Archive pour 15 janvier, 2012

Tunisie : Happy « Dégage » Day !

Publié le 15/01/2012 à 06h57

Tunisie : Happy « Dégage » Day ! dans Opinions tu2012__07175f
Premier anniversaire du départ de Ben Ail. 14 janvier 2012 (Thierry Brésillon)

Des milliers de Tunisiens ont célébré le premier anniversaire du départ de Ben Ali sur l’Avenue Habib Bourguiba. La principale avenue de Tunis, au bout de laquelle se trouve le Ministère de l’Intérieur devant lequel s’étaient rassemblés les manifestants, l’an dernier, pour crier «  Dégage  ».

Date symbole, mais la journée a donné un tableau de l’état de l’humeur tunisienne  : unie pour célébrer la liberté retrouvée, divisée sur l’évolution politique et la tournure de la révolution.

Beaucoup de ceux qui avaient le sentiment d’avoir remporter la victoire l’an dernier, se désolent de voir Ennahdha triompher.

Un ex-militant du CPR, déçu par la stratégie de participation au pouvoir de Moncef Marzouki, dénonce  :

«  Rien n’avance. Les députés n’ont toujours pas commencé à travailler sur la Constitution, alors qu’il a fallu onze jours au Japon pour rédiger la sienne après la guerre. Les projets économiques n’avancent pas, les mêmes cadres sont toujours là et ne font rien s’ils ne touchent pas de commission  ».

Heureux, déçu, optimiste

Un passant résume le mélange de sentiments de la journée :

«  Je suis heureux aujourd’hui, déçu, parce que je vois qu’Ennahdha veut remplacer le RCD. Mais optimiste, parce que, cette fois, les Tunisiens sont instruits par l’expérience et ne se laisseront pas faire. »

tu2012__06080f dans Opinions
Happy Dégage day, mister policeman ! 14 janvier 2012 (Thierry Brésillon)

La palme du jour revient à cette petite fille que sa mère a donné une pancarte « Happy Dégage Day ».

Beaucoup de débats s’improvisent. La participation du cheikh Ben Khalifa al Thani, émir du Qatar, à la cérémonie offocielle, suscite le plus de passion. Les sympathisant d’Ennahdha se rejouissent du soutien qu’il apporte à l’économie tunisienne. D’autres rétorquent que

« Au lieu de nous acheter, il ferait mieux de nous livrer Sakher El Materi pour qu’ils nous rendent les milliards qu’il a volés à la Tunisie. »

Sakher El Materi, gendre de Ben Ali et symbole de la prédation de l’économie, est actuellement réfugié au Qatar.

Nettoyer le pays

Côté théâtre municipal, un grand rassemblement attirait les sympathisants d’Ennahdha. Accroché aux murs, un panneau annonçait  :

«  14 janvier 2012, virer les voix du RCD.
14 janvier 2013, virer les arrivistes.
14 janvier 2014, commencer à transformer la Tunisie  ».

Pendant la foule scande « Le peuple veut nettoyer le pays.  »

A quelques pas de là, des militants du parti Tahrir ont déployé leurs drapeaux  :

«  Pour nous c’est un bon jour. Nous travaillons. Les gens réagissent bien aux symboles de l’islam.  »

Le Ministère de l’Intérieur, le dragon vaincu ?

tu2012__07121f
Des jeunes filles posent devant le Ministère de l’Intérieur. (Thierry Brésillon)

Devant les Ministère de l’Intérieur, des policiers détendus donnent des drapeaux aux enfants pour qu’ils courent dans le no man’s land qui protège le batiment de l’avenue. On pose devant pour une photo souvenir devant le dragon hier terrifiant, aujourd’hui dompté, vaincu ou endormi  ?

Le soir venu, des jeunes ont redonné un peu de gaieté en brûlant des photos de l’ancien président et en scandant «  Ben Ali, bon débarras  » sur l’air de «  Joyeux anniversaire ».

En passe de devenir un rituel, le 14 janvier n’est déjà plus la révolution.

Jean-Louis pour Thierry Bresillon

in Rue89

Costa Concordia. La croisière ne s’amuse plus

Je crois qu’il y a un engagement politique et personnel dans notre manière à nous, simples citoyens, de décrypter l’information, une responsabilité dans le fait d’allumer la radio, la télévision, l’ordinateur, ou de tourner les pages de nos journaux, pour qu’au-delà des intentions des journalistes et de nos propres fantasmes, nous puissions en tirer les leçons qui nous rendront plus sages.

Concordia {JPEG}Le naufrage du Costa Concordia me rappelle assez bien cela, avec son sale relent de déjà-vu, comme celui du TK Bremen et de trop d’autres navires avant eux, un arrière-goût de la même mayonnaise médiatique qui permet, depuis des lustres, d’ériger n’importe quelle fortune de mer en métaphore de l’incurie d’un équipage, les mêmes coupables prestement désignés, le même manque de clarté, le même trop-plein d’interrogations.

La route, d’abord, anormalement proche de la côte, et plus que « surprenante » pour un navire qui l’emprunte 52 fois l’an. Les explications du commandant, ensuite, imputant l’accident à une roche non signalée sur les cartes. Une probabilité infime qui confirme la « faute nautique » du capitaine, cruciale en droit maritime. Les déclarations du porte-parole des garde-côtes, enfin qui indique que le navire, probablement suite à une avarie, a heurté une roche lui ayant occasionné une déchirure d’environ 70 mètres sur le flanc gauche (visible sur les photos de la quille, avec un gros morceau de caillou dedans) et une voie d’eau importante, suite à quoi le commandant aurait décidé de rapprocher son navire de la côte pour lui éviter de sombrer en eau profonde et faciliter les opérations de sauvetage. Une autre version qui émet l’hypothèse d’une avarie. Une version divergente, pour ne pas dire dérangeante.

Près de deux heures se sont écoulées entre le choc initial, suivi du black-out, et le déclenchement du signal d’alarme (sept coups brefs + un long signifient alarme et non abandon). Le Concordia dérivait-il ? Ou bien naviguait-il encore ? Pourquoi le Concordia est-il échoué sur le flanc droit, quand visiblement l’eau s’est engouffrée par la brèche du flanc gauche ? Le commandant a-t-il tenté de ballaster pour dégager la brèche ? S’est-il vraiment échoué là où il git aujourd’hui ? Cela parait impensable. Et dans ce cas, comment personne n’a-t-il remarqué que le navire ne faisait plus route, et se trouvait à une distance de la côte où, en tendant un le bras, on pouvait éteindre les lampes de chevet des habitants de l’île de Giglio ? Beaucoup trop de « soupe », dans le récit de ce naufrage. Cela discrédite l’ensemble. Et je passe sur les détails, le directeur de Costa assurant que le commandant était à la passerelle quand certains passagers affirment qu’il dinait avec eux, lors du traditionnel « dîner du commandant ». Et les blablas habituels ! Une poignée de témoignages isolés, pimentés de quelques énormités à faire pâlir la faïence d’un chiotte, et saupoudrés d’un zeste de pathos Hollywoodien.

Où est la vérité ? Où sont les véritables fautes ? Quelles sont les implications ? Il faudra, une fois de plus, attendre les résultats définitifs d’une enquête que les media auront oubliée depuis belle lurette quand ils seront rendus publics. S’ils le sont.

En attendant, le Commandant et le second ont été arrêtés, accusés d’avoir mis en danger la vie de leurs passagers et, crime suprême, quitté le navire avant la fin des opérations de sauvetage. Et tout serait dit ? Je ne cherche pas à les défendre. Les deux hommes ont immédiatement reconnu la faute nautique et endossé la responsabilité entière de l’accident. C’est la loi du métier. Cela leur vaudra quelques mois de prison ferme et la retraite dans la foulée. Mais je trouve cela un peu court, parce qu’avant toute autre considération sur leur faute et leur sort personnel, aux termes de la convention de Bruxelles, cela exonère la responsabilité du transporteur maritime, c’est-à-dire l’armateur. On ferme le ban. Une particularité du droit maritime bien commode, et qui ne trouve aucun équivalent en droit terrestre. Un anachronisme au service des intérêts financiers exorbitants d’armateurs et de leurs assureurs, qui s’opposent à toute évolution de cette « coutume », en dépit de plusieurs tentatives juridiques. La dernière en date s’est soldée par la Convention de Hambourg à l’initiative de l’ONU en 1978. Léger hic : la convention de Hambourg, n’a été ratifiée, en 1992 — soit 14 ans après sa rédaction — que par vingt « superpuissances maritimes » (Barbade, Botswana, Burkina Faso, Chili, Egypte, Guinée, Hongrie, Kenya, Liban, Lesotho, Malawi, Maroc, Nigeria, Ouganda, Tanzanie, Roumanie, Sénégal, Sierra Leone, Tunisie, Zambie). Je vous laisse libre d’en rire ou d’en pleurer.

