Archive pour 10 janvier, 2012

L’austérité tue l’Europe

« Nous sommes confrontés à une théorie économique datant d’avant la grande dépression des années 1930. Comment l’UE peut-elle à ce point mésinterpréter les leçons de l’histoire et traiter avec mépris les enseignements de John Maynard Keynes ? » constate Jeff Madrick, dans cette tribune publiée par la New York Review of Books, où il passe en revue l’échec des politiques de rigueur menées en Grande Bretagne, en Irlande et en Espagne. En ignorant l’enseignement de Keynes, en imposant l’austérité en temps de crise, « les décideurs européens ne vont pas résoudre la crise financière mais l’aggraver, et des millions de personnes auront à en souffrir inutilement, » se désole-t-il.

L’austérité tue l’Europe dans Grèce arton3159

Par Jeff Madrick, New York Review of Books, 6 janvier 2012

Le 31 janvier 2011, le Wall Street Journal titrait : « L’Espagne rate son objectif de réduction du déficit et décide de coupes budgétaires. » Des forces impitoyables, libérées par une piètre logique économique, sont à l’œuvre en ce début de nouvelle année. L’Union européenne est devenue la proie d’un cercle vicieux où l’augmentation de l’endettement conduit à des mesures d’austérité radicales, qui à leur tour affaiblissent davantage la conjoncture économique et donnent lieu à de nouvelles décisions de coupes dans les dépenses publiques – encore plus dommageables – et de relèvement des impôts. La crise de la dette européenne a commencé avec la Grèce, et l’économie du pays reste à ce jour la plus durement frappée de l’Union européenne. Mais cette crise s’est inexorablement étendue à l’Irlande, au Portugal, à l’Italie puis à l’Espagne, et elle menace même la France, et éventuellement, le Royaume-Uni. Cela n’aurait pas du être le cas. Nous aurons rarement vu un exemple aussi frappant des conséquences de la mise en œuvre de conceptions économiques aussi médiocres – et sans doute perverses.

La grave récession de 2009 qui a débuté aux Etats-Unis, puis s’est propagée à travers l’Europe, a ces deux dernières années mis en difficulté les budgets des pays européens les uns après les autres. Avec pour conséquence les pressions exercées par l’UE sur le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie pour diminuer les dépenses publiques et augmenter les impôts afin de réduire leurs déficits, s’ils voulaient être éligibles pour un renflouement. Tous l’ont fait. L’Irlande et le Portugal ont fortement réduit leurs dépenses et doivent encore le faire de plusieurs dizaines de milliards d’euros pour se conformer à ces exigences, tout comme la Grèce avait évidemment dû le faire.

Les partisans de l’austérité affirment que lorsque les Etats assainiront leurs finances le monde des affaires sera rassuré sur la stabilité des taux d’intérêt et que la croissance reviendra. Leur raisonnement a été encouragé par les marchés financiers, qui ont fait grimper les taux sur la dette grecque, puis rapidement sur celle du Portugal, de l’Espagne et de l’Italie. Les acquéreurs de ces obligations ont exigé des rendements suffisamment élevés pour compenser le risque, au cas où ces nations ne seraient pas en mesure d’honorer leurs dettes.

Nous sommes confrontés à une théorie économique datant d’avant la grande dépression des années 1930. Comment l’UE peut-elle à ce point mésinterpréter les leçons de l’histoire et traiter avec mépris les enseignements de John Maynard Keynes, qui affirmait que lors des récessions les gouvernements devaient soutenir la croissance économique par leurs dépenses et les réductions d’impôt, et non faire l’inverse ? En pratique, décider de coupes budgétaires de grande ampleur ou augmenter les impôts, comme Keynes l’a montré, a pour effet de réduire la demande de biens et services au moment même où il serait au contraire nécessaire qu’elle augmente. La chute de leurs ventes aura pour effet de saper la confiance des entreprises bien plus que l’assainissement budgétaire ne pourrait la renforcer. En ignorant cela, les décideurs européens ne vont pas résoudre la crise financière mais l’aggraver, et des millions de personnes auront à en souffrir inutilement.

De fait, les politiques d’austérité n’ont produit aucun exemple de résultat positif en Europe depuis deux ans. Lorsque le gouvernement de David Cameron a imposé un premier train de coupes budgétaires en 2010, il totalement échoué à tenir ses promesses de relancer l’économie britannique. Bien au contraire, il a sans doute coupé l’élan d’une reprise naissante. Le chômage, tout comme le déficit rapporté au PIB, demeurent élevé. Certains observateurs pro-conservateurs que j’avais rencontrés à l’époque m’avaient assuré que l’équipe de Cameron, dirigé par George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, faisait preuve de pragmatisme et saurait faire marche arrière sur l’austérité si elle ne produisait pas les résultats escomptés. Pourtant, fin 2011, alors que la croissance restait fondamentalement au point mort, l’équipe de Cameron a doublé la mise, en procédant à des coupes supplémentaires. Nous devons augmenter la dose de la même prescription, ont-ils affirmé à leurs concitoyens, dont un nombre record sont au chômage. La Grande-Bretagne est à un cheveu d’une nouvelle récession, seulement moins de deux ans après en être sortie.

De leur côté, les Espagnols ont démis en novembre un gouvernement socialiste autrefois populaire, en partie parce que son programme d’austérité avait échoué durant l’année précédente. Les socialistes avaient auparavant gouverné durant une phase de boom économique, et avaient même dégagé un excédent budgétaire. Mais avec la crise du logement et du secteur bancaire, les banques espagnoles ont dérapé. En réaction, les socialistes sont largement revenus sur leur politique de relance en 2010, en réduisant les dépenses et en augmentant les impôts, à hauteur d’environ 5% du PIB. La dette publique n’est pas très élevée en Espagne, et les taux d’intérêt n’ont pas augmenté comme ils l’ont fait en Italie. Mais la croissance économique est au point mort depuis que ces mesures ont été mises en œuvre, car la réduction des dépenses publiques a fragilisé la demande de biens et services, comme on pouvait s’y attendre. Avec un taux de chômage officiel atteignant aujourd’hui 21,5% en Espagne, les socialistes ont largement perdu les élections et, paradoxalement, les électeurs ont amené au pouvoir des conservateurs qui réclament plus d’austérité. En Espagne, la récession est désormais inévitable.

Et puis il y a l’Irlande. L’expérience récente de ce pays autrefois prospère devrait être extrêmement embarrassante pour tous ceux qui préconisent des politiques d’austérité. Durant six mois, au début de l’année dernière, le revenu national avait recommencé à croître après les deux ans d’effondrement dramatique qui ont suivi la crise financière propre au pays. Pour apaiser les investisseurs, l’Irlande a du garantir toutes les dettes qui que ses banques avaient souscrites de façon irresponsable, avant de faire faillite. Le pays a ensuite payé la facture en réduisant drastiquement ses dépenses sociales. Les dirigeants irlandais ont affirmé – avec une rigueur quasi religieuse – que cette douloureuse auto-discipline était nécessaire pour redresser l’économie. A la suite de quoi, les dirigeants du pays et ceux de l’Europe ont cru pouvoir saluer le bref rebond du pays en 2011, y voyant la preuve que cette politique était efficace. Mais, l’économie irlandaise a ensuite plongé – à un rythme jusque là inconnu – durant le troisième trimestre 2011. Sous les contraintes de l’austérité, la reprise économique s’est avérée n’être que passagère. Un nouveau plan de sauvetage pourrait s’avérer nécessaire.

Il ne sera pas aisé de sortir du bourbier créé par la crise financière – auquel vient maintenant s’ajouter la crise de la dette européenne – même si les bonnes mesures avaient été prises en temps utiles. Au moment où l’économie américaine a repris un peu de force, la récession dans les pays périphériques et éventuellement en Grande-Bretagne pourrait entraîner vers le bas la France et d’autres nations plus fortes, tout particulièrement en l’absence d’une politique cohérente qui ne soit pas celle de l’austérité.

