Archive pour 21 janvier, 2012

Quiz spécial : la police politique à travers les âges

Quiz spécial : la police politique à travers les âges dans Opinions vie-des-autres2

Une scène du film « La Vie des autres » de Florian Henckel von Donnersmarck (2006)

 

Les polices politiques inspirent films et romans, mais au final, on connaît mal leur histoire. Et vous, vous en êtes où niveau police secrète ? Vous pensez tout connaître de la Stasi et de la DCRI ? Tentez le coup et visez le 10/10. Et attention : on vous surveille.

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Jean-Louis pour Rue89

La face obscure du miracle indien

La romancière Arundhati Roy voit dans le palais démesuré construit par l’homme le plus riche du pays, le symbole des maux qui gangrènent la société indienne : corruption généralisée, concentration des pouvoirs dans les mains de quelques grandes familles dont rien ne semble pouvoir contrôler la puissance, tandis que des centaines de millions de déshérités, parfois spoliés au bénéfice des grands groupes privés, continuent de subir une précarité extrême.

La face obscure du miracle indien dans Opinions arton3182Illustration : Le palais Antilla, à Bombay

Est-ce une maison, un temple érigé à la gloire de l’Inde nouvelle, ou un entrepôt rempli de ses fantômes ? Depuis que Antilla a été bâti dans Altamount Road, à Bombay, exsudant une atmosphère de mystère et de tranquille menace, les choses ont changé. « Nous y sommes », me dit l’ami qui m’a conduit ici. « Fais preuve de respect devant nos nouveaux maîtres. »

Antilla appartient à l’homme le plus riche de l’Inde, Mukesh Ambani. Je me suis renseignée : c’est l’habitation la plus chère jamais construite, comptant 27 étages, trois hélipads, neuf ascenseurs, avec des jardins suspendus, des dancings, des gymnases, six étages de parking, et 600 employés. Rien ne m’avait préparée au choc provoqué par cette pelouse verticale, ce mur d’herbe tenu par une structure métallique. L’herbe était par endroit jaunie, et des portions rectangulaires s’en étaient détachées. Visiblement, la théorie du « ruissellement » [de la richesse des plus fortunés vers le bas - ndt ] n’avait pas produit les résultats escomptés.

Mais l’accaparement vers le haut, si. Voila pourquoi, dans une nation de 1 200 millions d’habitants, les 100 indiens les plus riches possèdent l’équivalent d’un quart du PIB.

Dans les rues, (mais également au New York Times) le bruit court – ou courait – que les Ambani n’habitaient pas Antilla. Peut-être est-ce le cas aujourd’hui, mais les gens chuchotent encore des histoires de fantômes et de mauvais sort, de Feng Shui. Pour ma part, je crois que c’est de la faute de Marx. Le capitalisme, disait-il « a accumulé des moyens de production et d’échanges tellement gigantesques, qu’il est comme un sorcier qui ne serait plus capable de contrôler les puissances qu’il appelait de ses vœux. »

En Inde, nous sommes 300 millions à appartenir à la nouvelle classe moyenne « post-réformes » – celle du marché – et qui vivons au côté des fantômes des 250 000 paysans ruinés qui se sont suicidés, et des 800 millions de personnes qui se sont appauvries et ont été dépossédées pour nous faire place. Et survivent avec moins de 50 cents par jour.

M. Ambani possède plus de 20 milliards de dollars. Il détient une majorité de contrôle dans Reliance Industries Limited (RIL), une compagnie dont la valeur boursière est de 47 milliards de dollars, et il a investi dans le monde entier. RIL possède 95% d’Infotel, qui a acheté il y a quelques semaines une part importante d’un groupe de médias contrôlant des chaines TV d’information et de divertissement. Infotel détient la seule licence 4G haut débit du pays. Ambani posséde également une équipe de cricket.

RIL fait partie de cette petite poignée d’entreprises, pour certaines détenues par une famille, qui contrôlent l’Inde. Parmi elles on trouve Tata, Jindal, Vedanta, Mittal, Infosys, Essar et Reliance, qui appartient à Anil, le frère de M. Ambani. Leur course à la croissance les a amenées en Europe, en Asie centrale, en Afrique et en Amérique Latine. Tata, par exemple, possède plus de 100 entreprises, installées dans 80 pays. C’est une des plus grandes entreprises privée indienne.

Les prises de participations croisées dans les entreprises n’étant pas limitées par le nouvel évangile de l’enrichissement, plus vous possédez, plus vous pouvez posséder. Et scandales après scandales, on apprend, avec force détails sinistres, comment les entreprises achètent les hommes politiques, les juges, les fonctionnaires et les médias, vidant de sa substance la démocratie, et ne conservant que l’apparence de ses rituels. D’énormes réserves de minerai de bauxite et de fer, de pétrole, de gaz, valant des milliers de milliards de dollars, ont été cédées aux entreprises pour trois fois rien, à l’encontre même de la logique pourtant spécieuse du marché libre. Des Cartels rassemblant politiques corrompus et entreprises se sont arrangés pour sous estimer la taille de ces réserves et la valeur de biens publics, permettant ainsi de siphonner des milliards d’argent public. Il y a également la dépossession de terres, les déplacements forcés de communautés, de millions de personnes dont les terres ont été expropriées par l’Etat et cédées aux entreprises privées. Le concept de l’inviolabilité de la propriété privée ne s’applique généralement pas aux pauvres. Des révoltes de masse ont éclaté, plusieurs d’entre elles sont des luttes armées. Le gouvernement déclare qu’il va employer l’armée pour ramener le calme.

