que faire faillite.

Aider comporte aussi des risques

Distribuer des aides ne va pas non plus sans poser de risques. Quand la Banque centrale européenne (BCE) injecte un demi-milliard d’euros dans les banques, le risque d’inflation est réel si les autorités monétaires ne récupèrent pas leur fonds en temps et en heure. Mais ce qui importe davantage, c’est que si l’opération est couronnée de succès, elle n’aura pas coûté un centime au contribuable et aura permis dans le même temps d’éviter d’importants dégâts. C’est précisément dans ce but que les banques centrales ont été créées jadis.

Si l’on constate que les sauvetages se justifient sur un plan financier mais sapent le fondement moral de l’économie de marché, voire de la société, l’Occident se retrouvera dans la situation pénible de devoir choisir entre la prospérité et la justice. En d’autres termes : ou bien nous prenons le risque d’une explosion, ou bien nous nous accommodons, dans une optique globale, de voir des injustices en temps de crise.

Une telle décision ne se prend pas à la légère. Lors de la Grande Dépression des années 1930, les Etats avaient placé les valeurs morales au-dessus de tout. Ils ont refusé les aides et ainsi ruiné l’économie. Aujourd’hui, ils placent l’économie au-dessus de tout au risque de ruiner les valeurs morales. Au bout du compte, il ne reste peut-être plus que la voie choisie par le renard de la fable. Il finit par comprendre qu’il est incapable d’escalader le mur et se dit à lui-même en s’éloignant :  »Ils sont trop verts […] et bons pour des goujats ».

OPINION

Prêtons moins cher aux Etats !

Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?” La question posée dans Le Monde par l’ancien Premier ministre français Michel Rocard et l’économiste Pierre Larrouturou a suscité beaucoup de réactions sur Internet.

Les deux auteurs rappellent qu’en 2008, au moment où l’administration Bush débloquait 700 milliards de dollars (540 milliards d’euros) pour sauver les banques américaines,

la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %. Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d’austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n’acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d’intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % !

Rocard et Larrouturou citent le président Roossevelt – ”Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé” – et proposent “que la ‘vieille dette’ de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %’.”

Il n’est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n’est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d’investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts [française], qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s’endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

 

Jean-Louis pour Mark Schieritz in Die Zeit

 

Syndicats et sommet social de janvier 2012

Aux abois mais d’un cynisme sans qualificatif, le gouvernement et l’actuel président décident de convoquer les partenaires sociaux pour un sommet « important », « gravissime », « de la dernière chance ».

En janvier 2003 « Le Monde diplomatique » dans son Atlas, pages 28 et 29, annonçait une future catastrophe économico-financière, avec comme titre « Insupportable fardeau de la dette ». Dans le même Atlas, les articles intitulés pages 30 et 31 « Le pouvoir grandissant des multinationales », pages 32 et 33 « Dans la spirale de la spéculation » et pages 34 et 35 « La sphère impénétrable du monde financier » complétaient un tableau particulièrement sombre, mais oh combien annonciateur de 2008 et 2011.

En 8 pages, et je répète en janvier 2003, tout était dit, dans le style « chronique d’une catastrophe avancée ».

Las, « Le Monde Diplomatique » n’est pas une lecture pour nos dirigeants et nos parlementaires, et probablement pas non plus pour nos grands chefs syndicalistes, très certainement plus enclins à pérorer qu’à s’instruire, et bien entendu à garder leurs avantages personnels, leurs salaires, leurs voitures de fonction…

En 2007, un petit chef comme seuls des Etats aux abois peuvent les choisir arrive au pouvoir avec comme slogan quelque chose du style « on va voir ce qu’on va voir ».

Effectivement, on a vu ! Inutile de repasser en boucle le fameux « travailler plus pour gagner plus », qui de fait s’est révélé être « spéculer plus pour gagner plus » pour les uns, les copains du président, et « cotiser plus pour chômer plus » pour les autres, la piétaille juste bonne a prendre de nouveau un grand coup de rame dans la gueule avec une 2ème hausse de TVA en 2 mois, un record d’imprévision et de cynisme.