La nuit dernière, à petit bruit, un chalutier irlandais est allé par le fond. Cinq disparus. Pas de couverture médiatique. Je ne sais pas quel sera le bilan humain définitif du Concordia. On parle de 3 morts et 17 disparus (11 passagers et six membres d’équipage). Même s’il est dramatique, j’estime qu’on s’en tire à bon compte. Vendredi soir, à bord du Concordia, le premier péril était de voir les 4 200 passagers céder à la panique. Le Titanic, vous savez… pas le bateau, le film. Panique, précisément, qui a conduit des dizaines de personnes à se jeter à l’eau pour tenter de regagner la côte proche à la nage, occasionnant ainsi la majorité des victimes. Et le bilan aurait vraisemblablement été beaucoup plus lourd si les garde-côtes italiens n’avaient pas été présents pour en repêcher la majorité.

Sans nier les problèmes humains d’organisation, et les déboires techniques (défaut de signalisation lumineuse, de certaines brassières, manœuvre des bossoirs par forte gite pour la mise à l’eau des chaloupes), on peut quand même reconnaître à cet équipage et aux secours d’avoir, en quelques heures, réussi à évacuer 4 200 personnes, parmi lesquelles certaines âgées, d’autres très jeunes (52 enfants de moins de six ans). Sans compter la poignée de témoins reconnaissants qui se sont empressés de tirer à boulets rouges sur l’organisation du sauvetage… à peine furent-ils hors de danger et à portée de micro. Peurs et rages ! « On a minimisé l’accident », disent certains. « Le commandant ne nous a pas averti du danger » assènent d’autres. Et que voulez-vous qu’il vous chante ? « Sauve qui peut ! Vous allez tous mourir », sur l’air des lampions ? Sérieusement, la plupart de ceux qui accusent aujourd’hui, ne connaissent rien aux difficultés inhérentes à l’évacuation d’un navire, quel que soit le degré de formation ou de compétence de son équipage. Imaginent-ils seulement la complexité de calmer et contrôler 4 200 individus, en trois ou quatre langues, par le discours et le raisonnement, quand le navire tombe dans le noir et commence à prendre de la gite ? Et sans aller chercher en mer, il n’y a qu’à se rappeler des dramatiques bousculades du stade du Heysel (39 morts), du pont Al-Aaimmah en Irak (965 morts), ou plus récemment en novembre 2010 de Phnom Penh, lors de l’Om Touk (456 morts).

En revanche, sans vouloir recréer ce même climat stérile d’hystérie qui préside aux catastrophes, peut-on se demander ce qui se serait passé si le navire avait été plus loin en mer ? Avec des secours plus longs à intervenir. Le Titanic, en somme, ou pire que le Titanic, ce ferry Sénégalais — si loin d’Hollywood — le Joola, en 2002 (1953 morts sur 2017 passager). Que serait-il advenu des 4 200 passagers ?

C’est un accident isolé, dit-on. Ça ne remet pas en cause la sécurité des croisières. Peut-être. Savez-vous, par exemple que le 23 Septembre 2010, à 04H26, le paquebot Queen Mary 2 (Cunard Line) approchait Barcelone quand il a subi une avarie sur un équipement électrique (filtre d’harmoniques, en très gros une batterie de condensateurs utilisée sur les navires à propulsion électrique afin de prévenir les perturbations électriques, quelle que soit la puissance réclamée par la propulsion), accompagnée d’une explosion qui a causé des dégâts importants et un black-out. Le courant principal a été rétabli à 04H55 et le navire a pu reprendre sa route à 05H23, sans plus de conséquences, en l’absence de danger pour la navigation. Un coup de bol vite étouffé.

Sur le Concordia la puissance électrique totale installée (64 MW dont 2 x 20 MW pour la propulsion) équivaut à la consommation d’une ville de 50 000 habitants. La croisière devient folle. Voilà la vérité. Le pognon La course au gigantisme. Celui des navires comme celui des empires financiers. Costa Croisières appartient à la famille israélienne Arison, qui a inventé l’industrie de la croisière moderne, en 1972, avec Carnival Cruise et la célèbre « Croisière s’amuse » qui l’a popularisé. Aujourd’hui, le groupe comporte plus de 100 navires de croisières et de nombreuses compagnies dans le monde (Carnival Cruise Lines, Princess Cruises, Holland America Line, Windstar Cruises, Seabourn Cruise Line, P&O Cruises, Cunard Line, Ocean Village Holidays, Swan Hellenic, AIDA, Costa Cruises en Europe et P&O Cruises Australia). Le pognon !

Faire endosser la responsabilité par les capitaines sans remettre en question la course au gigantisme, prétendre que les navires sont sûrs sous prétexte qu’ils sont aux normes, est aussi stupide que de garantir qu’aucun capitaine ne commettra plus jamais de faute nautique. Seulement, il y a les intérêts économiques. Le marché de la croisière en Europe, c’est 11 millions de passagers transportés à l’année, 17% de croissance en 2010, 5 000 escales touchées. On mesure les enjeux. Et pas uniquement ceux des armateurs. Alors on fait des normes, et d’autres normes que l’on fait évoluer, le plus souvent suite à une catastrophe, et bien d’autres réglementations encore. Et on s’abrite derrière. Je ne conteste pas le sérieux des personnes qui travaillent à la sécurité maritime. Sur un paquebot, par exemple, tout est calculé au millimètre, on va jusqu’à modéliser les « mouvements de foule » en cas de panique, afin de dimensionner les ponts, les ouvertures, et bien d’autres calculs plus étranges encore. Simplement, la mer reste la mer, avec ses risques. Et la course au gigantisme y ajoute les siens.

On va mettre deux hommes en prison, probablement réglementer un ou deux couloirs de navigation. Réglementation qu’on cassera par la suite, comme chez nous où, depuis le 21 décembre 2011, les ferries et bateaux de croisière de moins de 220m ont été autorisés à emprunter les passages du Fromveur, du Four, de La Helle et du raz de Sein. Vous avez bien lu, amis bretons. Et puis on va oublier, rassurer le chaland. Ne surtout pas faire évoluer le droit maritime vers des textes plus contraignants pour l’armateur. Il est blanchi. C’est une erreur humaine. Les navires de croisière sont archi-sûrs. Dollars et blablas ! Jusqu’au jour où une avarie majeure (incendie, voie d’eau) surviendra sur un de ces mastodontes des mers, plus de 150 000 tonneaux (contre 46 000 au Titanic), près de 350 mètres de long, le Queen Mary II, l’Independence of the Seas, la série des Oasis, 7 600 personnes à bord. En attendant mieux. Un autre capitaine en tôle. D’autres progrès mirifiques. Et d’autres paradoxes. Toujours plus de risques pour une société qui les tolère de moins en moins. Quoi de plus douillet que le cocon d’une croisière ? Jusqu’à ce que la croisière ne s’amuse plus du tout.

Jean-Louis pour Argo

son blog

Sources :

La Repubblica (en italien) :

 

- Témoignage du porte-parole des garde-côtes italiens (vidéo)

- Témoignage d’un des premiers sauveteurs (video)

- Images prises par une passagère et son témoignage (vidéo exclusive)

Rapport du Marine Accident Investigation Branch (MAIB) sur l’avarie du Queen Mary 2

Wikipedia : Les bousculades et leurs bilans

GEAB N°61 : 2012 : L’année du grand basculement géopolitique mondial

Je partage avec vous aujourd’hui la vision du “GlobalEurope Anticipation Bulletin”, qui est pour moi de loin une des meilleures sources d’information sur la Crise.

Aujourd’hui, une tonalité très pro-Euroland et anti-USA. Cela change un peu des discours ambiants… Nous verrons en 2012 le résultat des courses…

Communiqué public GEAB N°61 (15 janvier 2012) transmis par Olivier Berruyer

 

Crise systémique globale – 2012 : L’année du grand basculement géopolitique mondial

GEAB N°61 : 2012 : L’année du grand basculement géopolitique mondial dans Grèce

Avec ce GEAB N°61, cela fera six ans que chaque mois l’équipe de LEAP/E2020 partage avec ses abonnés et les lecteurs de son communiqué public mensuel ses anticipations sur l’évolution de la crise systémique globale. Et pour la première fois, à l’occasion du numéro de Janvier qui présente une synthèse de nos anticipations pour l’année à venir, notre équipe anticipe une année qui ne se traduira pas uniquement par une aggravation de la crise mondiale mais qui sera aussi caractérisée par l’émergence des premiers éléments constructifs du « monde d’après la crise » pour reprendre l’expression de Franck Biancheri dans son livre « Crise mondiale : En route pour le monde d’après ».

Selon LEAP/E2020, 2012 sera en effet l’année du grand basculement géopolitique mondial : un phénomène qui sera sans aucun doute porteur de graves difficultés pour une grande partie de la planète mais qui permettra également l’émergence des conditions géopolitiques propices à une amélioration de la situation dans les années à venir. Contrairement aux années précédentes, 2012 ne sera pas une année « gâchée », enlisée dans le « monde d’avant la crise », faute d’audace, d’initiative et d’imagination de la part des dirigeants mondiaux et du fait de la grande passivité des peuples depuis le début de la crise.