Les entreprises ont une stratégie pour contrer les dissidences. Avec un pourcentage minuscule de leurs profits, elles financent des hôpitaux, des instituts de formation et des fondations, qui à leur tour financent des ONG, des universitaires, des journalistes, des artistes, des réalisateurs, des festivals de littérature, et même des mouvements de protestation. C’est une façon d’utiliser la bienfaisance pour attirer dans leur sphère d’influence les faiseurs d’opinion. Avec cette infiltration dans la normalité, cette colonisation de l’ordinaire, il semble que s’opposer à elles soit aussi absurde que de s’opposer à la réalité elle-même. A partir de là, on passe rapidement et facilement au « il n’y a pas d’alternative ».

Les Tata possèdent deux des plus grandes fondations de bienfaisance indiennes. Ils ont également donné 50 millions de dollars à cette institution nécessiteuse qu’est la Harvard Business School. Les Jindal, qui détiennent une bonne part des mines, de la métallurgie et de l’électricité, ont créé la Jindal Global Law School, et vont ouvrir prochainement la Jindal School of Government and Public Policy. La New India Foundation, financée par les profits du géant du logiciel Infosys, distribue des prix et des affiliations aux chercheurs en sciences sociales.

Ayant ainsi réussi à contrôler le gouvernement, l’opposition, les tribunaux, les médias et l’opinion, elles ont encore à résoudre la question des troubles sociaux, du « pouvoir du peuple. » Comment le domestiquer ? Comment transformer les protestataires en caniches ? Comment détourner la colère du peuple ? Le mouvement nationaliste anti-corruption, issu des classes moyennes, que dirige Anna Hazare, en fournit un bon exemple. Un matraquage médiatique sponsorisé par les entreprises l’a présenté comme la « voix du peuple ». Cette organisation a fait campagne pour le vote d’une loi qui aurait miné les derniers restes de la démocratie. A la différence de Occupy Wall Street, elle n’a jamais prononcé un mot contre les privatisations, les monopoles, ou les « réformes » économiques. Ses principaux soutiens médiatiques sont parvenus à détourner l’attention des énormes scandales de corruption impliquant les entreprises, et ont utilisé le mécontentement à l’encontre des politiques pour réclamer encore plus de réduction des pouvoirs de l’Etat, plus de réformes et plus de privatisations.

Après vingt ans de ces « réformes », et une croissance phénoménale mais peu créatrice d’emplois, l’Inde a plus d’enfants mal nourris que toute autre nation au monde. Il y a plus de pauvres dans huit de ses Etats que dans les 26 pays d’Afrique sub-saharienne réunis. La crise financière commence aussi à se faire sentir. Le taux de croissance a baissé à 6,9%. Les investisseurs étrangers s’en vont.

Il semble que les fossoyeurs du capitalisme ne viendront pas des rangs du prolétariat révolutionnaire comme le pensait Marx, mais seront ses propres cardinaux qui, s’abusant eux-mêmes ont transformé cette idéologie en foi. Ils paraissent avoir des difficultés à comprendre la réalité, ou la science du changement climatique, qui explique très simplement que le capitalisme (y compris dans sa variété chinoise) détruit la planète.

Le « ruissellement » a échoué. L’accaparement vers le haut connait lui aussi des problèmes. Avec les premières étoiles apparaissant dans le crépuscule de Bombay, des gardes porteurs de talkie-walkie crachotants commencent à sortir des portes défendues d’Antilla. Les lumières s’allument. C’est peut-être l’heure où les fantômes peuvent se montrer.


Jean-Louis pour Arundhati Roy
Publication originale ZNet via Common Dreams, traduction Contre Info

L’actualité de la crise : UN TRÈS GROS BOUT DE GRAS

Les discussions à propos de la restructuration de la dette grecque font l’objet d’un marathon et sont depuis plusieurs jours annoncées comme allant incessamment aboutir ! Il serait plus que temps, car c’est une condition nécessaire, mais pas suffisante, pour que la Grèce ne fasse pas défaut le 20 mars prochain. L’enjeu est d’embrayer ensuite sur un second round de discussion avec la troïka, qui a débuté hier vendredi et porte sur les mesures que va devoir prendre le gouvernement afin de bénéficier d’un prêt dont le montant a été fixé en octobre dernier à 130 milliards d’euros.

Afin de ne pas avoir à y revenir, les dirigeants européens et le FMI voudraient que ce second plan de sauvetage soit cette fois-ci calibré comme il faut, ayant du admettre que ce n’était pas le cas du premier. Or ils rencontrent deux obstacles :

1/ La profonde récession dans laquelle la Grèce est plongée diminue les rentrées fiscales de l’État, un phénomène qui ne peut que s’accentuer en raison du contexte européen général et des nouvelles mesures que le gouvernement va devoir adopter pour satisfaire aux exigences de la troïka.

2/ La réduction de la dette grecque, afin qu’elle ne représente plus que 120 % du PIB en 2020 contre 160, dépend de nombreux facteurs, dont l’ampleur du ralliement à l’accord d’échange de titres. Celui-ci s’avérant moins important que prévu, plusieurs options restent à la disposition des négociateurs pour arriver au même montant.

