Archive pour 24 janvier, 2012

Extrême onction pour le Portugal

Pourquoi ne parle-t-on pas du tout du Portugal ? Pourtant, savez-vous à combien le pays emprunte à 10 ans ?

Plus de 14% !

Installez-vous confortablement cher lecteur, car nous allons entamer cetteQuotidienne par une petite expérience de psychologie.

C’est Dylan Grice qui en fait le compte-rendu dans son dernier Popular Delusions. Il reprend le résultat de travaux parus dans l’article “How unrealistic optimism is maintained in the face of reality”, par Sharot, Korn and Dolan, Nature Neuroscience, novembre 2011.

L’expérience se déroule en 3 phases :
– Première phase : on demande à un panel d’estimer (en pourcentage) le risque d’être frappé par un accident ou une maladie.
– Seconde phase : les organisateurs de l’expérience leur transmettent ensuite des statistiques. Selon leur âge, leur sexe ou leur milieu socioculturel, la probabilité d’être impliqué dans un accident de voiture, d’être atteint d’un diabète ou de se voir victime d’une fraude à la carte de crédit est estimée.
– Dans la troisième phase, on demande de nouveau au panel d’estimer leur pourcentage d’être victime de ces aléas et accidents à la lumière des statistiques qui leur ont été fournies dans la phase 2.

Prenons un exemple. Quel est le pourcentage de risque que vous soyez impliqué dans un accident de voiture au cours de votre vie ?

Mettons que vous l’estimiez au premier abord à 30%. On vous fournit ensuite des statistiques montrant que cette probabilité s’élève plutôt à 20%. C’est donc une “bonne” information. Au cours de la troisième phase, vous allez donc revoir votre première estimation et décider que vous avez 22% de risque d’être impliqué dans un accident de voiture.

Mais si au cours de la première phase, vous aviez estimé que le pourcentage ne s’élevait qu’à 5% ? Que se passe-t-il après que vous ayez pris connaissance des statistiques ? Vous revoyez là encore votre estimation, à la hausse cette fois. Au final, il y a de grandes chances pour que vous estimiez votre probabilité d’être impliqué dans un accident de voiture à, mettons, 8%. La statistique officielle – 20% – est traitée comme une information indésirable. Vous lui accordez moins d’importance qu’à l’information “désirable”.

Voilà – en très résumé – pourquoi, êtres humains que nous sommes, nous prenons plus en compte les bonnes nouvelles que les mauvaises.

La crise de l’euro au filtre de l’optimisme
Pourquoi vous parler de cela ? Parce que cette expérience explique en partie la réaction des médias face à la crise de l’euro et au risque de faillite de certains pays de la zone. Cela explique aussi pourquoi certains d’entre nous se déchaînent dès qu’on ose évoquer faillite ou explosion de la zone euro.

Comment expliquer autrement que l’illusion de la non-faillite de la Grèce soit maintenue – et acceptée – depuis plusieurs mois ?

Les négociations ont repris au sujet de la Grèce. Pour rappel, comme je vous en parlais dans une précédente Quotidienne, le gouvernement grec et les différents créanciers (privés et publics) sont assis autour d’une table pour décider de la décote que les prêteurs privés (banques essentiellement) vont accepter sur leurs emprunts grecs.

Aux dernières nouvelles, et après quelques menaces, le secteur privé serait prêt à accepter une décote de 65% à 70%. Au-delà donc des 50% initialement prévus.

Est-ce que cela sera suffisant pour la Grèce ? A vrai dire, ce qui arrangerait vraiment le gouvernement grec, c’est une décote de 100%…

Nous vous en avions parlé, la Grèce doit bientôt rembourser 14,4 milliards d’euros. Et évidemment, elle ne les a pas. Elle doit donc absolument obtenir la nouvelle tranche d’aide promise par le FMI : 130 milliards d’euros.

Mais, pour cela, elle doit satisfaire certaines exigences. La première était de parvenir à un accord avec le secteur privé sur la décote qu’il accepterait. Les négociations sont âpres mais ils devraient parvenir à s’entendre.

La seconde est plus difficile à mettre en oeuvre : elle porte sur la réduction des dépenses. La Grèce a déjà coupé pour 2 milliards d’euros en 2011 et devrait réduire ses dépenses de 7 milliards supplémentaires. Ce qui n’est évidemment pas si simple que cela. Pour résumer, cela avance lentement et l’état économique du pays laisse craindre le pire en cas de nouvelles coupes dans les dépenses publiques.