Il existe pourtant une bien meilleure solution, ne nécessitant pas un éclatement de l’euro. L’Union monétaire – et peut-être l’ensemble de l’UE – devraient agir comme le ferait un pays unifié, prêts à reconnaître qu’ils doivent assumer la responsabilité des effets provoqués par des réductions importantes de dépenses sociales. Les Etats-Unis n’offrent pas un exemple marquant de politiques éclairées mais, à l’exemple de la Réserve fédérale qui garantit la dette du Trésor américain, la Banque Centrale Européenne devrait garantir les dettes des pays membres de l’Union. Elle pourrait ensuite organiser la restructuration de la dette de ces pays, les investisseurs privés devant alors assumer des pertes. Une zone euro financièrement unifiée devrait ensuite émettre des obligations pour lever les fonds permettant de rembourser les dettes, mais aussi de fournir un filet social aux populations des pays qui réduisent leurs dépenses consacrées aux programmes sociaux pour répondre à leurs autres engagements financiers. (C’est ce que font par exemple les États-Unis en octroyant à chaque État de l’Union des chèques destinés à financer la sécurité sociale et les allocations chômage.)

Cette politique pourrait être accompagnée par des demandes de réformes dans les pays comme la Grèce où les impôts doivent désormais être collectés de manière plus efficace et où il faut mettre un terme à des dépenses publiques anormalement élevées.

L’Allemagne dispose des moyens financiers pour mener cette opération de sauvetage. Mais elle bloque toute perspective d’union budgétaire qui permettrait d’agir comme une seule nation, avec compassion pour tous les citoyens la zone euro. Elle refuse également d’accepter une nouvelle relance budgétaire qui soit substantielle – dans la manière du bon vieux keynésianisme. Cela relève-t-il d’une nouvelle arrogance nationale ? J’espère que ce n’est pas le cas. Jusqu’ici, l’Allemagne bénéficie de la crise dans la mesure où les investisseurs achètent des obligations allemandes, considérées comme des refuges à l’abri de la tourmente. Mais en réalité, cette réticence à agir va bientôt affecter l’économie allemande. Avec les pertes essuyées sur les prêts de ses banques aux pays de la périphérie, ses marchés à l’exportation vont s’affaiblir. Les investisseurs qui se gavent aujourd’hui d’obligations allemandes, poussant ainsi leurs taux à la baisse, au moment où ceux-ci s’envolent en Italie, en Grèce, au Portugal et en Espagne, vont probablement cesser de le faire.

Les dirigeants européens doivent mettre un terme à leur obsession d’éliminer les déficits publics. Ils veulent maintenant les réduire dans chaque pays à moins de 0,5%. C’est une catastrophe. Qui se traduira par une croissance anémiée pour longtemps. Ils devraient au contraire utiliser ces déficits temporaires pour relancer la croissance. Rarement les décisions politiques auront été aussi mal fondées. Tôt ou tard, les citoyens de ces nations diront : ça suffit ! Ouvrant ainsi une période d’instabilité politique.


 

Jean-Louis pour Contre Info

Publication originale NYRB, traduction Contre Info

 

 

Pour ne plus tourner en rond, sortez du cirque !

Jamais sans doute une campagne présidentielle n’a été aussi vide de propositions au point que le Front de Gauche fait figure de singularité inouïe avec sa série détaillée de mesures soumises aux électeurs. Qu’importe, il y a les sondages pour occuper les colonnes des journaux en racontant des histoires rapides à lire et faciles à comprendre. Les courbes de Sarkozy et Hollande vont se croiser nous annonce-t-on. Est-ce sûr ? Quand cela va-t-il se produire ? Sarkozy refrènera-t-il une mimique de joie ? Hollande saura-t-il cacher sa profonde déception ? Voici le palpitant feuilleton censé animer le système politique français, mélange de la personnalisation intrinsèque à la Cinquième République et du record mondial de consommation de sondages politiques. Car les deux phénomènes vont ensemble. Mais le débat démocratique, lui, va mal. Les questions de fond sont occultées. Et les sondages ainsi que les commentaires médiatiques auxquels ils donnent lieu permettent toutes les manipulations. Ainsi, la thèse de la remontée de Sarkozy s’appuie sur un sondage IFOP-JDD qu’un examen de bon sens devrait conduire à invalider complètement. Selon cet « institut », il n’y aura pas d’abstention à la prochaine présidentielle puisque 100% des personnes interrogées expriment l’intention de voter. Une prouesse permise par les sondages en ligne qui évacuent tout simplement cette option, quand bien même elle peut représenter dans la réalité le choix d’une majorité relative d’électeurs.

Mais le comble de la manipulation revient au journal Libération qui titre en caractères énormes que 30% des Français pourraient voter Le Pen. Pour atteindre ce chiffre qui fait bien peur, la nouvelle Pravda parisienne de Hollande additionne ceux qui voteraient « certainement » (8 %) ou « probablement (10 %) » pour Le Pen avec ceux qui ne le feraient « probablement pas (12 %) » ! Appliquée au dernier sondage de potentiel électoral concernant Jean-Luc Mélenchon, avant même sa candidature, le 24 février dernier, cette méthode conduirait à la conclusion que « 50 % des Français n’excluent de pas voter Mélenchon ». On attend que ce chiffre choc soit repris à la Une de Libé.

Pour les partisans de l’Europe austéritaire, la dégradation du débat civique n’est pas un problème. Il faut bien divertir le peuple auquel les traités ont lié les mains pendant que des institutions européennes « indépendantes » gouvernent sans lui rendre aucun compte. Mais pour les partisans de la révolution citoyenne, c’est non seulement un problème majeur mais c’est sans doute le problème principal. Celui-ci ne se règlera pas de l’intérieur du système médiatico-sondagier. Si celui-ci peut parfois laisser un peu d’espace à un candidat du Front de Gauche qui fait monter les audiences et permet de vendre les minutes de publicité plus cher (les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendrons, disait Lénine), il expose le monstre dans la cage débilitante de ces histoires écrites d’avance. C’est pourquoi la seule manière d’inverser le rapport de forces idéologique et culturel et d’obliger au débat public est le travail de terrain. C’est ainsi que le « non » de gauche s’est imposé en 2005. Seule une campagne populaire peut faire place au peuple. C’est la conviction du Front de Gauche qui relance sa campagne avec un matériel imprimé cette semaine à plus de sept millions d’exemplaires.

Jean-Louis pour François Delapierre

in LPG

VILLA GILLET, Quand le peuple agit, Lyon, le jeudi 12 janvier à 20h30

QUAND LE PEUPLE AGIT : RÉVOLTES, RÉVOLUTIONS, RÉFORMESJEUDI 12 JANVIER À 20H30 | Théâtre de la Croix-Rousse

Avec : Sophie Wahnich | Paul Jorion | Nicolas BaverezRencontre animée par Nabil Wakim

VILLA GILLET, Quand le peuple agit, Lyon, le jeudi 12 janvier à 20h30 dans Opinions visuelrencontre2

Les révolutions arabes ont remis sur le devant de la scène l’image du peuple en action, uni dans un mouvement de libération. Même nos vieilles démocraties aux habitudes réformatrices doivent faire face régulièrement à des mouvements de révolte : indignés, émeutes urbaines, mouvements sociaux.
Ces événements collectifs sont-ils un passage obligé dans l’histoire des peuples ? Que reste-t-il après l’action ? Si ces mouvements interrogent notre projet collectif, ils posent surtout de nouveau la question de l’idéal démocratique auquel chaque citoyen aspire.

Spectacle en regard : Tempête sous un crâne (Les Misérables).Victor Hugo, mise en scène : Jean Bellorini

Cinq comédiens et deux musiciens s’emparent du roman mythique de Victor Hugo : il devient un feuilleton vibrant, scindé en deux parties – avant et après Gavroche. Ces jeunes artistes font vibrer les rythmes et les mots d’Hugo comme d’autres enflammèrent des barricades. Et ils semblent parler en leurs noms, en nos noms, d’une intarissable révolte, d’une éternelle soif de justice.
5 €. Gratuit pour les lycéens, les étudiants et les demandeurs d’emploi
Pour réserver, cliquez ici.

Place Joannès-Ambre , 69004 Lyon
0472074949      http://www.croix-rousse.com/

Jean-Louis pour Paul JORION

son blog

Dans 5 ans, le Royaume-Uni quitte l’UE

Cinq ans, c’est le temps qu’il reste au Royaume-Uni avant que le pays ne quitte l’Union européenne. Telle estl’analyse de Rafael Behr, journaliste politique du New Statesman après la lecture de la première ébauche du nouveau traité européen d’union fiscale, dont des extraits ont été publiés par ITV business. 

Ce document, écrit Behr, prouve que le veto brandit par David Cameron n’empêchera pas les 26 de reformuler un traité. Pas plus que l’exclusion du royaume de l’UE ne permettra de protéger la City, une défense qui était pourtant à l’origine du divorce britannique à l’issue du sommet européen du 9 décembre dernier.