Mais que serait ce pouvoir sans des syndicats pour le moins inactifs, voire même complices sur ces 5 dernières années (entre autres) des baisses de pouvoir d’achat, de l’augmentation de la durée de cotisation, de la diminution potentielle de la durée de temps de retraite, du massacre du montant des retraites pour ceux qui n’ont pas les trimestres requis par la nouvelle loi ?

Que serait ce pouvoir sans des médias aux ordres, incapables d’étudier le moindre document dès lors qu’il ne rentre pas dans le cadre fixé par le pouvoir.

Reprenons deux analyses que j’ai faites en 2010 et relatives aux fonds de pension et aux retraites.

La 1ère : http://www.agoravox.fr/tribune-libr… intitulé « les fonds de pension et les retraites, une arnaque géante ? »

La 2ème : http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/retraites-quand-les-syndicats-83048intitulé« quand les syndicats oseront-ils aborder les vrais problèmes ? »

 

Les trahisons ont égrené la vie syndicale depuis 120 ans et pour ceux de ma génération les « accords de Grenelle » de 1968 en ont été une preuve flagrante. Dépassés par la base, les dirigeants de l’époque ont négocié à minima, se garantissant dans la dernière ligne droite qu’ils resteraient les seuls interlocuteurs du pouvoir en place à l’époque. Et pourtant, dans le département où je vivais, les Basses-Alpes, nous étions lycéens et faisions les permanences à la Bourse du travail, où les paysans apportaient de la nourriture pour les familles des ouvriers grévistes. Nous étions organisés pour tenir dans la durée, malgré la répression menée par les nervis des Comités de Défense de la République.

Bis repetita placent. En 2010 les successeurs de ces « traitres » ont refait le même coup, soutenus par le parti socialiste, gommant des décennies de lutte, de grèves, d’avancées sociales obtenues au compte-goutte et au fil des ans.

Et enfumés comme jamais, les ouvriers et employés subissent un matraquage médiatique innommable : « la crise, la crise, la crise ». Le « triple A » a disparu des écrans radars, lui que le président voulait encore en novembre sauver pour sauver la France ! Désormais la classe moyenne est dans le même wagon, et les petits patrons ne sont plus loin d’être eux aussi mis au ban de la nation, assimilés à cette valetaille juste bonne à tailler et asservir.

En 1962 un ouvrier au SMIG gagnait l’équivalent de 40 euros par mois, un cadre moyen 180 euros par mois et un cadre supérieur 360 euros, soit un rapport de 1 à 9 ! Dans la fonction publique un système similaire était mis en place, lequel faisait que la grille hiérarchique et des salaires avait un rapport maximal de 1 à 9, elle aussi.

De 1981 à 2012 une libéralisation sauvage, une déréglementation, le développement des sociétés off-shore et des paradis fiscaux, une extrême tolérance envers les tricheurs dès lors qu’ils sont riches ont permis que des fortunes colossales se recréent, que des salaires quasi illimités soient attribués y compris à des PDG ayant mis leur société en faillite (Jean-Marie Meyssier), voire même a dédommager à nos frais les amis du président (Bernard Tapie).

Quand on voit qu’en ce moment même les sociétés du CAC 40 demandent conseil à des sociétés en communication pour savoir comment annoncer les immenses bénéfices faits à partir d’un pays en récession ( http://fr.finance.yahoo.com/actualites/entreprises-cac-40-conseils-lagence-conseil-euro-rscg-122520639.html ).

Quand on voit que le glissement de 3% d’une TVA qui est plus dégueulasse que sociale va avoir comme effet une perte du pouvoir d’achat pour chaque employé, chômeur, lycéen, retraité, du même pourcentage. Quad on voit que de nouveau les médias viennent expliquer que cela sera récupéré sur les salaires ! Au cynisme s’ajoute aussi l’incompétence, comme si tous les français étaient salariés. Combien de personnes vont-elles être touchées et combien de personnes vont voir leurs salaires augmenter ?

Alors vis-à-vis de ce énième sommet de la dernière chance, qui aura lieu sans Angela Merkel, qui a donné les pleins pouvoirs à son petit Nicolas, pour une fois :

Non, les syndicats n’ont strictement rien à négocier avec ce pouvoir, ils doivent attendre la relève et reprendre ce qui nous a été volé !