Nous avions qualifié l’année 2011 d’année impitoyable car elle allait faire voler en éclats les illusions de tous ceux qui pensaient que la crise était sous contrôle et qu’ils allaient pouvoir reprendre leurs « petites affaires » comme par le passé. Et 2011 fut impitoyable pour nombre de dirigeants politiques, pour le secteur financier, pour les investisseurs, pour les dettes occidentales, pour la croissance mondiale, pour l’économie US et pour l’absence de gouvernance de l’Euroland. Ceux qui se croyaient intouchables ou inamovibles ont découvert brutalement que la crise n’épargnait rien ni personne. Cette tendance va bien entendu se poursuivre en 2012 car la crise ne respecte pas non plus le découpage du calendrier grégorien. Les derniers « intouchables » vont en faire l’expérience : Etats-Unis, Royaume-Uni, Dollar, T-Bonds, dirigeants russes et chinois, etc… (1) Mais 2012 va également voir s’affirmer, surtout dans sa seconde moitié, les forces et acteurs qui vont permettre en 2013 et les années suivantes de commencer à rebâtir un système international neuf, reflétant attentes et rapports de force du XXI° siècle et non plus ceux du milieu du XX° siècle. En cela, 2012 va bien être l’année du grand basculement entre le monde d’hier et celui de demain. Année de transition, elle mêlera le pire (2) et le meilleur. Mais, ce faisant, selon notre équipe, elle constitue quand même la première année constructive depuis 2006 (3).

Nous présentons d’ailleurs dans ce GEAB N°61 les 35 thèmes/événements, qui sont autant de recommandations, dont nous anticipons qu’ils marqueront l’année 2012 : 20 thèmes en hausse et 15 thèmes en baisse. Cette liste peut ainsi aider très concrètement le lecteur du GEAB à se préparer à l’année à venir. Réduire le temps perdu à lire des articles sur des sujets qui sont déjà secondaires en terme d’impact sur le cours des événements, ou au contraire prendre le temps d’approfondir des thèmes qui demain seront au cœur des évolutions à venir, ne pas se faire prendre par surprise par les évolutions majeures de l’année qui vient, voilà ce à quoi souhaite servir cette liste des 35 « Up and Down » de 2012. Avec depuis six ans, des taux de réussite variant entre 75% et 85%, cette anticipation annuelle est donc une aide à la décision particulièrement concrète pour les douze mois à venir.

Par ailleurs dans ce GEAB N°61, notre équipe analyse en profondeur la nature et les conséquences d’un possible QE3 que lancerait la Réserve fédérale US en 2012 (4). Espéré par les uns, redouté par les autres, QE3 est généralement présenté comme l’arme ultime pour sauver l’économie et le système financier US qui, contrairement au discours dominant de ces dernières semaines, continuent à se dégrader (5). Que la FED se lance dans QE3 ou non, QE3 sera sans aucun doute l’événement financier majeur de 2012 dont les conséquences marqueront définitivement le système financier et monétaire mondial. Ce GEAB N°61 vous permettra de vous faire une idée précise sur la question.

 

 dans Opinions

Evolution des bons du Trésor détenus par les Primary Dealers classés par maturité (12/2010 – 10/2011) (en gris : Bills -moins d’un an / en rouge : moins de 3 ans / en vert : de 3 à 6 ans / en mauve : de 6 à 11 ans / en bleu : 11 ans et plus) – Source : Zerohedge, 10/2011

 

Et QE3 jouera un rôle déterminant dans le grand basculement géopolitique mondial de 2012 car cette année verra notamment les dernières tentatives des puissances dominantes du monde-d’avant-la-crise de maintenir leur pouvoir global, que ce soit en matière stratégique, économique ou financière. Quand nous utilisons le terme « dernières », nous voulons souligner qu’après 2012 leur puissance sera trop affaiblie pour pouvoir encore prétendre maintenir cette situation privilégiée. La récente dégradation de la plupart des pays de l’Euroland par S&P est un exemple typique de ces tentatives de la dernière chance : poussés par Wall Street et la City, et du fait de leurs besoins insatiables de financement (6), les Etats-Unis et le Royaume-Uni en sont arrivés au point d’engager une guerre financière ouverte avec leurs derniers alliés, les Européens. C’est du suicide géopolitique car cette attitude oblige l’Euroland à se renforcer en s’intégrant toujours plus et en se dissociant des Etats-Unis et du Royaume-Uni ; tandis que l’immense majorité des dirigeants et des populations de la zone Euro ont enfin compris qu’il y avait bien une guerre transatlantique et transmanche conduite contre eux (7). LEAP/E2020 présentera à ce sujet ses anticipations « Europe 2012-2016 » dans le GEAB N°62 qui paraîtra le 15 Février 2012.

 

Répartition des dettes occidentales (2011) (en bleu clair : dette du secteur non financier / en vert : dette du secteur financier / en orange : dette publique / en bleu foncé : dette des ménages) – Sources : Haver analytics / Morgan Stanley, 01/2012

 

Dans un autre registre, les tentatives de créer une « petite guerre froide » avec la Chine ou de tendre un piège à l’Iran sur la question de la libre-circulation dans le détroit d’Ormuz ressortent du même réflexe (8). Nous y revenons plus en détail dans ce GEAB N°61.

Le grand basculement de 2012, c’est aussi celui des peuples. Car 2012 sera aussi l’année de la colère des peuples. C’est l’année où ils vont entrer massivement sur la scène de la crise systémique globale. 2011 aura été un « tour de chauffe » où des pionniers auront testé méthodes et stratégies. En 2012, les peuples vont s’affirmer comme les forces à l’origine des basculements majeurs qui vont marquer cette année-charnière. Ils le feront de manière pro-active parce qu’ils créeront les conditions de changements politiques décisifs via des élections (comme ce sera le cas en France avec l’éviction de Nicolas Sarkozy (9)) ou via des manifestations massives (Etats-Unis, Monde Arabe, Royaume-Uni, Russie). Et ils le feront aussi de manière plus passive en générant la crainte chez leurs dirigeants, obligeant ces derniers à une attitude « pré-emptive » pour éviter un choc politique majeur (comme ce sera le cas en Chine (10) ou dans plusieurs pays européens). Dans les deux cas, quoiqu’en pensent les élites des pays concernés, c’est un phénomène constructif car rien d’important ni de durable ne peut émerger de cette crise si les peuples ne s’impliquent pas (11).

Le grand basculement de 2012, c’est encore l’effondrement accéléré du pouvoir des banques et institutions financières occidentales, une réalité que nous décrivons dans ce GEAB contrairement au discours populiste actuel qui oublie que le ciel étoilé que nous contemplons est une image d’une réalité disparue depuis longtemps. La crise est une telle accélération de l’Histoire que beaucoup n’ont pas encore compris que le pouvoir des banques dont ils s’inquiètent est celui qu’elles avaient avant 2008. C’est un sujet que nous détaillons dans ce numéro du GEAB. Dans le même temps, on continue à voir les investisseurs fuir les bourses et les actifs financiers notamment aux USA (12).

 

Evolution comparée des PIB des pays industrialisés et de leur dette publique (1991-2011) (en gris : PIB / en rouge : dette publique) – Source : Spiegel, 01/2012

 

Et le grand basculement, c’est aussi l’arrivée à maturité des BRICS qui, après cinq années à se chercher et à prendre leurs marques, vont en 2012 commencer à peser fortement et pro-activement sur les décisions internationales (13). Or, ils constituent sans aucun doute possible l’un des acteurs essentiels pour l’émergence du monde d’après la crise ; et un acteur qui, au contraire des Etats-Unis et du Royaume-Uni, sait que son intérêt est d’aider l’Euroland à traverser cette crise (14).

Avec un Euroland stabilisé et doté d’une gouvernance solide, la fin 2012 se présentera donc comme une première opportunité de fonder les bases d’un monde dont les racines ne plongeront plus dans l’après Seconde Guerre Mondiale. Ironiquement, c’est probablement le sommet du G20 de Moscou en 2013, le premier à se tenir hors du camp occidental, qui concrétisera les promesses de la seconde moitié de 2012.