Il s’agit d’un nouveau traité qui mettra en place une nouvelle politique économique et monétaire européenne avec davantage de convergence et de compétitivité, écrit le New Statesman. Il est, dans le document obtenu par ITV business, stipulé que toute décision économique décidée par les signataires du traité sera présentée comme un fait accompli aux non signataires. Le Royaume-Uni sera par conséquent tenu d’accepter les conditions fixées (qui entreront en vigueur d’ici 5 ans) ou devra quitter l’UE.

Or, écrit Rafael Behr, il est difficile d’imaginer qu’un gouvernement britannique, quel que soit celui en place en 2017, puisse accepter ces conditions, et plus encore, voir le Parlement les ratifier.

« Il n’y a pas si longtemps, le départ de la Grande-Bretagne de l’Union était à peine imaginable. Seulement un lointain espoir pour les plus eurosceptiques. A présent tout est en place pour que ce départ se réalise dans les cinq ans à venir. »

Jean-Louis pour Presseurop

La démocratie n’existe plus en France

Étymologiquement, démocratie signifie: « le pouvoir au peuple ». Pensez-vous avoir un quelconque pouvoir, aujourd’hui? Le pouvoir d’achat se fait saborder par la « taxe antisociale », le pouvoir du vote ne nous laisse plus que la liberté de choisir entre un roi ou un chamallow. Le peuple vote ses représentants à l’assemblée nationale? La belle affaire! Nos parlementaires sont si vieux qu’ils se croient déjà à la retraite!

Alors la démocratie, excusez-moi du peu, n’est plus qu’une illusion en France.
http://www.prechi-precha.fr/wp-content/uploads/2011/06/L%E2%80%99EUROPE+L%E2%80%99IRLANDE+LA+DEMOCRATIE+le+m%C3%A9pris+permanent.jpg

Le gouvernement fait passer des lois sans avoir l’aval de son peuple!

La TVA sociale: 64 % des Français se disent opposés à la TVA sociale, contre 33 % qui y sont favorables selon un sondage CSA pourl’Humanité paru le 5 janvier 2012.
La fin du moratoire sur la culture des OGM en France a été votée par le conseil d’Etat le 28 novembre 2011. Le parlement n’a pas eu son mot à dire, les médias n’en ont pratiquement pas parlé. Les conséquences ne sont pas des moindres: La France peut désormais cultiver des OGM. Pourtant, selon le sondage IFOP/Ouest-France du 3 décembre 2011, 65 % des Français restent inquiets à propos des OGM. (voir ici)
Les exemples sont tellement nombreux!
Et quand l’ état demande l’avis du peuple par le vote, il n’en tient pas compte! Rappelez-vous le « non » à la constitution Européenne. Sous une forme à peine édulcorée, elle est tout de même passée. A quoi bon nous demander notre avis si ils n’en tiennent pas compte?
Le pouvoir d’éligibilité du peuple complétement bafoué:
Aujourd’hui, le vote blanc est considéré comme nul: L’article L66 du code électoral, dans sa version consolidée au 17 mars 2008, disposait que « les bulletins blancs (…) n’entrent pas en compte dans le résultat du dépouillement », ce qui revient, en pratique, à les assimiler au vote nul lors de la proclamation des résultats. Or le vote blanc signifie quelque chose! Majoritairement, il indique un « contre-vote ». C’est-à-dire que le votant considére qu’aucune des possibilités de vote qui lui sont proposées ne lui correspondent. Le fait de dire que la politique actuelle ne nous correspond pas doit être pris en compte!
Le seul fait de voter tous les 5 ans prouve à quel point nous sommes ignorés par nos représentants.

Pire: pour être candidat à la présidentielle, il faut obtenir 500 signatures de maires. Ce n’est pas à la portée de n’importe qui! Seuls des politiciens y parviennent, ce qui isole encore un peu plus la sphère politique du peuple.

De plus, les électeurs votent de plus en plus par utilitarisme plutôt que par convictions. Il s’agit maintenant de choisir pour le moins pire, et non pour le meilleur. Ce qui donne le choix entre 2 politiques quasiment similaires, portées par des partis se querellant sur des broutilles.
En ce qui concerne l’assemblée nationale, Jean Gabin peut se montrer persuasif:


Aujourd’hui encore, le parlement ne représente pas du tout le peuple! La moyenne d’âge des députés est de 59,3 ans. Si proches de la retraite, ils ne se privent pas de faire l « Assemblée buissoniére », de s’endormir sur leurs bancs nominatifs, délaissant ainsi le sort de la France. Et lorsqu’ils ne dorment pas, ils parlent pour ne rien dire, ou rouspètent sènilement!
Le peuple désinformé!
Les campagnes présidentielles actuelles ne passent plus que par les médias. Les idées passent aprés l’image. Le père de Nicolas Sarkozy était un publicitaire, voyez le résultat! Lagardére, Bolloré, Bernard Arnault, Martin Bouygues (TF1), etc… lui mangent dans la main! Ainsi, les Français (qui passent en moyenne 3h38 par jour devant la télé), regardent continuellement Sarkozy, principalement en bien. La presse qui conserve un brin de contre-pouvoir est de moins en moins lue, vue, ou écoutée.
Cf le reportage d’arte: « looking for Sarkozy », ou comment la presse internationale voit notre cher président.
Pourtant, les risques sont grands aujourd’hui! 

Ce qui tracasse aujourd’hui le peuple n’intervient quasimment pas dans le débat pour la présidentielle!

Nous avons une épée de Damoclés au-dessus de nos têtes qui s’appelle « dette ». Pourquoi ne pas demander aux Français si ils la considèrent « légitime »? La jeunesse française est aujourd’hui consciente que cette dette ne se résorbera jamais, malgré les politiques d’austérité qui ne font qu’augmenter le pessimisme national. Le problème vient du système monétaire et financier, comme le montre cette vidéo:


Il y a également le problème d’une 3éme guerre mondiale en perspective, ayant l’Iran comme épicentre. Les tensions entre les États-Unis et Israël, d’une part et la Russie, la Chine, et le monde arabe d’autre part, sont énormes. Une perspective de guerre nucléaire pouvant détruire la terre pourrait être envisagée, mais que faisons-nous? Rien! (voir )
Finalement, il n’y a plus en France de réelles preuves de démocratie, et les votes des présidentielles n’y changeront rien. Troquer une dictature de l’argent sur fond bleu, blanc, rouge pour une dictature de l’argent sur fond rouge, bleu, blanc n’entérinera pas le fond du problème. Si les Français pouvaient s’exprimer d’avantage par le vote, nous pourrions croire en une amélioration. Mais à la place, les politiciens s’insultent pauvrement. Comment pouvons-nous croire à ces hommes censés représenter des idées s’ils ne sont plus que des coqs dans un ring?

Nous avons l’illusion de détenir le pouvoir en choisissant notre maître, mais nous restons esclaves de ce système qui nous pose une muselière lorsqu’il y a d’importantes décisions à prendre.

Je vous invite enfin à aller voir une interview de loic blondiaux ici. Il pointe du doigt là ou ça fait mal, et propose des solutions.
Jean-Louis pour Benjamin Baret

Bienvenue à Cantona et vive l’unité pour le droit au logement !

La Fondation Copernic et le DAL (Droit Au Logement) ont mis un véritable coup de projecteur sur l’urgence contre le logement cher, les expulsions et la spéculation immobilière en lançant leur campagne au théâtre du Rond-Point ce lundi 9 janvier. Avec la singularité qui le caractérise, Eric Cantona a annoncé dans le même temps qu’il recherchait 500 signatures pour être candidat et faire du logement la priorité de la présidentielle, dans le prolongement du combat exemplaire de la Fondation l’Abbé Pierre.

Le Parti de Gauche salue ce nouveau partenaire qui, par son audace va permettre de donner davantage de voix au mal-logement et aux sans-abris au cœur de la campagne présidentielle. Nous encourageons le « King » à poursuivre son combat et permettre l’unité la plus large avec les organisation associatives, citoyennes, syndicales et politiques qui luttent ensemble pour le droit au logement pour tous.

