« Arrêtez l’histoire, je descends à la prochaine! »

Depuis le 12 Janvier, les manifestations se succèdent sans faiblir en Roumanie, parfois avec un caractère violent. Mais la vraie violence, c’est celle que le gouvernement exerce sur le peuple, estime ce commentateur.

 Manifestation anti-gouvernementale, Bucarest le 14 janvier 2012© AFP

Manifestation anti-gouvernementale, Bucarest le 14 janvier 2012

La société roumaine semble se réveiller après des années de léthargie. Le signal de départ*, aussi frêle soit-il, prouve que la société roumaine ne veut plus être seulement le jouet de l’histoire, mais qu’elle entend désormais y participer. Le message de cette révolte, que le pouvoir [gouvernement de centre-droit, dirigé par le Premier ministre Emil Boc] semble ne pas comprendre, est un message antisystème, contre ce système politique qui nous mène par le bout du nez depuis 20 ans, en une éternelle transition vers nulle part. [Première victime politique de ces manifestations, Theodor Baconschi, ministre des Affaires Etrangères, ex-ambassadeur roumain à Paris, a été démis de ses fonctions ce 23 janvier, pour "propos innapropriés envers les manifestants" - il les avait traités de "zonards incultes, violents et ineptes"].

Mais soudain il y a eu violence. Tout le monde a alors tourné les yeux vers les « hooligans« , vers ces nouveaux « terroristes ». Bien sûr, il y a eu de la violence dans les rues, mais c’est la conséquence « soft » d’une violence beaucoup plus grave et plus intense de la part du pouvoir. La violence et le chaos sont le résultat du chaos et de la violence pratiqués par le pouvoir depuis des années.

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J’écrivais récemment sur la façon de faire soi-même un « cocktail Molotov ». Je disais que ses ingrédients n’étaient pas une bouteille, l’essence, la mèche et le feu, mais tout autre chose: un pouvoir qui ignore ses citoyens, qui les humilie en leur récitant un mantra de sauvetage et qui fait des lois pour se protéger lui-même. Lorsque les mots et les actions politiques commencent à ne plus avoir de réel effet, lorsque la classe politique se détache complètement des besoins du citoyen et lorsque le citoyen commence à comprendre qu’en fait il n’est plus représenté par qui que ce soit, alors les « cocktails Molotov » commencent à exploser d’eux-mêmes. Je ne pensais pas que l’étincelle était si proche…

Victoria Stoiciu, sociologue, explique, sans justification, les causes de ces violences: « une conséquence presque indispensable d’un rassemblement de masse. Un troupeau de gens mécontents n’est pas un groupe de mannequins à un défilé de mode. (…)  Nous sommes le pays d’Europe qui a adopté les  mesures d’austérité les plus sévères [en 2009, la Roumanie a reçu un prêt de 13 milliards d'euro du FMI , assorti d'une série de mesures d'austérité comme la réduction des salaires de 25%, la hausse de la TVA, l'avancement de l'âge de la retraite, l'annulation de certains privilèges accordés à ceux qui détiennent des certificats de révolutionnaires...], alors comment pouvions-nous nous attendre à une petite colère gentillette, alors que les Grecs ont mis le feu aux banques et lancé des bombes pour bien moins ? »

Que s’est-il réellement passé dans la société roumaine pour qu’on en arrive là ? L’anthropologue Vintilă Mihăilescu l’explique ainsi: « la polenta a explosé », démontrant par ailleurs une fois encore l’intuition du philosophe Mircea Vulcănescu, qui disait que les Roumains le pouvaient lorsqu’ils n’en pouvaient plus. En termes moins métaphoriques, le pacte social a été rompu. Le pouvoir et l’État dans son ensemble ont perdu leur légitimité : « Nous reprenons notre pays! » – scandaient certains manifestants. Et d’autres faisaient des blagues macabres: « Arrêtez l’histoire, je descends à la prochaine! »

Dorénavant, tout est possible. Mais pour le pouvoir, une chose est certaine: c’est le début de la fin ! Le signal a été donné par le président Băsescu lui-même, en retirant prestement la Loi sur la santé dont il se portait garant quelques heures plus tôt. Ce qui se passe ces jours-ci dans les rues en  Roumanie devrait également être une leçon pour les gouvernants de Chişinau, en Moldavie : certaines limites ne devraient jamais être franchies, car il peut y avoir des effets inattendus et parfois violents.

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Note :* Les révoltes ont commencé le 12 Janvier suite à la démission de Raed Arafat, directeur du services d’ambulances d’urgence (SMURD) et sous-secrétaire d’Etat à la Santé, qui entendait ainsi protester contre un projet de loi controversé sur la santé. Le 13 janvier, le président du pays, Traian Băsescu, a retiré le texte litigieux, mais les protestations ont continué.
Jean-Louis pour Vasile Ernu in Timpul
 

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