Trois leviers peuvent en effet être actionnés pour rester dans l’épure qui a présidé au calibrage initial du nouveau plan. À réduction constante de la dette, les banques peuvent accentuer leur effort, si les créanciers sont moins nombreux à se présenter. Si cela se révèle encore insuffisant, les banques ne voulant pas assumer tout l’effort, il faut alors élargir le cercle de ceux qui s’impliquent dans la réduction de dette et trouver un accord avec la BCE, qui n’est pas un créancier privé mais se trouve être le principal détenteur de titres souverains.

Enfin, une dernière option est d’augmenter le prêt de 130 milliards d’euros. La partie se joue donc sur toutes les bandes, tous les paramètres étant sur la table afin de les combiner au mieux des intérêts des uns et des autres, qui sont bien entendu contradictoires.

Faisant suite à une téléconférence des dirigeants européens hier vendredi, le voyage impromptu de Charles Dallara à Paris, le négociateur en chef des créanciers privés en sa qualité de directeur de l’Institute of International Finance, éclaire l’état de la négociation. Il fait suite à une déclaration de Jean Leonetti, le ministre des affaires européennes français, qui a martelé vendredi matin que « l’Europe ne paiera pas davantage”, ce qui signifie que certains le demandent… Or c’est bien cela que vient probablement négocier Charles Dallara, qui est flanqué d’un second détaché par BNP Paribas, Jean Lemierre.

Une source non identifiée, présentée par Reuters comme un officiel de l’Union européenne, le reconnait indirectement en évoquant « les rapports complexes entre les financements privé et public ». Plus énigmatique encore, la même source a déclaré « Le résultat en termes de réalisation de l’objectif de pourcentage de la dette par rapport au PIB dépendra de la façon dont est analysée la viabilité de la dette, ce qui n’est pas une science exacte, mais tout au plus une forme d’art »…

Mais pour quelle raison l’Institute of International Finance, qui exerce le mandat de représentant des créanciers privés sans les représenter tous, n’est-il pas en mesure de garantir un ralliement suffisant à l’accord qu’il négocie ? Il est possible que certaines banques ont déjà fait savoir qu’elles n’en seraient pas ; il est établi que des hedge funds, financés par des banques, préfèrent être remboursés au pair et à l’échéance par le gouvernement grec de titres qu’ils ont achetés à certaines banques avec une importante décote. À ces deux titres, les banques ne peuvent donc pas éluder la responsabilité qui est la leur dans cette situation.

Afin de faire rentrer tout le monde dans le rang, l’adoption de clauses d’action collectives par le Parlement grec a été agitée comme une menace, mais cette arme serait à double tranchant, car elle pourrait rendre nécessaire l’activation des CDS par l’ISDA (International Swaps and Derivatives Association), ce qui reviendrait à constater un défaut et à pénétrer en territoire inconnu.

Michael Noonan, le ministre irlandais des finances, vient de trouver le mot de la fin : “C’était mortel de commencer un débat sur la restructuration de la dette en faisant porter le fardeau aux créanciers privés. Cela a rendu les marchés fous”. Assenant que “quand on prête de l’argent, la première question qui se pose, c’est vais-je le récupérer ?”. Pour conclure, péremptoire : “nous devons résoudre nos problèmes de dette, les marchés se calmeront ensuite”.

Jean-Louis pour François Leclerc

Blog de Paul JORION

MOINS TU ES RICHE, PLUS TU PAYES

Le financement de la Sécurité sociale, tel qu’il a été conçu en 1945, était partagé entre les ménages (par le biais des cotisations salariales, aujourd’hui transféré sur la CSG) et par les cotisations employeurs. Or, depuis trente ans, avec le développement des exonérations patronales, on a pu constater un transfert des cotisations des entreprises vers les ménages à hauteur de 17 points de produit intérieur brut (PIB) soit environ 300 milliards d’euros. Il s’agit d’une fois et demie le budget de l’Assurance-maladie (220 milliards d’euros). Avec le transfert des cotisations sociales employeurs vers la Tva sociale, c’est la cerise sur le gâteau pour les entreprises. On transfère totalement le financement sur les ménages et qui plus est les plus modestes. Ce n’est pas admissible.

La TVA est une invention française qui a été créée pour rendre l’impôt indolore à ceux qui le payent vraiment, c’est à dire les ménages. Mais il s’agit d’un impôt antisocial puisqu’au lieu d’être progressif, il est dégressif. Le taux de Tva est le même pour tout le monde, mais comme la part consacrée à la consommation est plus importante dans le revenu des gens modestes, on arrive au résultat suivant. Moins tu es riche, plus tu payes.

On nous amuse avec la question des produits importés. Soyons sérieux. Ce n’est pas la TVA qui va combler les écarts de salaires entre les Chinois et nous. L’essentiel de la mécanique est de renvoyer ce qui était payé par les entreprises sur les ménages. D’autre part, le gouvernement invoque l’argument selon lequel les charges sociales sont extrêmement lourdes en France et nous pénalisent. Ce n’est pas vrai. Les pays d’Europe du Nord ont des charges sociales et un coût du travail beaucoup plus élevés mais ils s’en sortent économiquement car ils ont fait le choix de privilégier des emplois à haute valeur ajoutée. L’argument du gouvernement ne tient pas la route.