Vous le savez, nous pensons que la Grèce va faire défaut. Que certains parviennent encore à soutenir le contraire nous étonnera toujours. La seule question est : comment va-t-elle faire défaut ?

La Grèce n’est pas la seule à bénéficier de l’effet “mauvaises nouvelles”. Je vais vous proposer une seconde expérience.

Le Portugal, l’autre Grèce ?
Allez dans Google Actualités. Puis dans la section Economies. Et faites une recherche avec le mot-clé Portugal. Si vous vous intéressez à autre chose qu’aux résultats des équipes de foot portugaises vous vous retrouvez Gros-Jean comme devant. Vous pouvez tenter la même recherche sur les sites des principaux médias économiques français : le Portugal ne fait pas l’actualité, loin de là.

Comme nous vous le disions, le Portugal emprunte maintenant à plus de 14% sur 10 ans. Dire que les 7% sont considérés comme la limite fatidique pour un pays… Celle à partir de laquelle le poids de la dette devient progressivement insoutenable. Alors 14% !

Cher lecteur, je vous prie de m’excuser, il va falloir que je vous annonce une autre mauvaise nouvelle : le Portugal va faire faillite.

Contrairement à la Grèce, le Portugal n’a certes pas le couteau sous la gorge, du moins en ce qui concerne ses remboursements. La prochaine tranche (10 milliards d’euros) n’est due qu’en juin prochain. Et les besoins de refinancement du pays s’élèvent pour cette année à “seulement” 17,5 milliards d’euros (à comparer avec les 32,8 milliards dus par la Grèce en 2012).

Oui mais voilà, les marchés s’inquiètent de l’absence de croissance portugaise (avec une récession estimée à 3% cette année) et de son important taux de chômage (plus de 13% de la population active).

Les trois principales agences de notation ont d’ailleurs rétrogradé le pays au rang de “junk bond”, ou investissement poubelle. Tout comme la Grèce. Et, comme le rappelle le Financial Times, l’écart sur les CDS (les assurances contre le risque de défaut) démontre que les marchés estiment à 65% le risque de défaut du Portugal dans les cinq années à venir.

Le pays a dû faire appel à l’aide internationale. Le FMI, la BCE et l’Union européenne ont promis une aide de 78 milliards d’euros en échange d’une réduction du déficit à 5,9% du déficit. Avec un déficit actuellement à 7,5%, le Portugal est loin du compte.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
A quoi nous attendre ? Eh bien malheureusement à une aggravation de la crise européenne.

Ne vous laissez pas leurrer par l’actuel rebond des marchés ou alors par la prétendue reprise de l’économie américaine. La crise est loin d’être terminée. N’oubliez pas que Wall Street est exposé à au moins 1 000 milliards de dollars à la crise européenne (banques et Etats).

Les dernières rumeurs font état de nouveaux plans d’aide. La Fed serait en train de se préparer à injecter 1 000 milliards supplémentaires. Le FMI et la BCE se creusent la tête pour trouver d’autres milliards pour essayer d’enrayer la situation…

Et nous dans tout cela ?

Je vous rappelle notre plan d’action pour 2012 :
1. De l’or
2. Des entreprises innovantes, par exemple spécialisées dans le domaine des biotechs et des nanotechs
3. Des investissements qui surfent sur les besoins moyen/long terme de l’humanité (rien que cela), et en particulier des Emergents
4. Des investissements à l’abri des aléas boursiers, comme le foncier (je vous en reparlerai bientôt).

Nous avons dernièrement consacré des articles :
– aux biotechs ;
– à l’eau, à l’agriculture, à l’énergie ;
– et évidemment, à l’or
[Et n’oubliez pas, dans sa Stratégie, Simone Wapler a construit un portefeuille à même de vous protéger de la crise européenne. Sa grande crainte : que la France ne soit elle-aussi entraînée dans la spirale de la faillite. Découvrez pourquoi, et comment vous protéger, en continuant votre lecture…]

Jean-Louis pour CÉCILE CHEVRÉ

 

in La Quotidienne d’Agora

Cécile Chevré est titulaire d’un DEA d’histoire de l’EPHE et d’un DESS d’ingénierie documentaire de l’INTD. Elle rédige chaque jour la Quotidienne d’Agora, un éclairage lucide et concis sur tous les domaines de la finance.