 

———
Notes:
(1) Et le feuilleton de la crise des dettes européennes jusqu’à la fin du premier semestre 2012. L’année sera très difficile aussi pour l’Euroland comme le montrent les scénarios préparés par l’OFCE. Mais elle s’avérera nettement moins difficile qu’anticipé aujourd’hui par les experts et médias financiers car ils sous-estiment, d’une part, les progrès faits en matière de gouvernance de l’Euroland qui vont porter leurs fruits dans la seconde moitié de 2012 ; et, d’autre part, le changement de contexte psychologique une fois que l’attention du monde se reportera sur les problèmes américains et britanniques. A ce propos, voici un nouvel exemple de désinformation sur l’Euro publié par MarketWatch le 09/01/2012 : l’éditorialiste David Marsh tente d’accréditer l’idée que l’élection présidentielle française du printemps 2012 sera une autre mauvaise nouvelle pour l’Euro, affirmant explicitement que François Hollande est un eurosceptique ! Comme tout le monde le sait en France, François Hollande est au contraire un pro-Européen et pro-Euro farouche, ce qui ne laisse que deux options concernant MarketWatch/Marsh : soit ils ne savent pas de quoi ils parlent, soit ils mentent délibérément. Dans les deux cas, cela éclaire la valeur des opinions de la grande presse financière US sur l’Euro et son avenir. Ceux qui les suivent perdront beaucoup d’argent ! Toujours en ce qui concerne l’Euroland, le Spiegeldu 03/01/2012 offre une plongée intéressante dans le fonctionnement du Merkozysme qui montre combien les deux pays sont en train de lier définitivement leurs destins : une évolution qui s’accélérera après l’élection de François Hollande qui n’aura pas, comme Sarkozy, un pied dans l’Euroland et un pied à Washington.(2) En particulier une poursuite de la montée généralisée du chômage. Source :Tribune, 31/10/2011(3) Une touche poétique permet d’illustrer notre approche en la matière, qui suit sur le fond la méthodologie d’anticipation politique décrite dans le « Manuel d’Anticipation Politique » de Marie-Hélène Caillol, présidente de LEAP. Que faut-il retenir du solstice d’hiver ? Qu’il marque le cœur de l’hiver parce que les jours y sont les plus courts ? Ou qu’il annonce le printemps parce qu’à partir de cette date les jours rallongent ? Les deux réponses sont justes. Mais la première ne dit pas grand-chose sur l’avenir sinon qu’il va continuer à faire sombre et probablement froid un certain temps ; c’est une photographie, une analyse statique. La seconde réponse en revanche conduit le regard sur un avenir plus lointain et souligne l’existence d’un processus en cours qui va conduire à des changements en terme de durée du jour et peut-être de température ; c’est une vision dynamique des événements. La méthodologie d’anticipation politique a d’ailleurs désormais sa place dans le débat scientifique puisque Marie-Hélène Caillol a été invitée à contribuer à un numéro spécialement dédié à l’Anticipation(Volume 41, Issue 1, 2012) (coordonné par le professeur Mihai Nadin) de la revue scientifique américaine “the International Journal of General Systems” (Francis & Taylor), un périodique multidisciplinaire consacré à la publication de travaux de recherche originaux en sciences des systèmes, fondamentales et appliquées. L’article qui a résulté de cette collaboration s’intitule : “Anticipation politique: observer et comprendre les tendances socio-économiques globales dans le but de guider les processus de prise de de décision”.

(4) Les récentes publications des minutes des débats de la FED en 2006 illustrent parfaitement l’une de nos hypothèses de travail : les responsables d’un système complexe sont généralement incapables de percevoir le moment où il va basculer dans la crise ou le chaos. C’était le cas d’Alan Greenspan, Thimothy Geithner et consors en 2006. C’est le cas des maîtres de la City, de Wall Street ou de Washington en 2012. D’ailleurs, ce sont les mêmes pour nombre d’entre eux. Source : New York Times, 12/01/2012

(5) La dégradation de la situation US se produit malgré la volonté de la cacher par les médias dominants et les agences de notation ; tandis que dans l’Euroland la situation ne se dégrade pas autant que voudraient le faire croire ces mêmes médias et agences. En laissant un peu de temps au temps, l’issue ne fait donc aucun doute. Pour ce qui est de la dégradation économique US, il suffit de constater l’effondrement des profits bancaires, de la consommation US (les annonces tonitruantes sur les fêtes ont ainsi fait place à des chiffres bien médiocres), la fermeture ou la faillite continue de réseaux de détaillants, le maintien du chômage à des taux historiques, le problème croissant du paiement des retraites, l’effondrement des budgets des grandes universités publiques, … Sources : YahooNews, 12/01/201 ; Bloomberg, 12/01/2012 ; USAToday, 12/01/2012 ; CNBC, 28/12/2011 ; Washington Post, 27/12/2011

(6) Comme le montre le tableau ci-dessous, avec 900% du PIB d’endettement, le Royaume-Uni est comme un animal pris au piège de la dette. Et du fait du poids gigantesque de la dette du secteur financier britannique, il est condamné à tenter par tous les moyens d’obliger l’Euroland à payer les dettes de la Grèce, etc… La décote des dettes publiques occidentales est un bazooka pointé sur le cœur du Royaume, la City. Source : Guardian, 01/01/2012

(7) Tant mieux car il n’y a rien de pire que d’être en guerre sans le savoir comme l’écrit à ce sujet Franck Biancheri sur son compte Twitter qui commente la campagne présidentielle française twitter.com/Fbiancheri2012.

(8) La Russie a déjà fait son choix en développant son commerce avec l’Iran en Rouble et Rial, éliminant le Dollar US des transactions entre les deux pays. Quant à l’Europe, elle gesticule sous pression US, mais in fine ne fera pas grand-chose en matière d’embargo car d’ici Juin (nouvelle date pour prendre une décision), la carte politique aura bien changé. Sources : Bloomberg, 07/01/2012 ;Le Monde, 09/01/2012

(9) Ce qui au passage remettra la France dans sa logique historique « gaullo-européenne » au lieu de l’ancrage occidentaliste qu’aura incarné la parenthèse Sarkozy. Source : Le Monde, 11/01/2012

(10) En Chine, selon LEAP/E2020, le risque d’explosion populaire majeure se trouve à la croisée d’une situation économique tendue (ce sera le cas en 2012 – voir dans ce GEAB N°61) et d’un accident majeur de santé publique ; beaucoup plus que dans un contexte de remise en cause directement politique.

(11) L’annonce par les Frères musulmans égyptiens qu’ils soumettront à référendum le traité de paix avec Israël appartient à cette même tendance. Source : Haaretz, 02/01/2012

(12) Source : CNBC, 06/01/2012

(13) Les dirigeants chinois par exemple semblent plus déterminés que jamais à suivre le chemin qu’ils estiment le meilleur (y compris pour la conquête spatiale, symbole par excellence du leadership), rejetant les pressions extérieures. Source : Caixin, 04/01/2012 ; ChinaDaily, 30/12/2011 ; NewYorkTimes, 29/12/2012

(14) Source : 20Minutes/Suisse, 08/01/2012

 

Dimanche 15 Janvier 2012

============================================
Abonnement : pour ceux qui en ont les moyens, en particulier en entreprise, je ne peux que vous recommander l’abonnement à cette excellente revue de prospective sur la Crise, qui avait annoncé dès 2006 la crise actuelle.

Je rappelle que LEAP ne reçoit aucune subvention ni publique, ni privée, ni européenne, ni nationale et que ses ressources proviennent uniquement des abonnements au GEAB.

Jean-Louis pour Olivier Berruyer

son blog

2011 : CHRONIQUE D’UN DÉSASTRE ANNONCÉ

Karim Bitar m’a demandé un bilan de l’année dernière pour L’ENA hors-les-murs, la revue qu’il dirige avec talent. Voici ce bilan (N° 417 : 32-33).

Paul JORION

 

Plaignons parmi les politiques, les fonctionnaires et les financiers, ceux qui sont convaincus de s’être donnés sans mesure, d’avoir consacré le meilleur d’eux-mêmes à changer la face du monde en 2011 : leurs efforts n’ont abouti à rien. Pire encore : c’est comme s’ils n’avaient jamais été consentis.

Le délitement de la finance s’est en effet poursuivi de manière inexorable pendant l’année écoulée, suivant la pente d’une longue et pénible détérioration telle qu’elle était déjà prévisible en 2010, voire même en 2008 au lendemain de la déconfiture de la banque d’investissement américaine Lehman Brothers, dont l’hémorragie qu’elle suscita coûta plus d’un « trillion » de dollars à arrêter. Chacun des combattants a si bien traîné les pieds – espérant follement pour certains que les choses s’arrangeraient d’elles-mêmes – que chacune des batailles financières et économiques en 2011 a eu lieu en retard d’une guerre.

La présence d’authentiques hommes ou femmes d’État sur la scène de l’histoire – tel un Franklin D. Roosevelt dans les années 1930 – aurait-elle pu faire la différence ? Il est difficile de se prononcer avec certitude : on ne peut exclure que la personnalité falote de la plupart des hommes et des femmes à la tête des affaires en 2011 n’était pas en soi pertinente : peut-être était-il trop tard de toute manière, peut-être n’était-il plus dans le pouvoir de quiconque de renverser le cours des événements. Ce sera là a posteriori notre seule consolation.

Le système de partage de la richesse créée dans nos sociétés est biaisé : il est dans sa logique que le capitaliste, le détenteur du capital, soit servi en premier, le dirigeant d’une grande entreprise venant en second et l’invention des stock-options ayant permis de faire de celui-ci pratiquement un premier ex-aequo, les salariés devant se satisfaire eux de ce qui reste.

Comme ces derniers étaient les parents pauvres dans la redistribution, le pouvoir d’achat stagna, alors qu’en face, les dividendes attribués aux actionnaires et la rémunération (salaires, bonus et stock options) des dirigeants des grandes entreprises croissaient eux à la mesure – et davantage – des gains de productivité dus à l’informatisation et à l’automation. On comptait aux États-Unis en 2011 que 80 % de la richesse créée durant les trois années précédentes s‘étaient retrouvés aux mains du 1 % le plus riche de la nation, détenteur déjà en début de période de près d’un tiers du patrimoine. « Nous sommes les 99% ! », scandaient à l’automne 2011 les manifestants du mouvement « Occupy Wall Street », à l’exemple de celui de la place Tahir au Caire ou celui des Indignados de la Puerta del Sol à Madrid, qui l’avaient précédé dans l’année.