Jean-Louis pour Gérard Lucon

in Agoravox

Médicaments : entre 13 000 et 34 000 morts chaque année en France

La nouvelle loi sur la sécurité du médicament permettra l’indemnisation des victimes du Mediator. Mais toujours pas des victimes, bien plus nombreuses, des effets secondaires des autres molécules. Pas assez médiatiques, sans doute… On ne cherche d’ailleurs pas à savoir avec exactitude combien de morts sont causées chaque année par les effets indésirables des médicaments.

Médicaments : entre 13 000 et 34 000 morts chaque année en France dans Opinions me_doc-88712L’Assemblée nationale a voté le 19 décembre 2011 le projet de loi relatif à la sécurité sanitaire du médicament. Celui-ci renforce la lutte contre les conflits d’intérêt et modifie le système de pharmacovigilance. Enfin, il crée l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) qui remplace l’Afssaps.

Or le texte ne comporte aucune disposition pour les victimes d’effets secondaires graves des médicaments, hormis celles du Mediator. Il ne peut donc pleinement atteindre son objectif annoncé, celui de « restaurer la confiance des citoyens dans le médicament ».

Pourtant, ces victimes, qui crient à l’injustice et à la discrimination, sont autrement plus nombreuses que celles du Mediator…

Dans le rapport déposé par la commission des affaires sociales de l´Assemblée en conclusion des travaux de la mission sur le Mediator et la pharmacovigilance, le député Roland Muzeau indique : « On estime dans notre pays à 150 000 le nombre d’hospitalisations annuelles liées à des accidents médicamenteux et de 13 à 18 000 le nombre de morts provoquées par des médicaments ».

L’étude EMIR (Effets indésirables des Médicaments : Incidence et Risque), conduite par le Réseau des centres régionaux de pharmacovigilance, a porté sur les hospitalisations liées à un effet indésirable médicamenteux. Rédigée en 2007, cette recherche concluait que « 3,60 % des hospitalisations étaient dues à des effets indésirables de médicaments » (contre 3,19% lors de l’étude précédente menée en1998). Et que « le nombre annuel d’hospitalisations dues à des effets indésirables de médicaments en France peut être estimé à 143 915 et le nombre de journées d’hospitalisation à 1 480 885 ».

Mais « il ne faut pas oublier, notent les rédacteurs de l’étude, que ces résultats ne reflètent qu’une partie du problème. En effet, ils ne prennent pas en compte tous les aspects de la iatrogénie médicamenteuse en particulier des décès qui ne sont pas hospitalisés, des hospitalisations dans les services de chirurgie ou dans des établissements privés et enfin des effets indésirables graves survenant au cours d’une hospitalisation ». En outre, il faut tenir compte de « la sous-notification ne permettant pas d’avoir le reflet des cas réellement survenus ».

Au moins 150 000 malades tous les ans

Bref, le chiffre de 150 000 personnes rendues malades tous les ans par les médicaments est un minimum.

Pour ce qui concerne le nombre de décès, pourtant conséquences plus graves que les seules hospitalisations, il n’y a pas de chiffres officiels. La consultation de différentes sources fait apparaître des chiffres compris entre 13 000 et « 34 000 voire plus ».

Ainsi, la sénatrice Anne-Marie Payet, lors d’une audition parlementaire en 2005, a voulu savoir si l’Office national d´indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (Oniam) disposait de statistiques relatives à la survenance d´accidents médicamenteux en France. Elle a rappelé que « les chiffres les plus couramment avancés font état de 140 000 hospitalisations provoquées par des accidents médicamenteux et 13 000 décès avérés, sans compter les accidents bénins qui ne font pas l´objet d´une déclaration systématique ».

Ce à quoi le président de l’Oniam a répondu : « L’Oniam n´établit pas de statistiques particulières relatives aux accidents médicamenteux ».