Le problème réel en France, c’est que les charges sociales sont inégalement réparties entre les entreprises. Elles pèsent essentiellement sur celles qui ont une main-d’œuvre importante, même s’il existe des exonérations sociales sur les bas salaires. Les entreprises très capitalistes du Cac 40 ont moins de main-d’œuvre dans les facteurs de production et plus de capital… Par exemple, Total paye des charges sociales sur une masse salariale qui représente 5 % de ses coûts quand celle d’un hôpital atteint 70 %. L’hôpital paye donc 14 fois plus de charges sociales que Total. Ce n’est pas normal. Et c’est cela qu’il faut rééquilibrer.

Et puis, il faut arrêter de dire que les entreprises françaises sont trop taxées. Au premier semestre 2011, les sociétés du CAC 40 ont réalisé un bénéfice de 80 milliards d’euros, presque comparable au budget de l’Assurance-maladie pour la même période. En 5 ans, les dividendes de ces mêmes entreprises ont augmenté de 37 %. C’est un vrai travail de réorganisation qu’il faut faire et non l’escroquerie qui consiste à permettre un désengagement massif des entreprises du financement de la Sécurité sociale.

  Voir l’interview original de Jean-Paul Benoit par Anne-Marie Thomazeau 

Jean-Louis pour Conscience Citoyenne Responsable

 

Et Obama est redevenu cool

La scène tourne en boucle sur Internet depuis quelques heures. Jeudi soir, à l’Apollo Theater de New York lors d’une soirée de pré-campagne, Barack Obama s’apprête à annoncer la venue sur scène du révérend, et surtout chanteur, Al Green. Il fredonne alors quelques mesures du standard, « Let’s Stay Together ».

Et, en quelques secondes, la magie Obama qui semblait ternie depuis plusieurs mois a fonctionné. En quelques secondes, les républicains qui se déchirent en Caroline du Sud, s’invectivant sur leurs vies privées, sont ringardisés.

Oh, bien sûr, cela n’augure en rien l’issue de l’élection, mais une chose est sûre : Barack Obama peut encore être cool. Cette attitude qui l’avait porté vers les sommets en 2008 et qu’il avait semblé perdre petit à petit en se frottant à la réalité du monde.

Des adversaires ringardisés

Et pendant ce temps-là, New Gingrich doit répondre aux critiques de son ex-femme qui l’accuse d’avoir été libertin pendant leurs dix-huit ans de mariage. En quelques heures, à quelques centaines de kilomètres de distance, il a semblé y avoir une éternité, deux mondes qui séparaient les candidats républicains aux primaires et le Président en exercice.

Détendu, devant un immense drapeau, il peut voir venir et se délecter des vicissitudes des républicains. La décontraction soudaine d’Obama tranche avec la rigidité d’un Gingrich ou d’un Romney, comme elle avait tranché avec celle de John McCain ou même d’Hillary Clinton en 2008.

Obama sait comment rallumer la flamme

Lors du dernier dîner des correspondants de la presse étrangère à Washington fin avril dernier, l’hilarant Seth Meyers avait expliqué, à quelques mètres d’un président américain pensif :

« Le seul qui peut battre Barack Obama en 2012… C’est Barack Obama 2008. »

Les comiques américains sont d’immenses éditorialistes (en France, on a Arthur ou Jean-Marie Bigard qui ont soutenu Nicolas Sarkozy en 2007…). Le souffle d’espoir, mais aussi, et peut-être surtout, l’image d’une Amérique détendue, glamour et cool avait triomphé après les années anxiogènes de l’ère Bush.

Rien ne dit qu’Obama gagnera en 2012. Mais il est certain qu’il saura sans peine rallumer la flamme.

Jean-Louis pour Thomas Snegaroff

in Rue89

Lordon : « Le soulèvement ou la table rase par l’effondrement »

Le 15 janvier 2011, Frédéric Lordon, économiste hors sérail microcosmique, était invité à une conférence organisée par Attac et Mediapart sur le thème : « Quel remède à la crise démocratique européenne ? » Frédéric Lordon décida de répondre à cette question « sans circonvolutions inutiles » :

« Ma réponse, c’est : le soulèvement ou bien la table rase par l’effondrement financier. »

La « démocratie » des marchés

La démocratie représentative n’existe plus, pose Frédéric Lordon en citant le cas du référendum de 2005 et en pointant les pions Papademos et Monti avancés sans scrupules par la troïka financière (BCE, Commission européenne, FMI) au mépris de toute souveraineté populaire.

La loi des marchés (ces « tiers inclus au contrat social ») règne en maître. Les élus du peuple, les résultats de scrutins ne sont plus tolérés par ces nouveaux dominants que s’ils rentrent dans leur moule.

Citant la récente dégradation de la France, Frédéric Lordon relativise l’importance d’agences de notation parfaitement « périphériques » :

« Il n’y a aucun lieu de s’étonner qu’un univers comme les marchés de capitaux, qui fonctionnent fondamentalement à la croyance, à l’opinion et au jugement, sécrètent en leur sein des producteurs spécialisés de croyance, d’opinion et de jugement. »

S’attaquer à la structure d’ensemble

Ce n’est pas à ces « points focaux » épiphénomèniques (les agences de notation) qu’il convient de s’attaquer, mais à la structure d’ensemble qui les féconde.