Si le crédit s’était développé autant qu’il l’avait fait, c’était précisément pour masquer le fait que le pouvoir d’achat stagnait alors que le volume des marchandises à vendre ne cessait lui de grossir. Des chaînes de créances de plus en plus longues et de plus en plus ramifiées s’étaient ainsi créées, entraînant une fragilisation grandissante de nos appareils financier et économique.

Le manque de ressources là où elles sont normalement requises donne lieu au versement d’intérêts, encourageant encore la concentration des richesses. Laquelle a atteint des sommets aux Etats-Unis une première fois en 1929 et une seconde, en 2007. La machine économique s’est grippée dans les deux cas parce que la mobilisation de toute somme pour la production ou la consommation donnant lieu à versement d’intérêts, le nombre de mains dans lesquelles la richesse se retrouve, n’en finit pas de se restreindre.

Du fait de la baisse du pouvoir d’achat, une grande part des capitaux disponibles n’arrivaient plus à s’investir dans la production, puisque celle-ci aurait alors excédé la demande, et n’avaient d’autre exutoire que les activités spéculatives, facteur de déséquilibre des marchés puisque celles-ci encouragent les variations de prix, soit à la hausse, soit à la baisse, selon la direction dans laquelle se développe ponctuellement une tendance.

Quoi qu’il puisse arriver désormais, le risque systémique gangrénait toujours davantage l’appareil financier dans son ensemble.

Marx avait donc raison, aux yeux de qui les faiblesses du capitalisme étaient patentes, et conduiraient inéluctablement à sa fin. Même si l’effondrement ne devait pas prendre la forme exacte qu’il avait prévue, d’une baisse tendancielle du taux de profit.

Pourquoi la chute de la zone euro sembla-t-elle suivre en 2011 un cours aussi inexorable ? D’une part parce qu’elle avait été inscrite dans sa construction-même, le fédéralisme fiscal nécessaire au fonctionnement d’une monnaie associée à une zone économique ayant été considéré comme quantité négligeable par ses fondateurs. D’autre part parce que les quelques mesures qui furent prises à partir de 2008 n’endiguèrent pas la décomposition mais la précipitèrent au contraire, pour la raison très simple qu’elles n’étaient pas véritablement destinées à être correctives mais visaient en réalité à achever à marche forcée la mise en place du programme ultralibéral qui avait été initié dans les années 1970, alors que son présupposé fondateur : l’autorégulation (justifiant la dérégulation et les privatisations), avait vu son existence démentie par les faits dès les touts premiers jours de la crise en 2007.

Au départ de l’expédition, la cordée euro se composait de dix-sept nations. Quand l’année 2011 débuta, deux de ses membres, la Grèce et l’Irlande, pendaient déjà dans le vide. Le Portugal rejoignit rapidement leurs rangs. Il en restait quatorze à s’arcbouter pour soutenir le poids des trois autres. Au fil des mois, les agences de notation firent patiemment le décompte des forces déclinantes de ceux qui n’avaient pas encore perdu pied. À la fin de l’année, ce furent l’Italie et l’Espagne dont les taux réclamés par des prêteurs éventuels pour des obligations de maturité dix ans, dépassèrent le niveau insoutenable des 6,5 %. Si ces deux-là devaient tomber c’en serait fini de la zone euro, la force conjuguée des membres restants de la cordée étant bien insuffisante à soutenir ceux qui avaient déjà chu.

Dégradation lente et inexorable de la zone euro d’une part, dette publique américaine de l’autre, dont le plafond dut être rehaussé, ayant atteint son seuil légal, le débat sur la question soulignant une polarisation inédite du monde politique, et débouchant sur un ralliement inattendu de Barack Obama à certaines thèses les plus extrêmes du parti républicain : celles défendues par son courant Tea Party, ralliement qui devait démoraliser une part substantielle de l’électorat du président américain. L’accord passé de justesse avant l’échéance initiale du 2 août consistait essentiellement à reporter la solution des problèmes à la fin du mois de novembre, époque où une solution ne put davantage être trouvée, ce qui déclencha la mise en application mécanique d’un certain nombre de mesures prévues par défaut en août et qui impacteront essentiellement à partir de 2013 l’industrie de l’armement, les compagnies pharmaceutiques et le secteur hospitalier privé.

Les remèdes connus à la concentration des richesses sont peu nombreux. Le plus raisonnable : celui d’une redistribution pacifique du patrimoine trop concentré, est certainement le moins pratiqué à l’échelle de l’histoire. La révolution confisque et exproprie pour redistribuer ; pourtant, faute de s’en prendre aux véritables causes de la concentration des richesses, elle tend à remplacer rapidement l’ancienne aristocratie par une autre, fondée sur un nouveau principe : l’argent au lieu de la terre, pour prendre un exemple. Enfin, la guerre qui détruit tout, redistribue provisoirement le patrimoine par un grand nivellement par le bas. C’est elle qui offre la solution la plus commode puisqu’elle n’exige d’autocritique de la part de personne et permet au contraire à chacun de s’exonérer de ses propres fautes en désignant un coupable se trouvant de manière très pratique dans un autre endroit. Syrie, Iran, Pakistan ? Les candidats pour 2012 ne manquent pas à l’appel.

L’homme de l’année fut sans conteste le premier ministre grec Georges Papandréou qui, après avoir obtenu de ses partenaires au sein de la zone euro un accord relatif à la restructuration de la dette de son pays à l’issue d’un interminable marathon, leur rappelait les principes démocratiques en décidant cinq jours plus tard que le peuple grec entérinerait cet accord par voie de référendum. Tant de nouvelles contradictoires jetaient le désarroi au sein des capitales européennes. Papandréou dut cependant faire rapidement machine-arrière. Le marché des capitaux dirigeait désormais le monde et les velléités de courage politique ne firent pas long feu en 2011 devant son cruel réalisme.

Jean-Louis pour Paul Jorion

son blog

Discours au meeting du Front de Gauche à Nantes

Samedi 14 janvier 2012, un grand meeting du Front de Gauche s’est tenu à Nantes devant près de 6000 personnes. Voici le discours que Jean-Luc Mélenchon y a prononcé.

voir la vidéo

Jean-Louis

Affaires de clan, clan des affaires

Affaires de clan, clan des affaires dans Opinions arton15604-da23d

« Pendant que l’élite poursuit son voyage vers une destination imaginaire, quelque part au sommet du monde, les pauvres sont pris dans la spirale du crime et du chaos » – Zygmunt Bauman, sociologue

L’heure n’est pas encore venue de dire si le sarkozysme n’aura été qu’une parenthèse dans l’histoire politique de la France. En revanche, nous pouvons d’ores et déjà affirmer que de tous les présidents de la cinquième République M. Nicolas Sarkozy est celui qui est allé le plus loin dans l’étroite imbrication de la vie politique et du monde des affaires. En guise de consolation facile nous pourrions constater que d’autres pays – la Russie de Poutine, l’Italie de Berlusconi – ont connu le même excessif mélange des genres. Nous pouvons même pousser jusqu’à la crainte d’avoir affaire là à une tendance lourde de l’évolution du monde dès lors que ce que l’on nomme pudiquement « la mondialisation « n’est rien d’autre au fond que la prédation progressive de l’économique sur toute autre considération. S’il en est ainsi, nous ne tarderons pas à voir les « révolutions arabes » se confronter tragiquement au diktat du Marché. En France, ce fatalisme nourrit l’absence d’espoir de lendemains meilleurs pour la démocratie bafouée et l’existence difficile des citoyens les plus modestes – de plus en plus nombreux – après cinq ans de gouvernement calamiteux de notre pays. M. Sarkozy avait promis d’être le Président du pouvoir d’achat et voulait une République irréprochable. Cette double promesse était impossible à tenir. Elle était impossible parce qu’elle était tenue précisément par M. Sarkozy. C’est là qu’intervient la spécificité de ce que nous nommons sarkozysme. La cohérence en partie cachée de cette manière originale de gouverner les hommes et les choses d’une nation particulière devra être minutieusement décortiquée par qui voudra vraiment comprendre, lorsque nous en aurons terminé avec elle, l’antidémocratie sarkozienne. Nous ne pourrons ici qu’en dessiner quelques traits car l’histoire n’est pas finie. Ces traits sont pourtant à eux seuls déjà éminemment édifiants.