Pas d´étude sur le sujet

Selon d´autres sources, un rapport sur la « iatrogénèse médicamenteuse », remis par les centres de pharmacovigilance en novembre 1997 à Bernard Kouchner, alors ministre de la santé, indiquerait que les médicaments causeraient au moins 18 000 décès en France chaque année.

De son côté, Julien Husson, docteur en sciences de gestion, indique, dans un article intitulé Risk management à l’hôpital : vers un modèle pour le manager hospitalier : « L´iatrogénie médicamenteuse engendre 25 000 morts par an ».

Enfin, dans un tableau récapitulatif sur l’iatrogénèse sociétale et organisationnelle, paru sur le site ecoetsante2010, Suzanne Gaubert note : « Total iatrogénèse : + de 20.000-22.000 décès/an, voire + de 34.000, voire plus ».

A rapprocher des 3959 morts sur la route en 2011… Presque dix fois moins.

Pour Françoise Haramburu, responsable du Centre d´évaluation et d´information sur la pharmacodépendance de Bordeaux, « la question de la mortalité due à l’usage des médicaments est une question difficile. En effet, il n’existe pas de données en France. Les chiffres communément avancés et que vous citez [de 13 000 à > 30 000] me semblent des estimations raisonnables. Il faudrait des études pour les déterminer plus précisément. Ce serait en effet intéressant d’avoir ces données, ce qui nous permettrait de mieux définir ce qui est évitable de ce qui ne l’est probablement pas. Mais beaucoup de personnes s’intéressent à l’aspect qualitatif de la question, et moins à l’aspect quantitatif, difficile à établir. Il n’y a pas d’étude en cours à ce sujet. »

Les parlementaires peu désireux d´y voir clair

Le 25 janvier 2005, le sénateur François Autain et les membres du groupe communiste républicain et citoyen avaient déposé une proposition visant « la création d´une commission d´enquête sur les conditions de délivrance et de suivi des autorisations de mise sur le marché des médicaments ». Déjà, ils y dénonçaient notamment « l´absence d´étude sérieuse sur [la] question [des] décès attribués en France aux effets secondaires des médicaments et sur les lacunes du système national de pharmacovigilance ».

La proposition fut rejetée. Marie-Thérèse Hermange, auteure d’un rapport sur la question au sein de la commission des affaires sociales, avait en effet considéré « que la formule de la commission d´enquête ne [semblait] pas la formule la mieux adaptée pour répondre à ces interrogations, car il s´agit d´une procédure lourde, contraignante, dont on doit à l´avance fixer les limites et qui peut se heurter aux procédures judiciaires en cours ». Nicolas About, qui présidait la commission, avait « estimé que le choix d´une commission d´enquête risquerait d´être interprété comme une procédure de type inquisitorial »…

François Autain s´était déclaré « déçu » de ce refus de principe de constitution d´une commission d´enquête. Cette structure lui paraissait « pourtant la mieux adaptée, dans la mesure où elle offre des garanties juridiques et assure la fiabilité des témoignages des personnes à auditionner ».

Une analyse similaire avait été faite par l´Assemblée nationale, où une proposition de résolution ayant le même objet, et qui a connu le même sort, avait été déposée par Jean-Marie Le Guen.

> Article paru une première fois sur Ouvertures.

Jean-Louis pour JL ML

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Dette : en finir avec la malédiction de Sisyphe

C’est souvent dans les vieux pots qu’on fait les meilleures confitures. Que Michel Rocard ne se vexe pas de cette métaphore hasardeuse. Mais, la tribune qu’il a cosigné cette semaine dans les colonnes du Monde avec Pierre Larrouturou constitue un rayon de soleil à l’aube d’une année annoncée comme particulièrement sombre au plan économique. Les deux signataires proposent un dispositif alternatif à la fuite en avant dans l’austérité.

Dette : en finir avec la malédiction de Sisyphe dans Opinions 280px-Nekyia_Staatliche_Antikensammlungen_1494_n2-8d781

Si Sisyphe fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu’en haut d’une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet, les gouvernements du vieux continent doivent eux, dans l’odyssée européenne, refinancer à un taux toujours plus élevé des dettes souveraines qui ne cessent de croître.