Voir les articles écrits par Cécile Chevré »

Pris au piège grec

A Athènes, la guerre des nerfs entre le gouvernement et les créanciers privés entre dans sa phase finale. Pour recevoir ses 130 milliards d’aide, la Grèce doit apporter la preuve de ses réformes. Mais la bonne volonté ne suffit pas toujours.

Chaque jour, ce sont les mêmes images. Des hommes à la mine aussi sombre que leur costume s’engouffrent dans les portes tournantes de bâtiments anonymes et disparaissent dans l’ombre. La scène se passe à Athènes et les acteurs sont les hommes chargés des négociations entre le gouvernement grec et les représentants des banques qui se rencontrent tous les jours pour jouer une partie de poker autour de l’effacement de la dette grecque.

Sous la pression des gouvernements réunis lors du sommet européen d’octobre dernier, les banques privées et les fonds d’investissement ont promis de faire une croix sur près de 100 milliards d’euros.

Le geste a de quoi impressionner mais rien n’est encore fait. Les créanciers sont pris au piège : les partenaires européens et le Fonds monétaire international ont assorti le deuxième plan de sauvetage à l’effacement de la dette grecque : 130 milliards pour redresser le pays d’ici à 2020. Faute de quoi, ce sera la faillite.

Des salaires réduits de 40% de façon rétroactive

Faire supporter une partie du coût de la crise aux institutions financières privées s’est avérée une grave erreur. Les contributeurs l’ont désormais bien compris, surtout le gouvernement allemand très impliqué dans le dossier. Ce qui semblait juste sur le fond a été mis en oeuvre avec un tel dilettantisme que même Berlin reconnaît « d’importants dommages collatéraux ».

A Bruxelles, un diplomate européen explique ce que cela veut dire : « La situation s’est retournée contre nous parce que les investisseurs refusent d’acheter de la dette européenne à long terme, à l’exception de la dette allemande ». L’homme connaît bien la situation grecque. Pour lui, c’est « la première fois que l’on court le risque réel de perdre sans s’en rendre compte le contrôle de la situation ».

Cette débâcle avec les créanciers privés n’est pas le seul piège qui risque de se refermer sur les sauveurs de la Grèce. Dès l’origine, ces derniers ont en effet sous-estimé le montant de l’aide nécessaire. Devant sans cesse réajuster leur programme d’aide, ils ont fini par méconter tout le monde. D’une part les Grecs, qui doivent payer davantage d’impôts avec des salaires diminués.

D’autre part les investisseurs, qui, craignant la faiblesse de la consommation, ne mettent plus d’argent, ce qui a pour conséquence que presque plus personne ne veut reprendre les entreprises publiques mises en vente. Enfin les citoyens européens, qui ont l’impression de débourser des milliards pour rien.

Tous ces éléments concourent, aux yeux du diplomate, à former un climat « particulièrement explosif ». On parle de fonctionnaires du ministère grec des Finances dont le salaire a été réduit de 40% et de façon rétroactive.

Les employés n’ont pas seulement reçu 40% de moins au dernier trimestre de 2011, leur salaire a également été amputé sur les trois premiers trimestres de l’année. Les employées posaient leurs bulletins sur la table et demandaient un rien deséspérés, de quoi ils étaient censés vivre.

Une rigueur aux objectifs « trop ambitieux »

Vient ensuite la question de l’impôt. Avec leurs collègues grecs, les Français ont commencé à mettre en place un nouveau système, qui, s’ils font vite, ne mettra au mieux deux ans pour être opérationnel. Il y aura des appels d’offre au niveau européen.

Il faut respecter des délais, une procédure de sélection, choisir une offre, attendre de nouveau puis mettre en place le système. Tout doit être commandé, acheté et installé puis les salariés doivent être formés. Recouvrer l’impôt efficacement ne dépend pas de la simple bonne volonté des Grecs. Le problème, explique le diplomate, c’est que les objectifs du plan de rigueur sont trop ambitieux.

Aujourd’hui, tout le monde s’étonne de voir que la Grèce ne parvient pas à les atteindre. C’est ainsi que se referme à nouveau le piège grec. Si les sauveurs de la Grèce s’en tenaient à leurs propres prescriptions, ils ne devraient plus alimenter le pays financièrement. Mais est-ce vraiment ce qu’ils veulent dans un pays qui commençait tout juste à remonter la pente ?