Affirmons-le d’emblée : au regard de l’idée et des valeurs républicaine le sarkozysme est un énorme mensonge, M. Sarkozy est le mensonge fait homme. Son ascension vers le pouvoir et son incarnation de celui-ci sont étroitement marquées par de nombreuses et troubles affaires tantôt initiées par lui-même, tantôt échafaudées par d’autres à son profit. Un truisme circule depuis longtemps : aujourd’hui, pour accéder au pouvoir suprême il faut se constituer de longue date un réseau d’hommes et de femmes influents. Ainsi, M. Sarkozy ne serait rien d’autre qu’un homme politique moderne ayant eu l’habileté de tisser pendant près d’un quart de siècle des relations plus ou moins intimes avec des grands patrons, des banquiers, des journalistes en vue. Ceci n’est en fait qu’une partie de la vérité et probablement pas la plus importante. L’essentiel tient plutôt en ceci : c’est un clan, au sens véritable du terme, que l’actuel Président de la République, a construit autour de sa personne et cela, en effet, de logue date. Un clan pour le montage d’affaires occultes en marge du monde des affaires. Seuls l’atonie ou la cécité de médias peu regardants et la défaillance de la Justice expliquent qu’il ait été possible d’aller aussi loin dans la transgression de la loi en de multiples domaines. Cela tombait très bien : les médias ne font que trop rarement leur travail d’informer vraiment et la Justice manque cruellement de moyens d’investigation ou bien est aux ordres du pouvoir politique en place. Non respect du code des marchés publics au profit de firmes dirigées par des amis, favoritisme fiscal envers les plus nantis crachant régulièrement au bassinet, rétro commissions sur les ventes d’armes, circulation de mallettes bien garnies pour financement de campagnes ou partis politiques, et « accessoirement » pour enrichissement personnel, utilisation des fonds publics à des fins de propagande politique, écoutes commanditées par un Procureur de la République à l’encontre de journalistes enquêtant sur « les affaires sensibles », tout cela à démarrer plusieurs années avant l’entrée de M. Sarkozy à l’Elisée et à prospérer depuis.

Et nous n’avons probablement pas encore tout vu : à chaque jour suffit son affaire ! Fort heureusement, pour tenter de sauver l’honneur de la démocratie, il existe quelques médias aux « méthodes fascistes » qui font courageusement les poubelles nauséabondes de la République souillée par de curieux serviteurs de l’Etat. Fort heureusement encore, il existe des juges qui ne s’en laissent pas conter et osent ouvrir des dossiers qu’ils garnissent consciencieusement de pièces à conviction accablantes. Dans ces affaires des noms reviennent souvent et ce sont très souvent des proches de l’hôte du Château qui sont cités, des membres du Clan. La fréquence des occurrences détruit la présomption de coïncidence. Se côtoient en ces dossiers des marchands d’armes, des ministres ou d’anciens ministres, des avocats entremetteurs, des conseillers payés sur deniers publics pour développer des activités où l’on cherche en vain la défense de l’intérêt général, des milliardaires renvoyant facilement l’ascenseur, etc. Tout un aréopage de gens bien comme il faut qui n’hésitent pas à l’occasion, peut-être pour cacher ce qu’ils savent être leurs turpitudes, à faire aux humbles, toute honte bue, la morale. Un oxymore nous vient presque naturellement : marécageuse probité. Afin de la faire vivre un peu nous allons servir ici quelques-uns de ses meilleurs ragoûts.

La »grosse affaire’ est celle des ventes d’armes à l’Arabie saoudite et au Pakistan où l’un des principaux protagonistes est le marchand d’armes Ziad Takieddine. Des pièces saisies par la police montrent que M. Takieddine a utilisé, en 2005, sa relation avec le ministre du budget de l’époque dans les dossiers fiscaux d’autres hommes d’affaires, dont Gérard Achcar, le patron d’un puissant groupe agroalimentaire, notamment implanté au Mali. Le Ministre du Budget de l’époque n’était autre que M. Jean-François Copé, l’actuel Secrétaire général de l’UMP. La comptabilité de M. Takieddine fait apparaître des « largesses » dont aurait bénéficié M. Copé, entre 2003 et 2005, alors qu’il était ministre et porte-parole du gouvernement Raffarin. Rappelons que M. Copé était devenu, en mars 2004, ministre délégué à l’intérieur, auprès de M. Sarkozy, puis en novembre 2004, ministre du budget. Les « cadeaux » reçus de M. Takieddine sont des invitations et des déplacements au cap d’Antibes (dans une propriété appartenant à M. Takieddine), à Londres, à Venise ou à Beyrouth. Ces dépenses pourraient faire partie du périmètre du recel » d’abus de biens sociaux reprochés à M. Takieddine sur les sommes obtenues dans les marchés d’armement. Dans cette affaire, MM. Thierry Gaubert et Nicolas Bazire, deux proches de M. Copé, ont été mis en examen par le juge Renaud Van Ruymbeke. Possédant un patrimoine estimé à plus de 100 millions d’euros, M. Takieddine ne payait ni l’impôt sur le revenu, ni l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Alors qu’il fréquentait assidûment ses diverses propriétés, M. Copé aurait tout ignoré de la situation fiscale de ce magnat. Qui peut croire à une telle fadaise ?

Thierry Gaubert, ami personnel de M. Sarkozy, sera jugé prochainement à Nanterre pour une autre affaire : un important scandale immobilier. Sa vie « professionnelle » est faite de missions financières occultes. Son épouse a parlé à la Justices de ses voyages en Suisse avec le marchand d’armes Ziad Takieddine, des remises de fonds en espèces à M. Nicolas Bazire, actuel n°2 du géant du luxe LVMH, durant la campagne présidentielle d’Edouard Balladur, en 1995. Elle a aussi rappelé que lorsqu’il se rendait en Suisse avec M. Takieddine », son mari travaillait au ministère du budget sous les ordres de M. Sarkozy. En 2001, Thierry Gaubert a fait construire à Nilo, petit village colombien situé à 150 km de Bogota et 9.000 km de Paris, « la villa de ses rêves », la finca Cactus. Pourquoi si loin des regards indiscrets ? Du beau monde fréquente cette villa colombienne : M. Takieddine a deux reprises au moins et En 2002, pour les fêtes de Noël, un autre homme clé du réseau politique sarkozien, Olivier Dassault, fils du célèbre avionneur, député UMP de l’Oise et administrateur de la Socpresse, société éditrice du Figaro. Cette affaire est sans doute loin d’avoir révélée tous ses secrets.

La grosse affaire est au centre d’une constellation. Contemplons-en deux astres radieux. Dans l’affaire du futur siège du ministère de la défense, prévu dans le quartier Balard à Paris, l’opacité est aussi de mise. Cette nouvelle affaire fait l’objet d’une information judiciaire pour corruption et trafic d’influence. Les conditions d’attribution du chantier sont en effet pour le moins « troublantes ». Le dossier de l’entreprise Bouygues n’est pas conforme au plan local d’urbanisme (PLU) de la Ville de Paris. L’Etat a pourtant retenu ce projet, alors que d’autres offres respectaient le PLU. Par ailleurs, où est l’intérêt BUDGÉTAIRE DE CE « BALARDGONE » » qui devrait coûter à l’Etat la bagatelle de 4,2 milliards d’euros. On est très loin de « la règle d’or » brandie par le Président de la République et ses principaux ministres ! Dans l’affaire des concessions portuaires d’Afrique de l’Ouest, l’homme d’affaires franco-espagnol Jacques Dupuydauby, président du groupe portuaire Progosa, dénonce les pressions de M. Sarkozy sur plusieurs chefs d’Etat de cette partie de l’Afrique afin que l’industriel Vincent Bolloré, ami intime du président français, décroche de très profitables concessions. Ainsi, la société Progosa qui avait remporté en 2001 la concession du port de Lomé au Togo, l’a brutalement perdue en 2009 au profit du groupe Bolloré. M. Dupuydauby parle d’une véritable spoliation orchestrée par le Président du Togo. Le soir de son élection, M. Nicolas Sarkozy avait fait, juste avant de rejoindre la bande du Fouquet’s, une autre promesse : les relations entre la France et l’Afrique allaient profondément changer. Le lendemain il partait se reposer en Méditerranée sur le yacht de son ami Vincent.

Nous aurions pu revenir sur l’affaire Woerth-Bettencourt qui n’en finit pas de rebondir, sur l’affaire Lagarde qui finira par être jugée un jour, sur l’affaire Giacometti qui n’éclatera peut-être jamais… Il y en a tant ! Il faut savoir s’arrêter avant la nausée. La nausée ? Oui, car dans le même temps où le Clan tripatouille, les « gens de peu » sont matraqués à grands coups de plans d’austérité successifs. Quand la fiscalité des plus riches a été divisé par trois en cinq ans, la « France d’en bas » s’enfonce un peu plus chaque jour dans son mal de vivre. La clientèle désespérée de l’extrême-droite va encore enfler. Et le corps social de se disloquer davantage.

Jean-Louis pour Yann Fiévet

Le Sarkophage – 15 janvier 2012 - http://www.lesarkophage.com/

Occupation des agences Pôle Emploi le mardi 17 janvier 2012

Mouvement d’occupation des agences Pôle Emploi le mardi 17 janvier 2012. Occupation par les chômeurs et précaires, tout le monde peux venir en aide !

Le gouvernement se refuse à répondre positivement au mouvement des chômeurs et précaires. Gérer l’exclusion ce n’est pas la combattre. Voilà pourquoi nous devons nous mobiliser. Le développement du rapport de force qui doit nous permettre de gagner des droits sociaux pour tou-te-s dépend de chacun d’entre nous.