Le candidat du Front de Gauche, Jean-Luc Mélenchon s’est mis au cœur de cette unité pour le droit au logement en proposant l’encadrement à la baisse des loyers, la construction sur un quinquennat de 200.000 logements sociaux par an et le renforcement de la loi SRU. Sans oublier l’arrêt immédiat des expulsions pour les personnes en difficultés et la réquisition des logements vacants.

Jean-Louis pour Maël Goepfert,
Secrétaire National du Parti de Gauche, chargé du logement et de l’habitat

et Romain Biessy,
Président de la Commission logement et de l’habitat du Parti de Gauche

“Merkozy” peine à sortir de la rigueur

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy craignent de  »s’attaquer au coeur du problème » de la crise de la dette, regrette Rzeczpospolita, au lendemain de la rencontre au cours de laquelle les deux dirigeants ont présenté leur dernier projet de pacte fiscal. Mais imposer une discipline budgétaire plus serrée et des sanctions automatiques ne sauvera pas l’euro, affirme le quotidien polonais :

Les dirigeants allemand et français ne savent pas encore d’où pourrait venir l’argent pour sauver l’Espagne et l’Italie – si le besoin survient. Ils n’ont pas non plus de plan d’urgence pour la Grèce (au cas où les négociations avec les créditeurs échouent). Ils ont peur de recapitaliser les banques et dans le même temps évitent les questions sur ce que signifient sauver les pays euro-ruinés. Leur stratégie est une stratégie de défaite.

Une déception que partage El País, qui exige dans son éditorial que « Merkozy » aille au delà de la rhétorique. Les deux responsables « ont abordé la question des moyens pour créer l’emploi et renforcer la croissance » ; s’il fallait les croire sur parole, estime le quotidien madrilène,

nous serions face à l´accouchement d’une nouvelle phase de la politique économique européenne, jusqu’à présent concentrée sur la monoculture de l’austérité et de l’assainissement des finances publiques. […] Si les choses ne bougent pas, le traité à venir consacrera une inacceptable asymétrie entre rigueur fiscale extrême d’une part et d’autre part, une politique économique commune déclarative.

Jean-Louis pour Presseurop

L’immigration aggrave-t-elle le chômage ?

L’immigration aggrave-t-elle le chômage ? dans Opinions

« L’immigration ne provoque pas le chômage ». C’est ce qu’affirmeThe Independent, à la suite d’un rapport publié par le National Institute of Economic and Social Research qui réfute la thèse selon laquelle l’afflux des étrangers au Royaume-Uni est l’une des causes du chômage chez les jeunes Britanniques de souche. Cette étude, ne relève “aucun lien” entre l’augmentation de l’immigration et celle du nombre des demandeurs d’emploi – même en cette période où le Royaume-Uni connaît la pire récession depuis des décennies. « L’immigration a un effet de relance sur l’économie, stimulant l’emploi et réduisant le nombre des bénéficiaires de l’allocation chômage », écrivent les économistes de l’institut, qui ajoutent que

l’interaction entre les flux migratoires entrants et le PIB s’avère positif, ce qui montre que, durant les périodes de ralentissement de la croissance économique, l’arrivée des migrants est corrélé avec […] un ralentissement de l’augmentation des allocataires.

En Italie, le chômage repart à la hausse après trois années de baisse, et ce en raison de la crise économique, note La StampaLes derniers chiffres de l’Institut national de la statistique montrent que le nombre d’emplois occupés par des citoyens italiens a crû au troisième trimestre 2011 (+39 000).

Parallèlement, l’emploi chez les travailleurs immigrés, dont le nombre n’a cessé de progresser ces dernières années, continue de s’améliorer, quoique à un rythme moindre – à 120 000 postes de plus contre 167 000 au deuxième trimestre 2011.

« Serait-ce un signe positif, témoignant une reprise progressive de l’activité ? » s’interroge le sociologue Luca Ricolfi dans le quotidien de Turin.

Je crains que la réponse ne soit ‘non‘. […] Ce qui se passe, c’est que, après des années de crise, les Italiens se rendent compte qu’ils ne peuvent plus se permettre de prendre leur retraite trop tôt, d’accepter uniquement des emplois en or et d’attende des jours meilleurs. Nous ne constatons pas encore de concurrence directe, mais [les entreprises] réagissent à la crise en réduisant la demande de main d’œuvre étrangère et [les salariés] ne lâchent pas les emplois qu’ils occupent […] La progression apparemment irrésistible de l’emploi des étrangers semble maintenant devoir ralentir, sinon se terminer.

Mais la crise pousse également un nombre grandissant de chômeurs italiens à cesser de chercher du travail, met en avant le Corriere della Sera, citant les statistiques d’Eurostat. Selon le bureau des statistiques européen, 2,7 millions d’Italiens – soit plus que dans tout autre pays membres de l’UE – sur un total de 8,2 millions, sont susceptibles de travailler mais ne recherchent pas un emploi. Les seuls pays où le pessimisme sur les perspectives d’emploi demeure relativement faible sont l’Allemagne, la France et la Belgique.

Jean-Louis pour Presseurop

Hongrie : Bienvenue en Orbanistan !

Mais au fait, comment en est-on arrivé là ?

Selon beaucoup d’observateurs, la Hongrie est considérée comme un laboratoire politique européen. Je propose de revenir brièvement sur l’évolution de ces deux dernières décennies, afin de mieux comprendre la situation actuelle de la Hongrie. Sans tomber dans l’ingérence, l’Europe ne peut ignorer ce qui se passe en Hongrie et devrait en tirer ses propres enseignements afin de sortir de l’impasse économique, sociale et politique dans laquelle elle se précipite.

Une question lancinante revient fréquemment dans les débats : comment le « meilleur élève » de l’ex-bloc communiste, jeune démocratie la plus prometteuse dans les années 90, peut-elle basculer aujourd’hui dans l’autoritarisme ?

Marquée par l’empreinte d’un socialisme du goulash, la Hongrie fut le premier pays de la région à ouvrir son économie à l’ouest. La population, à l’exception des opposants politiques, y vivait relativement bien : Kadar [1] s’assurait que les assiettes soient bien remplies et que les vacances au lac Balaton soient à la portée du petit peuple. En contrepartie les hongrois étaient invités à ne pas se mêler de politique. Mais, acheter la paix sociale afin d’éviter un nouveau soulèvement comme en 1956 a un coût et la Hongrie connaît sa première crise de la dette en 1982 et fait donc appel au FMI.

Ce tournant marque le début des libéralisations à tout va, et pendant près de vingt ans, « les bijoux de famille » sont bradés. Le « meilleur élève de la zone » devient un nouvel eldorado, que renforce la chute de l’URSS. Les investissements coulent à flot, ce qui permet au passage à une certaine élite politique, souvent issue de l’ancien régime, d’en profiter largement.

Par contre, la situation démocratique et politique reste instable et l’alternance s’opère, élection après élection.

Figure de la résistance anti-communiste à la fin des années 80 et fondateur de l’Alliance des jeunes démocrates (Fidesz), Viktor Orban prend la tête du gouvernement entre 1998 et 2002, devenant le plus jeune premier ministre en Europe. Sous son mandat, la Hongrie intègre l’OTAN et se rapproche de l’Union Européenne (pour une adhésion effective en 2004) et les réformes économiques continuent, sous l’œil vigilant du FMI, mais sans améliorer la situation des Hongrois.

En 2002, par opportunisme politique, Viktor Orban réveille la flamme nationaliste. Il fait référence aux blessures historiques du traité de paix de Trianon [2] et distingue les vrais hongrois – qui votent pour lui – des traîtres à la nation– ceux qui ont collaboré avec les soviétiques et qui bradent à présent le pays aux occidentaux. Il perd les élections et doit laisser la place à ses ennemis de toujours, les socialistes.

En 2003, la Hongrie se prononce par référendum à plus de 80%pour son adhésion à l’Union Européenne. Seule ombre au tableau, une abstention record : 54%. Cela ne préoccupe pas les cadres européens puisque les votants ont bien voté et que la constitution hongroise avait été modifiée au préalable pour permettre de valider un référendum malgré une faible participation. La Hongrie intègre l’Union Européenne au 1er mai 2004, avec neuf autres nouveaux entrants (dont sept anciens pays communistes). L’effet de prospérité espéré à travers cette adhésion à l’Union Européenne ne joue pas, la situation économique reste difficile pour les Hongrois à qui l’on explique qu’il va encore falloir se serrer la ceinture.