Or, souligne l’iconoclaste économiste, les évènements en cours pourraient bien donner un sacré coup de main à ceux qui refusent la « monstruosité » d’un monde régi par « le corps informe des créanciers internationaux ».

Comme en 2007/2008, le secteur interbancaire est en voie de devenir « le nouvel épicentre d’un nouveau séisme ». Sans que les puissances publiques, désormais ruinées, puissent voler à son secours comme la fois précédente :

« Si donc nous voyons poindre la perspective de grand effondrement, alors oui, il y a plus que jamais matière à nous demander quoi reconstruire. Mais la toute première question étant bien sûr : à quelle échelle ? »

La reconstruction, mais avec qui ?

Sur ce point, l’ami Lordon est catégorique. La tendance va spontanément vers « une préférence a priori pour des ensembles les plus vastes possibles » (dit-il). Mais alors, « avec qui ? ».

Lordon expose ses doutes quant à une solution européenne dans une Union européenne ouvertement dominée par la rigueur monétaire imposée par l’Allemagne. Et par une « juridicisiation » des politiques publiques « directement attentatoire » à toute souveraineté populaire :

« Existe-t-il des intermédiaires viables entre les configurations nationales classiques et une Union européenne pleine et entière, je veux dire avec une intégration politique pleine et entière ?

Si la réponse était non, alors il ne faudrait pas hésiter à en revenir à la configuration nationale dont on sait avec certitude qu’elle satisfait pleinement le principe de la souveraineté populaire. »

Jean-Louis pour le Yéti

« Occupy » à Londres : « Vous ne pouvez pas expulser une idée »

    • Née de l’union de la crise financière mondiale et du mouvement #Occupy de Londres, la Banque des idées est une initiative qui soulève beaucoup d’intérêt au Royaume Uni. Ryan Gallagher, un journaliste indépendant, explique en quoi consiste ce projet :

      « En bordure du très prospère quartier de la finance à Londres, un immeuble de quatre étages, propriété de l’une des plus grandes banques d’investissement du monde, a trouvé une utilisation étonnante. L’immeuble occupant les numéros 5 à 29 de Sun Street, un immeuble de bureaux dont le propriétaire est le géant de la finance UBS, a été “occupé” en novembre 2011 par les militants d’un mouvement qui proteste contre la voracité des entreprises, le mouvement Occupy.

      Grâce à leur projet d » « échanger de la créativité plutôt que du cash », il est maintenant bourdonnant d’activités, avec des ateliers d’arts, des groupes de discussions où l’on débat de tout, depuis les droits des squatteurs jusqu’à la politique d’échanges commerciaux. »

      « Occupy » à Londres : « Vous ne pouvez pas expulser une idée » dans Opinions bank-of-ideas-31
      La « Bank of ideas » à Londres (Ryan Gallagher)

      Le choix de cet immeuble n’est pas fortuit pour les occupants : la banque UBS a reçu 60 milliards de dollars US en fonds d’urgence du gouvernement suisse en 2008, après avoir essuyé les plus grosses pertes parmi tous les instituts de crédit européens impliqués dans la crise mondiale des emprunts toxiques.

      Quoi que l’on puisse penser des militants du mouvement #Occupy,@HeardinLondon est d’avis que :

       »l’idée de réhabiliter un immeuble vide abandonné depuis sept ans et de le transformer en espace pour les arts libres, l’éducation, et en maison des associations est difficile à critiquer ».

      « Quoi ? Je vous entends vous écrier, UBS, qui a été impliquée dans une fraude fiscale massive en Amérique ? UBS, celle-là même qui a permis à un trader escroc de passer à travers les mailles du filet avec environ 2 milliards de dollars ? Pas l’UBS qui a crucifié les détenteurs d’emprunts immobiliers avec des taux d’intérêt de 67% ! Cette banque dont on dit qu’elle était la préférée de Monsieur Ben Laden ? Pas UBS dont beaucoup disent qu’elle a financé Saddam ? Vous allez être choqués, mais oui, c’est bien cette UBS.

      Quelle meilleure antithèse aux politiques de la terre brûlée imposées par le gouvernement que d’héberger des projets sociaux qu’il a mis à l’index dans une banque ? »

      Ce site est le troisième du genre à Londres a être investi par les militants de la justice économique, qui gèrent également les camps de Finsbury Square et celui situé à côté de la cathédrale St Paul.

      Sur YouTube, le site d’information collaboratif ynuktv a mis en ligne une vidéo expliquant leurs propositions : l’échange non pécuniaire d’idées pour résoudre les problèmes économiques, sociaux et d’environnement de notre temps.

      Explosion d’idées

      Le lieu est désormais un espace mis à disposition pour des ateliers et conférences gratuits donnés par des bénévoles aux profils très divers.

      Une procédure d’expulsion a été lancée contre les occupants et le jugement en appel devrait être prononcé par le tribunal le 23 ou 24 janvier.

      En attendant, l’occupation touche à son troisième mois et son calendrier prévoit des évènements jusqu’en décembre 2012, comme des cours universitaires gratuits, des ateliers de permaculture, une galerie d’art et des cours de yoga. Certaines animations sont retransmises en direct par vidéo stream.