Entretemps, la principale erreur du plan européen a été corrigée, à savoir le niveau des taux d’intérêt. En mai 2010, le gouvernement allemand espérait encore gagner de l’argent en aidant la Grèce. La Grèce, expliquait la chancelière, devait payer ses crédits aux taux du marché, voire au-dessus. A croire qu’elle cherchait à punir les Grecs et à apaiser ses concitoyens. Un an plus tard, elle était obligée de reconnaître que ces taux d’intérêt ne faisaient qu’enfoncer un peu plus la Grèce dans la crise.

C’est précisément sur la question des taux que butent les négociations avec les banques privées. Elles jouent avec des dixièmes de point de pourcentage, derrière lesquels se cachent des milliards d’euros. Nous sommes « à un millimètre » d’un accord, déclaraient les banquiers et les responsables politiques vendredi dernier.

Le négociateur des banques, Charles Dallara, est toutefois reparti sans avoir franchi ce dernier millimètre. Et il veut encore une chose : la promesse politique qu’après l’effacement de la dette grecque, on arrêtera de faire passer les banques privées à la caisse. Il ne devrait pas l’obtenir avant le sommet européen de lundi prochain.

Jean-Louis pour Cerstin Gammelin

 

in  SÜDDEUTSCHE ZEITUNG

Traduction : Caroline Lee

transmis par Presseurop

Une force qui se projette

Il se passe quelque chose d’inédit. La presse dominante indexe nos succès sur les difficultés que rencontrent nos concurrents à gauche. Mais le tournant des derniers jours n’est pas celui-là. Il est dans le fait que nous touchons pour la première fois la part de notre peuple qui ne participait plus à un jeu politique devenu pour elle insignifiant. C’était notre objectif essentiel. A Nantes puis à Metz, une foule nouvelle se presse à nos meetings. La veille encore, atomes isolés par le chômage de masse et la destruction organisée des solidarités collectives, ses membres se découvrent soudain, avec une émotion qui les conduit parfois aux larmes, force matérielle, peuple rassemblé et constitué par l’élan civique et la conscience de classe. Les désemparés et désorientés, les résignés qui relèvent la tête, ils étaient notre cible, la force la plus nombreuse mais surtout celle dont l’irruption dans le jeu politique qui l’a jusqu’ici exclue peut changer le cours des choses.

Dans ce continent oublié nous nous heurtons frontalement à l’extrême-droite. Le parti des Le Pen est en effet installé comme la représentation officielle de ceux qui pensent tout bas. Il faut voir le système de représentation dominant protéger jalousement ce paysage. Pour un mot sorti de la phrase qui en donnait le sens, prononcée en dehors d’un meeting, Jean-Luc Mélenchon se voit sommé de s’excuser auprès de Madame Le Pen. « Non elle n’est pas semi-démente, d’ailleurs ses propositions sont très rationnelles et méritent qu’on en discute »… voilà sans doute l’acte de contrition attendu par ceux qui font, cyniquement ou sans s’en rendre compte, de la candidate d’extrême-droite une de leurs vaches sacrées. Rien ne dit mieux à quel point le FN est devenu un membre à part entière de la bande des quatre qu’il dénonçait hier. Verrou du jeu politique, il sert à disqualifier le peuple tout en réduisant la défense de la démocratie à un vote antifasciste certes indispensable, mais totalement insuffisant quand les pouvoirs installés piétinent la souveraineté populaire.

Le Front de Gauche, lui, ne se sert pas du FN. Il le combat car le FN divise le peuple et empêche la levée en masse civique que nous voulons provoquer. Il l’affronte car le FN exonère les vrais responsables de la crise, financiers et oligarques, pour y substituer la haine de l’étranger. Nous jetons donc toutes nos forces dans cette bataille. Nous sommes certains dès lors de marquer des points. Car aucune force n’a sur le terrain la puissance conquise par le Front de Gauche. Le nouveau tract du Front de Gauche, démontant l’imposture Le Pen, sort ainsi à 8,5 millions d’exemplaires car le précédent tirage à 7 millions a été épuisé en 15 jours. Ce sont des quantités considérables, inédites. Cela ne représente pas moins du tiers des boîtes aux lettres du pays ! Nous lions donc à une échelle de masse le combat dans l’arène médiatique et celui sur le terrain. C’est en nous déployant à une telle échelle que nous projetons sans tarder dans l’action le rassemblement qui s’opère dans nos salles. Dans le cours de la campagne elle-même, le Front de Gauche est la force qui invite le grand nombre à l’implication active et consciente. Pas seulement en parole, mais aussi pour de bon.