La fuite en avant continue avec le vote au parlement hongrois du traité établissant une constitution pour l’Union Européenne le 20 décembre 2004 à une large majorité, seulement quelques mois avant que le texte de plus 500 pages ne soit traduit en hongrois !

De la chute de Ferenc Gyurcsany au grand retour de Viktor Orban

En avril 2006, pour la première fois dans l’histoire de la jeune démocratie hongroise, la majorité parlementaire sortante est réélue. Orban perd à nouveau face aux socialistes alliés aux Démocrates libres(SzDSz). Le premier Ministre sortant Ferenc Gyurcsany, ancien membre des jeunesses communistes devenu homme d’affaires prospère, reste aux commandes et va pouvoir s’atteler à développer une politique néolibérale orthodoxe.

En septembre 2006, la radio publique hongroise diffuse un enregistrement de Gyurcsany, fait à son insu, lors d’une réunion à huis clos. Avec un franc-parler rare en politique, celui-ci avoue avoir menti lors des dernières élections afin d’assurer sa réélection. Il admet avoir caché que l’économie hongroise était à l’agonie pour mieux faire miroiter des réformes de justice sociale, tout en sachant déjà qu’il va continuer à appliquer une politique d’austérité. Plusieurs milliers de personnes descendent dans les rues de Budapest pour demander sa démission. Les commémorations du 50ème anniversaire du soulèvement de 1956 se transforment en affrontements violents.

Gyurcsany refuse de démissionner tandis que Orban exploite la situation et attise les émeutes. L’Europe ne sourcille pas sur le cas d’un pays pourtant récemment intégré. En effet, la politique économique de Gyurcsany, puis de Gordon Barnai, premier ministre « technocrate » depuis avril 2009, ont les faveurs de Bruxelles et Washington : une politique néolibérale empreinte d’austérité et de rigueur économique, « des réformes comparables à ce que ­Mario Monti est en train de faire en Italie » pour reprendre l’économiste Erik Berglof dans le Figaro.

La principale victime demeure : la démocratie hongroise.

L’opportunisme et le cynisme de Gyurcsany et de son équipe couplés aux plans d’austérité entraînent désillusions et déceptions envers le libéralisme économique et l’Union Européenne. L’état de la société hongroise est du pain béni pour Viktor Orban. Il s’allie avec les chrétiens démocrates (KDNP) et remporte largement les élections de 2010 sans avoir présenté de vrai programme électoral.

Les faux-semblants d’Orban

Je propose ici de faire un point sur ce qui est souvent mal compris, simplifié, encensé ou diabolisé à l’étranger autour de la politique de Viktor Orban : « Il est important de préciser (…) qu’il n’est pas un fasciste. Sur le plan économique, par exemple, il suit une ligne qualifiée de « non orthodoxe » et qui se situerait entre Chevènement et de Villiers, si on la comparait à ce qui peut être proposé en France », pour reprendre l’analyse de Paul Gradvohl dans Le Monde.

Quand le pouvoir rend fou !

Lors de son premier mandat de Premier Ministre, Viktor Orban avait déjà montré des signes inquiétants relatifs à son rapport au pouvoir. Il n’avait pas hésité à jouer sur la fibre nationaliste afin de s’attirer les faveurs du vote d’extrême droite. Malgré ses défaites en 2002 puis en 2006, il a gardé le pouvoir au sein de son parti, le Fidesz, qu’il dirige d’une main de fer depuis sa fondation. Désormais, grâce à la majorité absolue dont il dispose au parlement, il continue de faire avec la Constitution et les institutions démocratiques hongroises ce qu’il a fait avec le Fidesz : s’approprier les pleins pouvoirs. Ce qui surprend, c’est qu’il n’a pas d’autre idéologie que de conserver les pleins pouvoirs pour les années à venir.

Aujourd’hui, Orban et son équipe s’enferment dans une tour d’ivoire, déconnectée de tout sens des réalités. Le système s’est extrêmement centralisée, toutes les décisions, même les plus mineures, passent par lui. Il a en fait reproduit un système pyramidal rigide qui n’a rien à envier à ce qu’il combattait en tant que jeune révolutionnaire dans les années 80, le Kadarisme.

La méthode Orban ou comment appliquer une politique économique orthodoxe avec des mesures hétérodoxes

Alors qu’aucun obstacle ne semble pourvoir l’arrêter dans le pays, Orban a décidé de se réapproprier l’économie hongroise à grands coups de déclarations et de projets spectaculaires : comme ignorer le FMI, taxer les banques et les produits financiers, taxer les multinationales qui s’enrichissent depuis le changement de régime en Hongrie, nationaliser les fonds de pension privés mis en place par les socialistes et plus récemment remettre en question l’indépendance de la banque centrale de Hongrie.

Cependant, ces mesures hétérodoxes et choquantes pour les technocrates de Bruxelles et Washington, n’ont malheureusement pas pour but de protéger les plus démunis mais plutôt de servir davantage les classes les plus hautes hongroises ainsi que les intérêts privés d’une petite oligarchie à travers des cadeaux fiscaux, tel que la mise en place d’une flat-tax ou de réformes protectionnistes ! Ses mesures servent aussi à rembourser la dette hongroise.

Orban déroute, agace, ne fait rien comme personne et devient donc la cible des donneurs de leçon occidentaux. Sa politique imprévisible en a aussi fait la cible des agences de notation, le forint subit et peut subir à tout moment des attaques spéculatives qui pourraient avoir des conséquences sociales dévastatrices.

Jusqu’à ce jour, Washington et Bruxelles se sont montrés discrets malgré les frasques et les provocations du nouveau « roi Orban ». La crise de la zone euro a fait beaucoup d’ombre à la Hongrie.

Mais l’Union Européenne peut-elle prendre le risque de laisser couler la Hongrie ? Un tel effondrement pourrait toucher et affecter de nombreux investisseurs étrangers, en particulier les banques autrichiennes, sans parler d’une population abandonnée aux frasques d’un dirigeant autoritaire ayant comme seul objectif de rester au pouvoir. Mais là n’est pas l’essentiel.

La Hongrie : un laboratoire politique ?

La Hongrie est un pays singulier du fait de histoire passée et récente, de sa situation politique, géographique mais aussi de son particularisme culturel : « la Hongrie est une île au milieu de l’Europe Centrale » avec une barrière linguistique très forte.

Plusieurs observateurs tendent à penser qu’il s’agit là d’un véritable laboratoire politique au cœur de l’Europe : il s’analyse à la lumière des déceptions politiques et vis-à-vis du système démocratique, qui émergent dans plusieurs endroits de l’Occident mais aussi du fait de l’essoufflement d’un modèle économique alignant les plans d’austérité qui plongent la population hongroise dans une situation de plus en plus précaire (1/3 des hongrois vivent en dessous du seuil de pauvreté dont un million dans des conditions d’extrême misère !).

L’émergence d’un régime autoritaire Orbanesque ainsi que la montée de l’extrême droite sont les conséquences des politiques successives menées avec le soutien du FMI et de l’UE depuis plus d’une décennie. Ces politiques n’ont cessé de remettre en question la souveraineté démocratique hongroise et de fragiliser la société tout en confortant l’élite oligarchique. Les frustrations accumulées sont d’autant plus grandes que ce modèle, démocratie représentative et économie de marché, soulevaient beaucoup d’espoirs. Désormais, l’illusion d’un bonheur incarné par la capacité à consommer toujours plus promue par la publicité, ne cesse de créer des jalousies, frustrations et de détruire les liens humains de solidarité dans une société au bord de l’explosion.

« Contre Orbán, oui ; avec l’étranger, non ! »

Les accords Sarkozy-Merkel de la fin de l’année dernière vont dans la même direction et mène une Europe, toujours plus autocratique, tout droit vers les mêmes dérives dictatoriales ou extrémistes que connait aujourd’hui la Hongrie. Le philosophe hongrois Tamas Gaspar Miklos avertit très justement la tentation d’ingérence, « Contre Orbán, oui ; avec l’étranger, non ! ». Imposer de nouvelles politiques économiques et sociales restrictives, comme ce fut le cas par le passé et comme les mettent actuellement en place les gouvernements sponsorisés par « Goldman Sachs » ferait inévitablement le jeu de l’extrême-droite.

Il est temps de construire une alternative et surtout de nous réapproprier nos choix de vie aussi bien pour les Hongrois en Hongrie que pour le reste de l’Europe. Pour éviter le chaos, il faut que l’Europe arrive à faire son autocritique et comprenne qu’en continuant à remettre toujours plus en cause la souveraineté démocratique des peuples pour leur imposer toujours plus de plans de sauvetage de l’Euro, sommet après sommet, elle nous mène à sa propre perte.