      Les occupants et les visiteurs parlent sur des blogs de ce lieu. L’illustratrice Isobel Williams publie des sketches qu’elle a faits des visiteurs ainsi que ses propres réflexions, l’artiste Raphael Franco raconte de son côté le stage « Docteur Vélo » auquel il a participé :

      « J’ai rencontré Paola et Toni, deux dames super qui s’occupent de bicyclettes, et des gens, depuis des années…Ma très chère “caca” (mon vélo bien-aimé) n’avait pas vraiment besoin d’être réparée, donc, je suis juste resté là pour apprendre des experts et prendre quelques photos et notes de l’évènement.

      J’ai passé deux heures formidables avec elles et j’ai appris des trucs utiles : comment ajuster les freins, comment procéder pour les interventions mécaniques de base (cables, boulons inférieur et supérieur et équilibrage). »

      Le journaliste Peter Watts admet avoir été agréablement surpris  :

      « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre à l’intérieur, et même si je me doutais que l’accueil serait chaleureux, j’ai été surpris par le niveau d’organisation mis en place pour cette initiative, qui s’inspire tout autant des méthodes de gestion d’entreprise des cadres moyens que de l’esprit d’une coopérative. Il y a là une organisation de grande ampleur, impressionnante.

      L’occupation a une organisation déployée sur une échelle considérable. Il y avait des organigrammes, des tableaux Excel, des tableaux blancs couverts d’informations et des messages sur toutes les surfaces disponibles. Les gens circulent pour diffuser leurs messages et partager les nouvelles.

      J’ai travaillé dans des dizaines de salles de rédaction où le flux de communication était bien pire que ça. C’est tonifiant, collaboratif, et vraiment impressionnant, à tous les niveaux. »

      Cristina décrit un cours de méditation qu’elle a suivi au centre :

      « Dès le moment où nous sommes arrivés, nous avons senti que c’était un endroit spécial, avec des gens bien.

      Ce sont des personnes courageuses, qui se sont lancées dans une tache monumentale : une lutte pacifique pour parvenir à un changement social et économique profond. Ils veulent une société plus juste et on peut voir qu’ils s’astreignent tant sur un plan personnel que social à devenir cette nouvelle société. »

      Loyer proposé : cinq Livres

      bankofideasoutsideubscreditheardinlondon2-375x281 dans Résistances
      Un déclaration bancaire… (@heardinlondon)

      Pour continuer à proposer des espaces et des services à des publics qui en sont privés à cause des coupes budgétaires du gouvernement britannique, la Banque des Idées a proposé de payer un loyer de 5 Livres Sterling à UBS pour pouvoir continuer à occuper les lieux.

      C’est exactement le montant que la gigantesque banque d’investissements a déclaré comme valeur locative estimée de ce site – un immeuble commercial situé à un emplacement de premier choix au coeur de Londres – lors d’une récente demande de réévaluation foncière déposée auprès du fisc pour ce bien.

      La valeur locative est par conséquent tombée de 100 000 Livres Sterling à seulement une Livre Sterling par étage : soit un total de cinq Livres Sterling.

      « Occupy London aimerait saisir cette occasion pour faire une proposition chaleureuse et franche à UBS : nous voulons que vous nous aidiez à construire la Big Society (la Grande Société).

      La Banque des Idées a rénové ce bâtiment abandonné, sans subventions de l’état, grâce aux bénévoles et au partage des compétences. Depuis, il a été investi par la population et la Banque des Idées, située dans l’un des quartiers les plus durement touchés par les émeutes de l’été dernier, a été ouverte comme maison de quartier, où beaucoup d’associations affectées par les coupes budgétaires ont trouvé un lieu pour continuer à faire leur travail essentiel.

      UBS a été accusé de nombreuses pratiques douteuses en son temps. Aujourd’hui, Occupy London et la Banque des Idées lui demandent officiellement de travailler avec eux pour effacer l’ardoise, pour permettre aux organisateurs de la communauté de gérer ce lieu de façon permanente au profit des habitants de Hackney, quartier dont la frontière est à un trottoir seulement de certaines des compagnies les plus riches sur terre. »

      Que USB accepte ou non cette proposition est toujours une question en suspens ; en attendant, Peter Watts conseille à ceux qui sont intéressés de se dépêcher, au cas où :

      « Je vous conseille de venir rapidement, avant que la main morte des corporations écrase encore un autre humble antre de gaîté et de dissidence. »


      Créativité à la Banque des idées (Elco_, publiée sous licence Creative Commons (CC BY-NC-ND 2.0))

      Jean-Louis pour Paula Góes · Traduit par Claire Ulrich

      PUBLIÉ INITIALEMENT SUR  Global Voices

Défendre l’emploi et l’interdiction des crédits « révolving » !?

Les banques comme BNP Paribas qui maintiennent un service « crédit révolving » :

- affament les familles, en les conduisant comme le montre le dessin joint au surendettement ;

- pressurent leur personnel puis le jettent sans les « reclasser »….

Y en a assez !

Défendre l’emploi et l’interdiction des crédits « révolving » !? dans Opinions surend-1fc08

Toute la presse en parle…Voici encore un wagon de licenciements.

La direction de COFINOGA a présenté au Comité Central d’Entreprise son plan de dégraissage appelé « plan de sauvetage de l’emploi » qui conduirait à la suppression de 462 postes !

Cofinoga a comme actionnaires, à parts égales la banque BNP Paribas et le groupe Lafayette.