Jean-Louis pour François Delapierre

in LPG

MAROC : Les jeunes diplômés au chômage se font entendre

La question de l’emploi est sans conteste le premier défi pour le nouveau gouvernement d’Abdelilah Benkirane. Ce dernier, sorti vainqueur du scrutin du 25 novembre, prend ses fonctions dans un climat de crise sociale.

 Une manifestations de jeunes diplômés chômeurs à Rabat, le 6 décembre 2011

© AFP/Abdelhak Senna

Une manifestations de jeunes diplômés chômeurs à Rabat, le 6 décembre 2011

Contexte

Depuis le 5 janvier, des jeunes du « mouvement des diplômés chômeurs » occupent la terrasse d’un bâtiment du ministère de l’Education. Le 18 janvier, la situation a dégénéré à la suite d’une intervention policière et quatre personnes se sont immolées par le feu [l'une d'entre elles vient de mourir ce 24 janvier]. En juillet 2011, un accord avec le mouvement des diplômés chômeurs avait été annoncé, prévoyant des recrutements en 2012 dans la fonction publique, mais la promesse est restée sans lendemain. En janvier 2011 l’ancien Premier ministre, Abbas El-Fassi, avait annoncé l’intégration dans l’administration de 1 880 diplômés chômeurs sans passer par un concours. L’année précédente, 1 265 diplômés chômeurs avaient été embauchés dans ces conditions.

Pour le gouvernement (islamiste) d’Abdelilah Benkirane, la tentative d’immolation [le 18 janvier à Rabat] des jeunes diplômés chômeurs est un signe qui ne trompe pas : le front social bout. Les défis qu’exige une prise en charge rapide des besoins des jeunes Marocains, notamment les diplômés des universités locales, sont là, réels. Une piqûre de rappel pour le gouvernement, qui, le lendemain, présentait son programme pour les cinq prochaines années devant le Parlement, avec en toile de fond une priorité aux questions sociales.

Ce programme vise un taux de croissance de 5,5 %, avec à la clé la réduction du chômage à 8 % et la maîtrise du déficit budgétaire. Officiellement, le taux de chômage au Maroc est de 9,1 %, selon le Haut-Commissariat marocain au plan (HCP), qui précise, pour le troisième trimestre 2011, que le taux des demandeurs d’emploi qui se sont  »retrouvés en situation de chômage à la suite de l’obtention d’un diplôme » est de 24,5 %.

Pour le gouvernement, la question de l’emploi des jeunes diplômés chômeurs, qui observent depuis plus de dix ans des manifestations et des sit-in cycliques devant le Parlement, est un souci réel. Le geste des jeunes chômeurs en grève ouverte qui se sont immolés à Rabat le 18 janvier sonne comme un rappel tragique des promesses électorales. Le nouveau gouvernement hérite des gros passifs accumulés par les précédents exécutifs. Selon un sondage réalisé pour l’hebdomadaire Actuel, en dépit de ce climat social lourd, le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, continue de bénéficier d’un état de grâce au sein de l’opinion. Environ 80 % des Marocains disent avoir confiance en lui. Pour 62 % des personnes sondées, la lutte contre la corruption doit être une « grande priorité ». Et 59 % estiment que la priorité doit aller à la « politique de la santé/facilitation de l’accès aux soins. »

Un autre sondage réalisé pour le quotidienL’Economiste donne une popularité plus ample : 88 % des Marocains se disent optimistes ou très optimistes au sujet du gouvernement Benkirane.

Mais un état de grâce n’est pas durable. Ainsi un responsable de l’Union socialiste des forces populaires (USFP), Habib El-Malki, estime « surréaliste » la prévision d’un taux de croissance de 5,5 % dans un « contexte de crise ». Il reproche au gouvernement de Benkirane d’avoir un objectif très faible en matière d’emploi. « Réduire le taux de chômage de 1 point reste également tellement faible par rapport à une réalité sociale marquée par le chômage des jeunes en particulier. Cela nous surprend et nous aurions aimé plus de volontarisme et d’audace de la part du gouvernement » a-t-il déclaré à L’Economiste.