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, ça peut effectivement durer longtemps. Très longtemps. Déjà quatre ans d’ailleurs. Alors, que faire ? Se résigner en serrant jour après jour un peu plus la vis où, chercher à briser ses chaînes par des dispositions sinon révolutionnaires, au moins innovantes ?

Partants de l’exemple américain, Pierre Larrouturouet Michel Rocard proposent une solution de bon sens. Schématiquement, faire baisser le prix de la dette en permettant à la Banque Centrale Européenne (BCE) de prêter aux Etats à un taux voisin de zéro, via un intermédiaire, la Banque Européenne d’Investissement (BEI), pour respecter les traités de l’UE.

Pierre Larrouturou et Michel Rocard pointent le caractère incongru de la situation actuelle. « Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? » écrivent-ils notamment. On ne saurait leur donner tort.

Il est surprenant que dans une campagne présidentielle aussi terne, cette suggestion ne retienne pas plus l’attention. Comme si, nos chicaillas internes avait plus d’intérêt que de sortir de ce que Paul Krugman définit comme, « la spirale de la mort ».

On a maintes fois souligné, ici ou là, la médiocrité de la classe politique européenne. Avec raison. Les deux auteurs servent une esquisse de solution sur un plateau et, rien. Les caciques de la finance européenne reconnaissent la faisabilité juridique mais arguent de difficultés techniques. Leur scepticisme est essentiellement fondé sur la crainte de renouer avec l’inflation. Une position dogmatique de boutiquier qui équivaut à préférer mourir ruiné que de prendre le risque de vivre avec de l’inflation.

L’opposition de la BCE et de Berlin à la proposition semble acquise en raison du risque de hausse de l’inflation, mais également parce qu’ils préfèrent que les Etats adoptent leurs mesures d’austérité dans une approche punitive à l’égard des peuples cigales. Un tel constat interpelle sur le mode de gouvernance européen. On nous vantait hier la joyeuse cacophonie démocratique des institutions européennes. On découvre aujourd’hui que cette impuissance politique organisée nous livre pieds et poings liés aux trésoriers de l’UE, BCE et Allemagne avec, en arrière-plan, les marchés.

Or ces derniers facturent au prix fort l’inaction européenne. Les taux d’intérêt flambent chez nous mais pas aux Etats-Unis, malgré une dette abyssale de 15 000 milliards $, grâce à l’action du Trésor qui a fait le choix de la monétariser. A l’inverse en Europe, les déficits publics s’autoalimentent en raison de l’endettement et des taux d’intérêt de ces emprunts. Pour la seule France, la charge de la dette a augmenté de 55% en cinq ans et devrait friser les 2 000 milliards € fin 2012.

Dans ce cercle vicieux, les banques à l’inverse des peuples ont trouvé un bouclier. Les démocraties se trouvent aujourd’hui menacées par un cinquième pouvoir qu’elles n’ont pas vu venir : celui des banques. Ce qui nous renvoie à la citation de Roosevelt évoquée par Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans leur tribune « Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé ».

 

Jean-Louis pour Henry Moreigne

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Taxe Tobin : quand Sarkozy fustigeait « une absurdité »

En 1999, le président du RPR n’était pas du tout pour cette taxe sur les transactions financières. Aujourd’hui Président tout court, il envisage de la mettre en place.

Drôle de sort que celui qu’a connu depuis vingt ans la taxe Tobin, cette taxe sur les transactions financières imaginée par un économiste américain. Aujourd’hui, l’Elysée se déclare prêt à l’introduire en France sans attendre les autres pays européens :

« On n’attendra pas les Allemands trop longtemps. On est décidés à y aller seul s’il faut. »

Il y a treize ans pourtant, en juin 1999, Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly et président par intérim du RPR, fustigeait la même taxe Tobin comme le mal absolu. Sur France 2, il traitait Robert Hue, qui défendait la taxe, de « dernier communiste en direct de “Jurassic Park” ». Il déclarait :

« L’affaire de la taxe Tobin est une absurdité [...]. Si nous le faisons en France, on va encore le payer de dizaines de milliers de chômeurs supplémentaires.