Il faut au, contraire, commencer à construire cette Europe fédérale pour les peuples et par les peuples. Cela commence par la mise en place d’une réappropriation démocratique de la banque centrale européenne et donc de la création monétaire accompagnée de la mise en place d’audits citoyens de la dette comme les proposent Attac et le CADTM.

D’une « nouvelle résistance »… vers une démocratie réelle ?

Une « nouvelle résistance » pour reprendre la campagne lancée par le jeune parti écologiste LMP est en marche en Hongrie, mais sera-ce suffisant ? C’est au peuple hongrois de descendre dans la rue, de chasser Orban et de construire sa transition vers la soutenabilité écologique et énergique mais aussi économique et encore plus de décider et de reconstruire ses institutions démocratiques.

La députée Virag Kaufer (LMP-Une autre politique est possible) vient de démissionner du Parlement car il aurait perdu, selon elle, toute légitimité démocratique. Même si il est important de continuer à combattre au Parlement, elle dit se sentir plus utile dans la rue avec la société civile à essayer de construire des communautés solidaires plutôt qu’à exacerber les passions.

C’est aujourd’hui le défi des peuples européens de se réapproprier la démocratie et de créer de nouveaux modèles économiques soutenables, mais surtout souhaitables.

[1] Dirigeant historique de la Hongrie communiste, décédé en 1989.

[2] Signé le 4 juin 1920 au grand Trianon à Versailles par les belligérants de la première guerre mondiale pour régler le cas de la partie hongroise de l’Autriche-Hongrie suite à leur défaite.

Jean-Louis pour Vincze Szabo
doctorant à l’université d’économie de Budapest.

in LGS

Le déclin des États-Unis

Le déclin des États-Unis dans Opinions arton15563-2f9fe

Dans le numéro de l’été 2011 du Journal de l’American Academy of Political Science nous pouvons lire qu’il est « habituel » de dire que les États-Unis « sont sur le déclin, leur triste fin étant proche, alors qu’il y a encore quelques années ils pouvaient de l’avis général se pavaner de par le monde comme un colosse à la puissance incomparable et à l’ascendant indiscutable ». C’est effectivement un sujet habituel, une idée largement partagée, non sans raison. Une observation de la politique étrangère des États-Unis et de son influence dans le monde, ainsi que de la santé de son économie interne et de ses institutions, suggère en effet que ces commentaires sont justifiés. Le déclin a en fait commencé peu après la Deuxième Guerre mondiale, la puissance états-unienne étant alors à son sommet ; la belle rhétorique et le triomphalisme des années 1990 relevaient plutôt de l’auto-satisfaction. Au demeurant, le corollaire qui accompagne généralement ces commentaires – le pouvoir va se déplacer vers la Chine et l’Inde – est très douteux. Ce sont des pays pauvres avec de graves problèmes internes. Le monde devient certainement plus divers, mais malgré le déclin états-unien on ne voit aucun compétiteur capable de prendre le pouvoir hégémonique global.

Jetons un coup d’œil sur l’histoire récente. Lors la Deuxième Guerre mondiale les planificateurs états-uniens avaient prévu qu’à la fin de la guerre les États-Unis allaient se trouver dans une position dominante. Les archives montrent, comme le signale l’historien spécialiste de la diplomatie Geoffrey Warner, que « le Président Roosevelt avait comme objectif, pour l’après-guerre, l’hégémonie états-unienne sur le monde entier ». Des plans avaient été préparés pour prendre le contrôle de ce qui était appelé la Grand Area [Grande zone], laquelle incluait l’ensemble de l’hémisphère occidental, l’Extrême-Orient, l’ex-empire britannique, y compris les très importantes réserves pétrolières du Moyen-Orient, la plus grande partie possible de l’Europe, en tout cas au minimum les principales régions industrielles des pays d’Europe occidentale. Les pays d’Europe du Sud étaient également considérés importants parce qu’ils permettaient le contrôle des réserves énergétiques du Moyen-Orient. Dans tous ces immenses espaces les États-Unis devaient maintenir « un pouvoir sans partage » basé sur « une suprématie militaire et économique », avec « une limitation à tout exercice de la souveraineté » de la part des États qui pourraient interférer dans les plans états-uniens. Bien que les États-Unis perdent en puissance, ces conceptions sont encore celles qui prévalent.

Ces plans remontant à la Deuxième Guerre mondiale, très vite mis en œuvre, n’étaient pas irréalistes. Les États-Unis étaient alors déjà depuis longtemps le pays le plus riche du monde. La guerre avait mis un terme à la dépression et avait quadruplé la capacité industrielle du pays, cependant que les rivaux étaient détruits. À la fin de la guerre les États-Unis avaient la moitié de la richesse mondiale et disposaient d’une sécurité sans équivalent. Chaque région de la Grand Area se voyait attribuer une « fonction » dans le système global. La « Guerre froide » c’était en gros la volonté de la part des superpuissances de préserver l’ordre dans leur espace respectif. Pour l’URSS : l’Europe de l’Est ; pour les États-Unis : quasiment le monde entier. En 1949, la Grand Area a commencé à être sérieusement rongée avec la « perte de la Chine », comme on dit généralement. Cette expression est intéressante : on ne peut « perdre » que ce que l’on possède. Peu après, l’Asie du sud-est commençait à échapper au contrôle, ce qui a provoqué les horribles guerres états-uniennes et les terribles massacres de 1965 en Indonésie ; la domination états-unienne a été rétablie. En même temps la subversion et la violence massive se poursuivaient ailleurs dans le but de maintenir ce qu’on appelle la « stabilité », ce qui signifie l’acception des décisions états-uniennes.

Or, le monde industriel se reconstruisant et la décolonisation progressant laborieusement, le déclin était inévitable : en 1970 la part des États-Unis dans la richesse mondiale avait baissé à 25%, encore énorme mais nettement diminuée. Le monde industriel devenait « tripolaire », avec ses centres aux États-Unis et en Europe ; l’Asie – alors principalement le Japon – devenant déjà la région la plus dynamique.

Vingt ans plus tard l’URSS s’est écroulée. La réaction de Washington révèle ce qu’était la réalité de la Guerre froide : le gouvernement de Bush I a immédiatement déclaré que les politiques resteraient globalement inchangées, même si les prétextes devaient être modifiés. L’immense appareil militaire serait maintenu, non pas pour se défendre contre les Russes, mais pour faire face à la « sophistication technologique » de certaines puissances du tiers monde. De la même façon, argumentaient-ils, il serait nécessaire de maintenir « les bases de l’industrie de défense », un euphémisme pour l’industrie de pointe, très dépendante des politiques du gouvernement et de ses subventions. Les forces d’intervention devaient encore être préparées pour le Moyen-Orient, où les problèmes sérieux « ne pouvaient pas être laissés à la merci du Kremlin », dévoilant un demi-siècle de mensonge. On concédait en douce que les problèmes avaient toujours été « le nationalisme radical », c’est-à-dire les tentatives par certains pays de suivre une voie indépendante en contradiction avec les principes de la Grand Area. Ces fondements de la politique n’ont pas été modifiés. Le gouvernement Clinton a déclaré que les États-Unis avaient le droit d’employer la force unilatéralement pour garantir « l’accès sans entrave aux marchés les plus importants, aux richesses énergétiques, et aux ressources stratégiques ». Il a également indiqué que les forces militaires doivent être déployées en Europe et en Asie « pour gagner les faveurs des opinions », non par la douce persuasion mais par « des actions qui auront des incidences sur notre mode de vie et notre sécurité ». Au lieu d’être réduite, voire éliminée, comme on aurait pu s’y attendre si on s’en tenait à la propagande, l’OTAN a été déployée plus à l’est en Europe, en violation des assurances qui avaient été données verbalement à Mikhaïl Gorbatchev quand il avait accepté que l’Allemagne réunifiée rejoigne l’OTAN.

Aujourd’hui l’OTAN est devenue une force d’intervention globale, sous commandement états-unien, dont le rôle officiel est de contrôler le système énergétique international, les voies maritimes, les oléoducs, et tout ce qui peut être décidé par le pouvoir hégémonique.