La direction se défend en expliquant qu’il s’agit « d’ une situation de crise économique et financière sans précédent » et « des évolutions législatives et réglementaires qui ont profondément modifié le marché français du crédit à la consommation ».

Ce serait peut-être de la faute des associations de consommateurs qui demandant unanimement des mesures de protection contre les crédits révolving ont salué la loi Lagarde comme contenant des aspects positifs !

Nous souhaitons la disparition et l’interdiction de tous les crédits révolving qui conduisent de nombreuses familles au surendettement pour enrichir des actionnaires.

Et l’emploi ?

Les délégués du personnel et les syndicats ont raison de demander qu’il n’y ait pas de licenciements.

Les employés et cadres doivent retrouver un poste de travail.

Peut-on à la fois défendre l’emploi et demander l’abandon des crédits révolving ?

Oui, il n’y a pas là une once de contradiction.

Quand au début des années 1990, les industries de l’armement ont été « les victimes de la paix », il n’y a pas eu de manifestations demandant qu’on vende des canons et qu’on fasse la guerre.

Les syndicalistes conséquents se sont battus pour que les travailleurs soient reclassés dans d’autres industries.
Jean-Louis pour Jean-François Chalot

in Agoravox

Flagrant délit

Flagrant délit dans Humour c6898_1

Jean-Louis remercie Bar et Ventscontraires

Petit, je voulais être boulanger, mais j’étais bon en maths

Aider les élèves à trouver leur voie coûterait bien trop cher, mieux vaut fabriquer un maximum de travailleurs hautement rentables. Ce que l’on oublie en soutenant un tel raisonnement, c’est que les êtres humains ne sont pas des machines, et que pour construire une société pleine de vitalité, l’épanouissement de chacun est indispensable. Un artisan amoureux de son travail apportera beaucoup plus à ses contemporains qu’un ingénieur dépressif ne comprenant pas le sens de son métier.

Petit, je voulais être boulanger, puis facteur, puis berger. On m’a poussé à faire des études. On m’a expliqué que c’était le seul moyen de réussir ma vie, de gagner de l’argent, de m’épanouir dans mon métier. J’ai enduré de longues heures, de longues années de cours. Je me suis ennuyé, ennuyé et encore ennuyé sur des dizaines, des centaines, des milliers de chaises. Et maintenant que j’ai cinq années d’étude en poche, que je travaille, que je galère, je continue à m’ennuyer, et regrette profondément de n’avoir pas écouté le petit enfant qui voulait élever ses moutons en Ardèche.

Et autour de moi, lorsque je tends l’oreille, voici ce qui tombe dedans : « J’ai fait 5 ans d’étude, je passe mes journées à faire des additions. Tout ce que j’ai appris ne me sert finalement à rien. », « J’aurais bien fait des études littéraires ou sociales, mais on m’a martelé qu’il n’y avait pas de débouchés. Je me suis fatigué à bosser des matières ennuyeuses pendant des années en espérant que j’aurais un travail solide au bout ; et maintenant que j’ai mon diplôme, j’enchaîne les CDD à temps partiel payés au SMIC… », « J’en ai marre de tout donner, de partir tous les matins à 7h et de rentrer tous les soirs à 20h, et de continuer à galérer pour manger des casseroles de pâtes, et pour me payer un 20 mètres carrés tout miteux »…

Ne faut-il donc pas être complètement sourd aux maux de la société pour affirmer que les émeutiers des banlieues de 2005, de Grenoble en 2010 ou, plus récemment, des pays voisins ne portent aucun« message politique » ?

Le message est pourtant simple : de nombreux jeunes ne cautionnent pas le système actuel qu’ils jugent profondément injuste et dénué de sens.

Que le système soit injuste, j’imagine que personne n’osera le contester. Les faits sont là. Comme le démontre les chiffres récemment publiés sur les inégalités en France, les écarts entre les plus riches et les plus pauvres ne font que se creuser. C’est injuste, et sans doute suffisant pour justifier n’importe quelle révolte. Mais par cet article, c’est plutôt sur la vacuité de sens de notre modèle de société trop porté vers une obsessionnelle croissance économique que je voudrais m’attarder.

Soumise aux pressions des marchés, l’école, de plus en plus délaissée par l’Etat, tend à aspirer les enfants dans une machine scolaire infernale, pour ensuite recracher vingt ans plus tard soit des agents économiquement productifs soit des ratés. Ainsi, tant qu’un élève aura de bonnes notes, on lui conseillera vivement de suivre la voie royale : seconde générale, première scientifique, option mathématique, maths sup, etc. On ne cherchera pas à savoir ce que l’élève veut faire de sa vie. De toute façon, lui-même n’en sait rien, car bien souvent ni l’école ni la vie de tous les jours ne lui donne les moyens de savoir ce qu’est un métier, ou tout du moins un métier différent de celui de ses parents.

Aider les élèves à trouver leur voie coûterait bien trop cher, mieux vaut fabriquer un maximum de travailleurs hautement rentables. Ce que l’on oublie en soutenant un tel raisonnement, c’est que les êtres humains ne sont pas des machines, et que pour construire une société pleine de vitalité, l’épanouissement de chacun est indispensable. Un artisan amoureux de son travail apportera beaucoup plus à ses contemporains qu’un ingénieur dépressif ne comprenant pas le sens de son métier.