Ce que vous ne comprenez pas, c’est que le monde a changé, le monde est devenu un village. A chaque fois que nous pénalisons la création de richesse sur notre territoire, nous favorisons la création de richesse pour les autres [...]. Réveillez-vous, le monde a changé ! »

Ecoutez-le, c’est assez vertigineux.

JUIN 1999, ROBERT HUE ET NICOLAS SARKOZY BATAILLENT SUR LA TAXE TOBIN

Au départ, une mesure « technique »

Le Nobel d’économie James Tobin ne s’attendait pas à ce que son nom connaisse une telle renommée grâce à l’une de ses idées, probablement pas celle à laquelle il tenait le plus.

Il ne se doutait pas non plus que son idée serait tour à tour portée aux nues par l’extrême gauche, la gauche puis la droite sarkozienne.

C’est une idée qu’il avait formulée au début des années 70, juste après l’explosion du système monétaire mondial de Bretton Woods. La spéculation, comparée à celle que l’on connaît aujourd’hui, était encore de la roupie de sansonnet.

La taxe qu’il avait imaginée ne visait ni à frapper au portefeuille les affreux spéculateurs, ni à nourrir le tiers-monde, mais plus simplement à réduire les fluctuations des taux de change. Il s’agissait simplement, disait-il, de « jeter du sable dans les rouages » de la finance au moyen d’une taxe très minime (de l’ordre de 0,1%) sur les échanges à court terme.

Tobin n’était pas un révolutionnaire : ancien conseiller économique de J.F. Kennedy, c’était un keynésien bon teint, favorable à l’économie de marché et au libre échange.

Aussi, le retraité Tobin n’a pas apprécié de voir son idée devenir la mascotte du mouvement altermondialiste à la fin des années 90. Pendant l’été 2001, il avait donné quelques interviews pour s’en plaindre. « Ma taxe n’est nullement dirigée contre la mondialisation », avait-il déclaré en juillet à la radio italienne Radio Popolare. « Mon nom a été détourné », poursuivait-il dans Der Spiegel en septembre :

« Je n’ai absolument rien de commun avec ces rebelles antimondialisation [...], je suis un économiste, et comme tous les économistes, je suis pour le libre-échange. Mieux, je soutiens le FMI, la Banque mondiale et l’OMC ! Ils ont détourné mon nom ! »

Tobin est mort un an plus tard.

Attac attaque, Chirac calque

C’est le mouvement français Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) qui a remis au goût du jour la taxe Tobin en 1998, un an avant la joute télévisée Hue-Sarkozy. Elle est présentée alors comme une taxe « Robin des bois » : prenons aux riches spéculateurs pour donner aux pays pauvres.

A l’époque, la droite et le centre gauche se pinçaient le nez à l’idée d’une telle taxe. Entre autres critiques, ladite taxe était présentée comme irréaliste car impossible à mettre en œuvre dans un seul pays ou un seul groupe de pays.

En 2001, l’Assemblée nationale française – dont la majorité était à gauche – a voté un amendement pour soutenir l’instauration de la taxe, mais le Sénat l’a bloqué.

Quatre ans plus tard, Jacques Chirac a créé la surprise à Davos en défendant une telle taxe visant à rendre le monde plus solidaire. Mais finalement, il l’a transformée à sa manière, en proposant un prélèvement sur les billets d’avion. Pas grand-chose à voir donc.

La crise des subprimes ressuscite le débat

La taxe est revenue sur le devant de la scène à la faveur de la crise financière qui secoue la planète depuis 2008. Ceux qui jugeaient farfelu de vouloir « jeter du sable dans les rouages » de la finance rasent les murs.

Mais d’autres, comme Nicolas Sarkozy et quelques leaders européens ont changé de position. La taxe Tobin n’est plus une « absurdité » puisqu’elle a été inscrite à l’ordre du jour du G20 de Cannes.

Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne y restant très peu favorables, Paris a donc décidé de la faire avancer au sein de la zone euro. Les voisins européens traînant des pieds (à commencer par l’Allemagne), la France jure maintenant de se lancer seule, espérant ouvrir la voie pour les autres.

Jean-Louis pour Pascal Riché

in Rue89

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