Il y a bien eu une période d’euphorie à la suite de la chute de la superpuissance adverse, avec des histoires exaltées quant à « la fin de l’histoire » et des marques enthousiastes d’admiration pour la politique internationale de Clinton. Des intellectuels de premier plan ont signalé l’avènement d’une « phase de noblesse » avec « une lumière de sainteté », évoquant un pays, pour la première fois dans l’histoire, guidé par « l’altruisme » et agissant sur la base de « principes et de valeurs ». Rien ne devait entraver le cheminement du « nouveau monde idéaliste résolu à en finir avec l’inhumanité ». Le principe international de l’intervention humanitaire allait enfin pouvoir s’imposer.

Pas tout le monde n’était si joyeux. Les traditionnelles victimes, le Sud globalisé, ont froidement condamné le « soi-disant ’’droit’’ d’intervention humanitaire », l’identifiant au vieux « droit » à la domination impérialiste. Des voix plus sereines de l’élite politique états-unienne pouvaient percevoir que du point de vue de la plupart des pays du monde les États-Unis étaient en train de « devenir la superpuissance voyou », considérée comme « la seule menace extérieure » – il était clair que « le principal rogue state [État voyou] aujourd’hui c’est les États-Unis ». Lorsque Bush II est entré en fonction l’opinion publique mondiale, de plus en plus hostile, ne pouvait plus être ignorée. Notamment dans le monde arabe, les opinions favorables pour Bush ont chuté. Obama a réussi l’exploit de parvenir encore plus bas, sous les 5% en Égypte et guère plus au-dessus dans le reste de la région.

Cependant le déclin se poursuit. Cette dernière décennie, l’Amérique du Sud a été « perdue ». La « menace » de la perte de l’Amérique du Sud existait depuis plusieurs décennies. Alors que le gouvernement Nixon planifiait la destruction de la démocratie chilienne et l’installation de la dictature de Pinochet – le Conseil national de sécurité alertait sur le fait que si les États-Unis ne pouvaient pas contrôler l’Amérique latine ils ne pouvaient pas prétendre « atteindre à leurs objectifs dans le reste du monde ».

Mais ce qui serait beaucoup plus inquiétant ce serait des initiatives allant vers davantage d’indépendance au Moyen-Orient. Les planificateurs de l’après-Deuxième Guerre mondiale établissaient que le contrôle des incomparables réserves énergétiques du Moyen-Orient signifierait « un contrôle substantiel du monde », selon les termes du conseiller de Roosevelt Adolf A. Berle. Logiquement la perte de contrôle menacerait le projet de domination globale qui a été clairement exposé durant la Deuxième Guerre mondiale et qui a été maintenu depuis quels que fussent les changements dans le monde.

Un autre danger pour l’hégémonie états-unienne c’était l’éventualité d’avancées significatives vers la démocratie. L’éditeur exécutif du New York Times Bill Keller mentionne, c’est émouvant, « le désire de Washington de se joindre aux aspirations démocratiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ». Mais de récents sondages montrent trop bien qu’une démocratie réelle, là où l’opinion pèse sur la politique, serait désastreuse pour Washington. Sans surprise, après le renversement de Moubarak les premières initiatives de l’Égypte en politique étrangère ont été fortement critiquées par les États-Unis et leur client israélien.

Bien que les politiques états-uniennes sur le long terme demeurent inchangées, non sans quelques ajustements tactiques, sous Obama il y a bien eu quelques changements notables. L’analyste militaire Yochi Dreazen signale dans The Atlantic que la politique de Bush était de capturer (et de torturer) les suspects, alors qu’Obama les assassine simplement. Le recours aux armes de terreur (les drones) augmente, tout comme l’emploi des forces spéciales, souvent des commandos qui commettent des assassinats. Les forces spéciales sont en mesure d’opérer dans cent vingt pays. Maintenant aussi importantes que toute l’armée canadienne, ces forces spéciales forment de fait une armée privée à la disposition du président, problème exposé en détail par le journaliste Nick Turse sur le site Tomdispatch. L’équipe qu’Obama a envoyée pour assassiner Osama ben Laden a peut-être déjà effectué une douzaine d’opérations similaires au Pakistan.

Ces événements, comme tant d’autres, montrent que si l’hégémonie états-unienne est en recul les desseins restent les mêmes.

Un autre point dont on parle assez souvent, au moins parmi ceux qui veulent bien voir les choses telles qu’elles sont, c’est le fait que le déclin états-unien est pour une bonne part le résultat de la politique même des États-Unis. L’opéra comique à Washington cet été, qui a dégoûté le pays (il existe une majorité qui pense que le Congrès devrait tout simplement être dispersé) et indigné le monde, n’a guère de précédent dans les annales de la démocratie parlementaire. Le spectacle finit même par faire peur aux mécènes du spectacle. Les grandes entreprises s’inquiètent maintenant de voir que les extrémistes qu’ils ont contribué à mettre au Congrès pourraient choisir de faire tomber l’édifice sur lequel reposent leurs privilèges et leurs richesses, ainsi que le puissant État providence qui est à leur service.

L’éminent philosophe états-unien John Dewey avait un jour décrit la politique comme « le jeu d’ombres offert à la société par le big business », précisant que « la réduction de l’ombre ne changerait rien sur le fond ». Depuis les années 1970, l’ombre est devenue un nuage noir qui enveloppe la société et le système politique. Le pouvoir des grandes entreprises, principalement le capital financier aujourd’hui, est tel que les deux organisations politiques, qui ne ressemblent plus guère à des partis traditionnels, sont beaucoup plus à droite que la population sur les questions les plus importantes.

Les gens considèrent que le thème le plus préoccupant c’est la grave crise provoquée par le chômage. Dans les circonstances actuelles, des actions gouvernementales pourraient être engagées et des stimulations économiques pourraient être décidées pour faire face ce problème, bien au-delà des mesures qui viennent d’être prises et qui compensent à peine la baisse des dépenses des administrations locales. Au demeurant cette initiative a probablement sauvé des millions d’emplois. Pour les institutions financières la première inquiétude c’est le déficit. Donc on ne discute que du déficit. Pour lutter contre le déficit une grande majorité de la population est favorable à la taxation des très riches – 72% y sont favorables, 21% s’y opposent. Une grande majorité de la population s’oppose aux coupes dans les programmes de santé (69% dans le cas de Medicaid, 79% dans le cas de Medicare). Ce qui sera décidé c’est donc probablement le contraire.

Steven Kull a dirigé une étude sur les politiques à mener pour lutter contre le déficit. On peut lire : « Il est clair que le gouvernement et la Chambre des représentants (dirigée par les républicains) sont à l’opposé des valeurs et des priorités de la population sur le thème du budget – la plus grande différence c’est la question des dépenses, la population est favorable à de grandes économies dans les budgets militaires, alors que le gouvernement et la Chambre proposent de petites augmentations… La population est plus favorable que le gouvernement et la Chambre à l’augmentation des budgets pour la formation professionnelle, l’éducation et la lutte contre la pollution. »

Les coûts des guerres de Bush et Obama en Irak et en Afghanistan sont maintenant estimés aux alentours de 4 400 milliards de dollars – une grande victoire pour Osama ben Laden, dont l’objectif déclaré était de mener les États-Unis à la faillite en les attirant dans un piège. Le budget militaire de 2011 – presque équivalent à celui du reste du monde réuni – est en termes réels le plus élevé depuis la Deuxième Guerre mondiale, et il devrait croître encore davantage. La crise du déficit est dans une bonne mesure conçue comme une arme pour détruire les tant abhorrés programmes sociaux qui permettent à de nombreuses familles de s’en sortir. Le commentateur économique Martin Wolf du Financial Times de Londres écrit : « Il est faux de dire que la situation fiscale des États-Unis est alarmante… Les États-Unis peuvent emprunter sur des bases avantageuses, avec des taux à environ 3% sur dix ans, comme les rares personnes qui n’ont pas été emportées par l’hystérie l’avaient prédit. Le défi pour le budget c’est sur le long terme, non dans l’immédiat. » Significativement il ajoute : « Ce qu’il y a d’extraordinaire dans cette politique fiscale c’est que les revenus ne devraient représenter que 14,4% du PIB en 2011, beaucoup moins que dans l’après-Deuxième Guerre mondiale, la moyenne étant alors de près de 18%. Les impôts sur les revenus ne représenteront que 14,4% du PIB pour 2011. Une personne qui n’est pas états-unienne ne peut pas comprendre ce qui provoque cette crise : en 1988, à la fin de la période Reagan, ils représentaient 18,2%. Les impôts sur les revenus doivent croître substantiellement pour combler le déficit. » Extraordinaire effectivement, mais ce qui compte, dans cette démocratie en perte de vitesse, c’est ce que veulent les institutions financières et les gens richissimes.