En série scientifique, plein de jeunes se battent pour devenir ingénieur, car on leur dit que c’est le seul moyen d’avoir une situation stable et confortable, mais la grande majorité ne sait même pas expliquer ce qu’est au juste un ingénieur. C’est du formatage : la France veut des ingénieurs, car statistiquement, ils font plus grimper le Produit Intérieur Brut que les agriculteurs ou que les poètes. Les jeunes sont fragiles ; et la société abuse de leur faiblesse, de leur indécision pour les pousser dans des voies qu’ils choisissent rarement en connaissance de causes et qui engagent toute leur vie.

Pour maintenir l’ordre, pour que les élèves filent sagement dans l’entonnoir, on n’utilise une arme redoutable : l’angoisse. Les télés, les radios, les politiques, les profs, les parents, toute la société dans son ensemble angoisse la jeunesse. « La situation est grave, nous sommes en crise ». Il faut entrer dans la « guerre économique ». Les plus faibles sombreront dans le chômage, et finiront à la rue. « De toute façon, il n’y a plus d’argent dans les caisses ; et on ne va pas taxer les riches, les spéculateurs et les capitaux, car sinon tout partira à l’étranger… ». « Tremblez, enfants de la cinquième puissance mondiale : si vous ne voulez pas crever de faim, travaillez, étudiez vos mathématiques, devenez ingénieurs, faites-nous des plans d’avions de chasse et de centrales nucléaires. »

Ce sont généralement les enfants des familles les plus modestes qui sont le plus sensible à ce stress, à ce chantage, car leur échec ne peut que très difficilement être financièrement amorti par la famille. Et encore moins par un Etat de moins en moins soucieux des questions d’équité sociale (car ne l’oublions pas : dans un monde où l’on donne des centaines de milliards aux banques, l’équité, ça coûte trop cher). Pour ces enfants modestes, tout tâtonnement est proscrit, il faut foncer tête baissée dans l’entonnoir.

La sélection est rude, voire même impitoyable pour beaucoup d’enfants ; et plus particulièrement, pour ceux qui sont issus de milieux modestes. Je n’oublierai jamais ces heures d’angoisse qui précédaient les contrôles de mathématiques – coefficient 9 -, de physique – coefficient 6 -, ces heures à faire et à refaire toujours les mêmes exercices, ces heures où ma place en classe préparatoire, où tout mon avenir se jouait. Ces heures et ces années où l’école abrutit plus qu’elle n’élève. Le lycée est, pour certains, un véritable enfer dans lequel la moindre mauvaise note est susceptible de faire chuter lourdement une moyenne ; et une mauvaise moyenne dans une discipline clé peut, à son tour, considérablement réduire les chances d’un élève d’être pris en classe préparatoire, BTS, etc. Avoir de bonnes notes ne suffit pas, il faut aussi être bien classé ; et la compétition commence dès le collège et s’intensifie avec les années d’études. Elle peut devenir terrible lorsqu’il s’agit des concours de médecine ou d’entrée aux grandes écoles. Bien souvent, la soif de la réussite prend le dessus sur le désir d’apprendre.

Les notes sont un langage rudimentaire, un moyen d’évaluer de la façon la plus synthétique possible un élève. On pourrait sans doute les remplacer par des explications, mais ça nuirait à l’établissement, aussi inéquitable soit-il, des hiérarchies. Réduire les personnes, le monde à une série de chiffres : ça n’a aucun sens, mais c’est la grande ambition des sociétés modernes. Les élèves ne sont pas tous égaux, ne sont pas tous issus des mêmes milieux, n’ont pas tous les mêmes capacités intellectuelles et physiques ; et pourtant, l’école les compare, les met en compétition, puis les sélectionne. Plutôt que de confronter les élèves aux injustices les plus primitives, le rôle du système éducatif ne devrait-il pas être de les en protéger ?

Ma traversée de l’univers scolaire m’a donné le sentiment que la créativité, la compréhension du monde et de la vie n’étaient pas des priorités, et que ce qui importait avant tout c’était de former, de formater des travailleurs économiquement rentables et performants. En d’autres termes, de produire les outils dont l’économie libérale a besoin ; et ainsi, de considérer l’humain comme un moyen, et non comme une fin en soi. Le rapprochement du monde de l’entreprise et de l’Université va dans ce sens.

L’Art, la Philosophie et la Poésie sont des disciplines pleines de sens qui peuvent orienter une vie. Le système scolaire les néglige de plus en plus. L’Histoire et la Géographie sont désormais en option en Terminale S ; disciplines évidemment inutiles pour former, à titre d’exemple, nos futurs ingénieurs nucléaires. Il me semble qu’assez tôt dans le cursus, les « matheux » sont assimilés à des génies, les économistes à des prophètes, les poètes à des cancres et les philosophes à des choses inutiles. Il serait vraiment triste qu’au lieu d’aider les élèves à donner du sens à leur vie, l’école se contente de les transformer en machines à calculer.

A force de négliger les aspirations de la jeunesse, la société donne naissance à des générations en souffrance, à des adultes qui doutent de plus en plus du sens de leur travail, et il ne faut pas s’étonner qu’un jour ou l’autre, une génération se réveille subitement pour refuser un monde qu’elle n’a jamais eu l’occasion de choisir.

La force et l’énergie des révoltés, des indignés sont, pour moi et pour beaucoup, une grande espérance.

Jean-Louis pour Matthieu Stelvio

son site

 

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