« Date de la fin de l’évènement indéterminé ! » « On occupera jusqu’à obtenir gain de cause ! »

L’occupation de Pôle Emploi c’est le 17 janvier. Après la coordination nationale, « nous » expliquerons où en sont les occupations, et quelles sont les prochains temps forts.

la Coordination nationale de Occupons Pôle Emploi.

Jean-Louis pour france@fruncut.org

NB : Je re-publie cet article tous les jours jusqu’au 17 janvier

Nucléaire au Japon : « L’Etat est un traître pour les travailleurs »

Nucléaire au Japon : « L'Etat est un traître pour les travailleurs » dans Opinions 3quesepassetilmaman
Une femme manifeste contre le nucléaire. Sur la banderole : « Maman que se passe-t-il ? » (Thierry Ribault)

Nasubi est engagé depuis 1986 dans la défense des droits des travailleurs journaliers, notamment dans les « yoseba », grands marchés de main-d’œuvre temporaire largement sous contrôle des yakuzas, que l’on trouve à Tokyo (San’ya), à Osaka (Kamagasaki) ou encore à Yokohama (Kotobuki).

En juillet 2011, Nasubi a publié sous ce nom d’emprunt, un « Manuel de sécurité à l’usage des travailleurs du nucléaire ». Nous l’avons rencontré le 11 décembre 2011 à Tokyo, peu avant le départ d’une manifestation antinucléaire, devant les bâtiments du ministère de l’Economie, du Commerce et de l’Industrie.

Thierry Ribault : Comment est né votre engagement et en quoi consiste-t-il ?

Nasubi : Mon engagement actuel dans la lutte antinucléaire consiste à faire connaître les conditions de vie et de travail des travailleurs du nucléaire et le système de sous-traitance dont ils font l’objet. A l’origine, je luttais dans les mouvements de travailleurs journaliers. Beaucoup d’entre eux ont été, et sont toujours, recrutés pour être envoyés dans les centrales nucléaires.

Les militants antinucléaires connaissent le problème, mais ne s’engagent pas suffisamment par rapport aux problèmes spécifiques de ces travailleurs. Les syndicats japonais ne se préoccupent pas plus de la défense de leurs droits. Beaucoup de travailleurs du nucléaire sont morts de cancer. Les autres ont actuellement de graves problèmes de santé, mais les mouvements syndicaux sont restés et demeurent silencieux.

Le seul mouvement de travailleurs du nucléaire qui ait eu lieu est celui de la centrale de Tsuruga, dans le département de Fukui, entre 1981 et 1987 [un dysfonctionnement du système d'écoulement des eaux du réacteur n°1 a causé le rejet de 16 tonnes d'eau fortement radioactive issue du système de refroidissement. L'accident a été révélé en avril 1981, quarante jours après les faits, ndla].

Discriminés par les syndicats

Pourquoi ce silence des syndicats ?

La réalité du travail dans les centrales nucléaires n’a jamais été transparente. On ignore ce qui se passe exactement à l’intérieur. Les travailleurs du nucléaire font, en outre, l’objet d’une discrimination, y compris de la part des syndicats. Non seulement parce que le fonds de commerce de ces derniers est la main-d’œuvre « régulière », mais aussi parce que le nucléaire concerne les castes inférieures de la société, contraintes d’aller travailler dans les centrales.

C’est un sujet politique et délicat. Les grandes centrales syndicales nationales étant, de fait, pronucléaires, les petits syndicats n’ont jamais voulu s’opposer à cette position et n’ont pas osé remettre en cause les conditions d’existence et de travail des travailleurs embauchés par les sous-traitants.

Quelle est la situation pour les travailleurs réguliers du nucléaire ?

C’est totalement différent. Employés de Tepco [opérateur de la centrale nucléaire accidentée, Fukushima Daiichi, ndlr], ils forment l’élite de l’entreprise et ne sont donc pas exposés à la radiation, mais travaillent dans les salles de contrôle, sur des ordinateurs. Ce sont en priorité les travailleurs journaliers, grande majorité des travailleurs d’une centrale, qui font le nettoyage et travaillent directement dans les réacteurs.

Recrutés comme des prostituées

D’où viennent ces travailleurs journaliers ?

D’horizons différents. Certains d’entre eux sont des travailleurs licenciés d’autres secteurs. La majorité vient des régions rurales, là où il n’y a plus suffisamment de travail. Le nucléaire n’a pas besoin de beaucoup de gens qualifiés ou ayant des aptitudes certifiées, ce qui explique aussi pourquoi les travailleurs de ce secteur sont discriminés.

Le système de recrutement de cette main-d’œuvre est comparable à celui des prostituées. De la même manière que les yakuzas orientent vers la prostitution les femmes sans travail et organisent leur activité, ils disent aux hommes : « Allez travailler dans les centrales nucléaires. » Pour les femmes c’est la prostitution, pour les hommes c’est la centrale.

De même, pas plus que les féministes ne se sont mobilisées pour les femmes de l’industrie du sexe, les syndicats ne se sont mobilisés pour les travailleurs journaliers du nucléaire.

Par les yakusas ? Tepco : « Ça n’existe pas »

Quel est le rôle des yakuzas ?

Depuis la fin du XIXe siècle, dans le monde du travail, il y a une face positive et une face négative. La face négative, ce sont les yakuzas. Dans l’objectif de moderniser le Japon à la fin du XIXe siècle, l’Etat s’est allié à l’industrie et à la mafia avec pour but de développer et aménager le territoire. Pour ce faire, l’Etat a besoin des services de la mafia qui mobilise les travailleurs issus des couches basses de la société.

Le nucléaire est un exemple typique de ces pratiques. Officiellement, l’Etat et Tepco affirment qu’il n’y a que deux ou trois niveaux de sous-traitance, mais de fait, ils savent très bien qu’il y en a huit ou neuf. Ils acceptent donc totalement et implicitement que le recrutement s’opère de façon mafieuse, même si c’est, bien sûr, proscrit par la loi.

Au cours des négociations avec les ministères, de nombreuses informations circulent sur les procédures de recrutement. Les journalistes ont écrit sur le sujet. L’Etat ne peut pas dire que ces pratiques n’existent pas.

Pourtant, lorsque nous demandons à l’Etat de mener des enquêtes sur cette réalité, on nous rétorque qu’on a donné l’ordre à Tepco d’enquêter et que sa réponse est : « Ça n’existe pas. » Cette réponse est acceptée et aucune enquête officielle n’est menée sur le sujet.

En avril, l’Etat et Tepco ont créé un comité visant à empêcher la participation des groupes illégaux dans la reconstruction après la catastrophe de Fukushima. Le raisonnement était le suivant : jusqu’à présent, il n’y avait pas de yakuzas dans les travaux publics, mais dans le contexte actuel ils manifestent leur volonté de prendre part à la reconstruction. Il faut donc les en empêcher.

Ainsi, selon cette logique, l’Etat se sauve la face en montrant qu’il lutte contre les yakuzas, alors qu’en réalité ils sont déjà présents ! L’Etat est un traître pour les travailleurs.

Des accidents du travail non reconnus

Qu’en est-il des victimes parmi les travailleurs du nucléaire ?

Les centrales ont démarré en 1966. Depuis, 500 000 travailleurs ont été mobilisés dans ce secteur. Parmi eux, vingt seulement ont fait une demande de reconnaissance d’accident du travail, et dix demandes ont été reconnues.

Jusqu’en juin dernier, le ministère de la Santé n’avait jamais communiqué ces chiffres. C’est au moment de la négociation que nous les avons obtenus. Plus précisément, nous avons pris connaissance de l’existence de sept cas de reconnaissance. Puis nous avons appris que trois autres personnes n’avaient jamais été signalées par le ministère.

Pour faire établir une demande de reconnaissance d’accident du travail, l’employé doit être en principe muni d’un certificat attestant ses durées et périodes d’intervention. Le patron peut toutefois refuser de lui fournir ce certificat.

Si le travailleur insiste pour l’obtenir, très souvent il se verra proposer une indemnisation pécuniaire qui peut aller de 6 millions à 30 millions de yens (environ 60 000 à 300 000 euros), en lieu et place d’une déclaration d’un accident du travail. Il s’agit d’un arrangement.

Y a-t-il beaucoup d’arrangements de cette sorte ?

Beaucoup. Et lorsqu’ils acceptent un tel arrangement, les travailleurs s’engagent à ne pas en parler. C’est à ce point caché que certains politiciens clament qu’aucun travailleur n’est jamais mort à cause du nucléaire.

Peu de contrats de travail

Les temporaires ont-ils des contrats de travail ?

Très peu de travailleurs du nucléaire ont un contrat, et il peut arriver qu’on envoie les personnes sur des lieux de travail imprévus, ce qui est évidemment contraire au code du travail. L’absence de contrat est une caractéristique des pratiques de la sous-traitance. Aux premier et deuxième niveaux, il peut y avoir des contrats, mais pas au-delà.