Bien que la crise du déficit soit fabriquée comme un instrument au service d’une terrible lutte de classes, la crise de la dette sur le long terme est bien réelle, comme c’est le cas depuis la politique fiscale irresponsable de Ronald Reagan, qui avait fait passer les États-Unis de la position de premier bailleur de fonds au monde à celle de pays le plus endetté, multipliant par trois la dette nationale et multipliant les attaques contre l’économie. George W. Bush a porté des coups encore plus grave à l’économie. Mais pour l’heure c’est le chômage qui représente la crise la plus inquiétante.

Le « compromis » final sur la crise – plus exactement la capitulation totale devant l’extrême droite – est exactement à l’opposé de ce que l’opinion préfère, et il est presque sûr qu’il va conduire à une baisse de la croissance et à une aggravation de la situation pour tous, sauf pour les riches et les grandes entreprises qui font des profits records. Rares sont les économistes sérieux qui seraient en désaccord avec l’économiste de Harvard Lawrence Summers quand il dit : « Le problème actuel des États-Unis c’est plus le chômage et la baisse de la croissance qu’un déficit budgétaire trop important ». Il dit aussi que l’accord obtenu en août, bien que préférable à un default [défaut de paiement], devrait probablement causer du tort à l’économie.

On ne discute même pas du fait que le déficit serait éliminé si le système de couverture pour la santé, privé et déséquilibré, était remplacé par un système similaire à ceux des autres sociétés industrielles, qui ont des coûts moitié moindre et des services au moins aussi bons. Les institutions financières et l’industrie pharmaceutique sont beaucoup trop puissantes pour que de telles éventualités soient même soumises à considération. L’idée n’aurait pourtant rien d’utopique. D’autres choix économiques sont de la même façon exclus du débat, comme les taxations sur les petites transactions financières.

Pendant ce temps-là on fait encore plus de cadeaux à Wall Street. Le comité des appropriations de la Chambre des représentants a baissé le budget de la commission sécurité et échange, la première instance qui lutte contre la fraude financière. L’agence de protection du consommateur ne devrait pas survivre. Le Congrès brandit de nouvelles armes dans sa bataille contre les générations futures. Les républicains refusent d’agir sur la question environnementale, « une grande institution états-unienne saborde tous les efforts qui sont faits dans le pays pour contrôler les émissions de dioxyde de carbone d’une centrale au charbon, portant un coup à la lutte contre le réchauffement global », souligne le New York Times.

Ce comportement auto-destructeur, bien que de plus en plus grave, n’a rien de nouveau. Cela remonte aux années 1970, lorsque les choix économiques ont provoqué des changements profonds, mettant un terme à ce qui était appelé « l’âge d’or » du capitalisme (d’État). La financiarisation et la délocalisation de la production en furent les caractéristiques principales, les deux étant liées à la baisse des profits dans la manufacture et au démantèlement des accords de Bretton Wood de l’après-guerre qui garantissaient les contrôles du capitalisme et la régulation des devises. Le triomphe idéologique des « doctrines de libre-marché », hautement sélectives comme toujours, avait aussi aggravé la situation, parce que cela accentuait la dérégulation et donc le règne des grandes entreprises qui voyaient les PDG récompensés par d’énormes profits sur le court terme. Les autres décisions politiques étaient du même ordre. La concentration de la richesse se traduisit en davantage de pouvoir politique, ce qui accentué le cercle vicieux qui a donné une richesse extraordinaire pour 0,1% de la population, principalement les PDG des grandes entreprises, les porteurs de fonds spéculatifs, etc., alors que pour l’immense majorité les revenus réels ont quasiment stagné.

Parallèlement, le coût des élections atteint des sommes astronomiques, les grandes entreprises ont donc les deux partis dans leur poche. Ce qu’il reste de démocratie politique a été miné quand les deux partis se sont transformés en agence de vente des sièges du Congrès. L’économiste Thomas Ferguson observe que, « cas unique parmi les parlements des pays développés, les partis du Congrès états-unien fixent les prix sur les questions principales dans le processus législatif ». Les législateurs qui ont les sièges financent le parti, cela les oblige à devenir des serviteurs du capital privé, au-delà de ce qui est habituel. Le résultat, continue Ferguson, c’est que les débats « reposent fortement sur la répétition de quelques slogans qui plaisent aux investisseurs et aux groupes d’intérêts dont dépendent les politiciens de premier rang ».

L’après-âge d’or représente un cauchemar qui avait été prévu par les économistes classiques, Adam Smith et David Ricardo. Les deux admettaient que si les marchands et fabricants britanniques investissaient à l’extérieur et s’appuyaient sur les importations, ils en tireraient des profits, mais l’Angleterre en subirait les conséquences. Les deux espéraient que ces conséquences seraient évitées par des corrections internes, par la préférence accordée aux affaires dans le pays d’origine pour le voir croître et se développer. Ricardo pensait que grâce à ces corrections la plupart des hommes d’affaire se satisferaient d’un taux de profit modeste dans leur propre pays plutôt que de rechercher des bas salaires pour s’enrichir dans des pays étrangers.

Ces trente dernières années, les « maîtres du genre humain », comme Smith les appelait, ont abandonné tout intérêt pour le bien-être de leur propre société, préférant se concentrer sur les profits à court terme pour tirer d’énormes bénéfices, indifférents à la situation de leur pays – tout au moins tant que l’État providence reste intact pour servir leurs intérêts.

Une belle illustration de tout cela est apparue en une du New York Times le 4 août 2011. Deux articles sont parus côte à côte. L’un relate la fougue des républicains pour s’opposer à toute proposition « qui impliquerait des hausses de revenus » – un euphémisme pour dire les impôts pour les riches. L’autre est titré « Même avec des prix majorés, les produits de luxe se vendent très bien ». Le prétexte pour ramener à des niveaux ridiculement bas les impôts des riches et des grandes entreprises c’est que cela les aiderait à investir et donc à créer des emplois – ce qu’il ne peuvent pas faire maintenant alors que leurs porte-monnaie débordent de profits records.

La situation actuelle est décrite avec justesse dans une brochure pour les investisseurs produite par le géant bancaire Citigroup. Les analystes de la banque décrivent une société globale qui se divise en deux blocs : laplutonomie [les riches qui décident de tout] et les autres. Dans un tel monde, la croissance est aiguillonnée par les quelques riches, et elle est largement consommée par eux-mêmes. Puis il y a les « non-riches », la grande majorité, maintenant parfois appelés le précariat global, la force de travail qui vit une existence précaire. Aux États-Unis ils subissent une « insécurité du travail » de plus en plus forte, la base d’une économie en bonne santé, comme le président de la Réserve fédérale Alan Greenspan l’expliquait au Congrès, félicité pour ses résultats dans la gestion économique. C’est le réel changement de pouvoir dans la société globale.

Les analystes de Citigroup conseillent aux investisseurs de se concentrer sur les très riches, là où les choses se jouent. La réserve de fonds de la plutonomie, la « Plutonomy Stock Basket » comme ils l’appellent, dépasse de loin les chiffres des marchés développés après 1985, lorsque ont commencé les politiques économiques de l’ère Reagan-Thatcher qui visaient à enrichir les très riches.

Les nouvelles institutions de l’après-âge d’or, qui sont les principales responsables du krach de 2007, ont acquis un extraordinaire pouvoir économique ; elles ont multiplié par trois leur part dans les profits des grandes entreprises. Après le krach certains économistes ont commencé à réfléchir à leur fonction en termes purement économiques. Le prix Nobel d’économie Robert Solow arrive à la conclusion que leur impact global est probablement négatif : « Les succès apportent très peu, ou peut-être rien du tout, à l’efficacité de l’économie réelle, alors que les désastres font passer la richesse des contribuables aux maîtres de la finance ».

En détruisant ce qu’il reste de démocratie politique, ils préparent le le terrain pour que se poursuive ce fatal processus – tant que les victimes accepteront de souffrir en silence.

Jean-Louis pour Noam Chomsky

Source : http://www.zcommunications.org/the-decline-of-america-by-noam-chomsky

Traduction : Numancia Martínez Poggi

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