Actuellement, cette absence de contrat fait l’objet de critiques, ce qui amène certains patrons à modifier leur attitude mais en contrepartie, les travailleurs doivent s’engager à ne pas porter plainte en cas d’accident. Beaucoup de travailleurs ont témoigné de cette pratique illégale. Tepco est responsable, bien sûr, mais aussi les mouvements qui ne se sont pas suffisamment mobilisés.

Après le 11 mars 2011 [date de l'accident nucléaire, ndlr], les mouvements de travailleurs journaliers se sont toutefois engagés. J’ai publié une brochure intitulée « Manuel de sécurité à l’usage des travailleurs du nucléaire ». Mais la grève demeure l’action la plus efficace.

Une brochure pour pallier le manque d’infos

En quoi consiste cette brochure ?

L’entreprise, qui est pourtant responsable, ne communique pas les informations de base. Notre brochure explique que le travailleur peut demander un contrat et obtenir un carnet de contrôle indiquant sa dose reçue notée par l’entreprise. Cette dernière a l’obligation de le faire mais la plupart du temps elle ne la communique pas, et le travailleur l’ignore.

Nous expliquons aussi comment porter correctement la combinaison et mettre en place les filtres dans les masques, qui sont la plupart du temps inexistants. En principe, les anciens peuvent fournir ces explications, mais actuellement à Fukushima, nombre de travailleurs sont de nouvelles recrues n’ayant jamais travaillé dans les centrales nucléaires.

Qui sont ces travailleurs ?

Ils viennent de tout le Japon. Ce sont des étrangers. Il y a de nombreux Philippins actuellement. Les travailleurs japonais nous disent qu’ils effectuent les travaux les plus dangereux, ceux que les Japonais ne font pas. Il y a aussi des « burakumin », descendants de la caste des parias. Ce sont, de manière plus large, des travailleurs issus de familles pauvres.

« Une permanence à Fukushima »

Quelles actions envisagez-vous ?

Nous voulons ouvrir un point de consultation permanent à Fukushima pour les travailleurs du nucléaire. Il n’y a pas que ceux des centrales qui sont irradiés : les autres catégories de travailleurs sont également concernées, dans les travaux publics par exemple. Il faut aussi négocier avec les ministères et avec les entreprises de recrutement qui envoient des travailleurs à Fukushima en leur faisant croire qu’ils vont travailler ailleurs.

Ainsi, des journaliers recrutés à San’ya à Tokyo, ont été envoyés dans les égouts de la ville de Fukushima. Une fois sur place, on leur a fourni des combinaisons antinucléaires, des masques et des instruments identiques à ceux utilisés dans une centrale. Mais ils n’étaient pas informés du taux de radiation sur les lieux. Si nous ouvrons une permanence, nous aurons du monde.

D’après la loi relative aux dédommagements des accidents du nucléaire, l’entreprise a la responsabilité ultime. Nous allons donc négocier avec les sociétés de recrutement, puis avec Tepco. Jusqu’à présent, aucun dédommagement n’a jamais été accordé par Tepco, ni par aucun autre opérateur du nucléaire au Japon. Et les syndicats n’ont jamais fait de procès aux entreprises. Nous changerons cette situation.

Jean-Louis pour Thierry Ribault

in Rue89 Planète

Thierry Ribault est co-auteur avec Nadine Ribault de « Les Sanctuaires de l’abîme – Chronique du désastre de Fukushima », éd. de L’Encyclopédie des nuisances, Paris, mars 2012.

Où en est la relation franco-allemande ?

Qu’on l’apppelle couple, axe, tandem ou simplement coopération, la relation franco-allemande est depuis 1950 le principal moteur de la construction européenne. Basée sur la réconciliation entre deux Etats liés depuis l’empire carolingien mais marqués par trois guerres en moins d’un siècle, cette relation a connu des hauts et des bas, des complicités personnelles et des méfiances entre dirigeants, des phases d’apathie et des périodes d’enthousiasme.

Aujourd’hui, en pleine crise financière et économique, l’Europe observe, parfois avec méfiance, la créature « Merkozy », l’attelage formé de la chancelière Angela Merkel et du président Nicolas Sarkozy. Cette union est-elle étroite ou seulement de circonstance ? Vers quoi mène-t-elle l’Europe ? Comment les peuples français et allemand vivent-ils la réconciliation de leur deux pays ?

Pour comprendre ce qu’est la relation franco-allemande aujourd’hui, Daniel Desesquelle a installé son émission Carrefour de l’Europe à l’Institut Goethe de Paris, et invité autour de lui Hélène Miard Delacroix, professeur de civilisation de l’Allemagne à Paris IV, Michaela Wiegel, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung, Franck Baasner, directeur de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg, Jean-Louis Bourlanges, ancien député européen et enseignant à Sciences Po Paris, et Joachim Umlauf, directeur du Goethe-Institut de Paris. Avec la participation d’Eric Maurice, de Presseurop.

Une émission à écouter sur RFI dimanche 15 janvier ou sur le site de Carrefour de l’Europe.

Jean-Louis pour Presseurop

 

En bref… En bref… En bref…

Pas mal d’infos aujourd’hui, et je risque d’en rajouter d’ici ce soir, mais au moins, ça c’est fait! La revue de presse « en bref » est déjà bien avancée…

En bref… En bref… En bref… dans Grèce RJW_angry-sheeplow6

Argent et politique:

image.cid_-267x1024 dans Opinions

separateur

Écologie, environnement et animaux:

  • Un bateau à fait naufrage, plouf, mais pas le remake du Titanic en Italie dont les médias parlent tant, le voyage est tombé à l’eau, c’est pas de bol. Il s’agit là d’un pétrolier dans la mer jaune, il y a eu une fuite de gaz, ça a fait pshiiiiiit, etc… En fait, il avait débarqué sa cargaison et à voulu expulser en pleine mer le reste de gaz que contenaient les cuves, et il y aurait eu une explosion, bilan: 3 morts et 8 disparus.
  • De plus en plus d’amateurs s’amusent à bricoler… le vivant. Ces « hackers du vivant » allient biologie et informatiques, et entre autre joyeusetés, apprennent le calcul aux bactéries, leur font faire des mini films…. C’est assez dingue en fait…
separateur

Actualité générale:

Voir la vidéo

separateur

Médical et alimentation:

separateur

Big brother et sécurité:

  • Big brother en Inde ou le fichage des 1,2 milliards d’indiens à commencé« L’Inde implante son système de numéros d’identification universels en prenant les empreintes digitales, un scan de l’iris des deux yeux et une photo du visage de ses 1,2 milliards d’habitants ».

Voir la vidéo

separateur

Infos diverses:

  • Un motard un peu benêt se retrouve en prison pour excès de vitesse. Il avait deux spécialités, la moto et la vidéo, et a donc décidé de réunir les deux et de filmer ses excès de vitesse pour les balancer en ligne sur internet, sauf que son récent exploit, un excès de vitesse à 299km/h sur autoroute n’a pas été apprécié par les autorités, tu m’étonnes…
  • C’est la crise, mais pas pour tout le monde, surtout pas pour la chanteuse Beyonce et son homme Jay-Z qui ont offert un magnifique Noël à leur fille Blue, un Noël à 1 million de dollars avec jouets et accessoires. La cerise sur le gâteau, celle qui intéresse Ben Bernanke pour sauver l’Amérique, c’est le cheval à bascule EN OR à 600 000 dollars. Dt comme elle ne fait rien comme tout le monde, elle s’est réservé l’étage complet de l’hôpital pour 1 autre million de dollars…
  • C’est juste pour la petite info, il y a eut une très très grosse éruption solaire sur la face cachée du soleil, donc rien pour nous ce qui est une bonne chose, de l’autre côté cela signifie que le soleil ne se calme pas, ce qui est moins bon pour nous.
  • Les top modèles sont plus maigres de 15% qu’il y a 20 ans, amateurs d’os, régalez-vous! C’est la dictature des maigres diront certains, dont le grand con de la mode Lagarfield qui a déclaré que personne ne voulait voir de femmes grosses.
separateur

Articles en anglais:

  • Des milliers de nord-coréens ont écopé d’une peine de minimum 6 mois de camp de travail, leur tort? Soit ne pas avoir pleuré pour la mort du dictateur, soit avoir pleuré mais avec un manque de sincérité jugé flagrant par les autorités, ou encore ne pas avoir participé aux manifestations lamentations ultra-médiatisées. La connerie à ce point, c’est grave! Alors qu’au contraire, le champagne aurait du être sabré!!!
  • Le « Fukushima disaster timeline«  est un projet intéressant pour ceux qui souhaitent se replonger dans l’évolution de la catastrophe nucléaire, projet rapporté par le blog fukushima.over-blog.fr. Voilà de quoi retrouver pas à pas non seulement la plus grande catastrophe nucléaire de l’histoire, bien avant Tchernobyl, mais également la trace de tout ce qui nous a été caché.
Jean-Louis pour Benji
12

Le droit de savoir |
Lesenegalais |
Aurélien Brillant MIAMISSA |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | RTI VERITES
| unsa-cprpsncf
| Parti Libéral Tunisien