Jean-Louis pour Boualem Alami in Maghreb émergent

re-routé par Courrier International

 

Contrôler Internet ? Non merci !

C’est dans le plus grand secret que le gouvernement polonais s’apprête à signer, le 26 janvier, l’Accord commercial anticontrefaçon (Acta). Une erreur inacceptable, explique un grand éditorialiste, qui encourage les représailles des hackers d’Anonymous.

 Dessin de Stephff Dessin de Stephff

Vous avez dit Acta ?

L’Accord commercial anticontrefaçon (en anglais Anti-Counterfeiting Trade Agreement,Acta) est une proposition de traité international multilatéral concernant les droits de propriété intellectuelle. Il vise à établir un nouveau cadre juridique que des pays peuvent rejoindre volontairement pour lutter contre la contrefaçon de marchandises et les infractions aux droits d’auteur.  Les négociations en vue de cet accord ont commencé en 2007, mais un document préparatoire rédigé en 2008 a été transmis à WikiLeaks, ce qui a permis à la presse de s’emparer du sujet. Ce 24 janvier, la Commission développement  du Parlement européen doit tenir son premier débat sur le projet de rapport pour avis concernant Acta.

 

Quand avez-vous appris l’existence d’Acta ? Peu de décisions importantes ont été préparées avec une discrétion aussi absolue. Rappelons-nous, il y a deux ans, le Parlement européen avait adopté une résolution demandant une totale transparence dans ces négociations. En vain. Il y a deux ans, le Premier ministre avait promis un débat ouvert à ce sujet. Vaines paroles, encore.

Pour moi, c’est une raison suffisante pour ne pas dénoncer les hackers qui s’attaquent aux serveurs officiels. En fait, je les soutiens. Quand le pouvoir complote avec acharnement contre les citoyens, sa légitimité devient douteuse, et la protestation justifiée. Surtout quand il s’agit d’affaires sérieuses. Or Acta s’inscrit dans le même processus dangereux que celui de la crise. C’est ce que l’Observatoire de la finance de Genève appelle la « financiarisation », processus qui transforme les relations en transactions. Dans le cas d’Acta, il s’agit de consacrer dans la législation internationale ce changement de la relation entre créateur et destinataire, qui devient celle entre fournisseur et acheteur. Selon la logique appliquée par Acta, l’inspiration n’est plus au cœur de la création, mais le montant de la transaction.

Depuis trente ans, la financiarisation dévaste de nouvelles sphères de la vie sociale. Elle transforme le patient en client, le médecin en prestataire de services médicaux. Elle substitue l’élève à l’acheteur de l’offre éducative et l’enseignant au vendeur de cette offre. Elle transforme le lecteur et le spectateur en cible publicitaire, l’emprunteur en détenteur anonyme du droit au crédit, qu’il peut revendre à tout moment, l’avocat en représentant juridique, le journaliste en ouvrier des médias, le scientifique en fournisseur du savoir ou des innovations et ainsi de suite. Le contenu n’est plus important, la valeur de la transaction prime.

On pouvait penser que cette évolution allait accroître l’efficacité. Avec la crise, il est évident qu’il a surtout augmenté le nombre et le coût des transactions. Dans la plupart de domaines, la valeur sociale n’a pas augmenté pour autant. Souvent, elle a diminué. Aux Etats-Unis, où la financiarisation est allée le plus loin, les dépenses de santé sont très élevées pour un résultat loin derrière les pays européens, qui dépensent plusieurs fois moins.

Les partisans d’Acta évoquent le droit des créateurs à être payés, comme si il n’y avait plus aucune autre source de financement de la « propriété intellectuelle ». Chopin, Beethoven, Chaplin, Picasso, le couple Curie créaient avant financiarisation. Les gens payaient pour les concerts, partitions, livres, tableaux, découvertes. Ensuite, les œuvres pouvaient circuler, être reproduites et accessibles librement, jusqu’à l’apparition d’intermédiaires qui se sont imposés entre le créateur et le destinataire.

Les défenseurs d’Acta affirment que la situation a changé avec les nouvelles technologies. Les gens écoutent gratuitement de la musique sur le web, regardent des films, échangent des programmes et des jeux, de même qu’ils profitent gratuitement des bibliothèques. Justement. C’est avec fierté que je regarde les fiches bien remplies de mes bouquins à la bibliothèque, même si cela ne me rapporte pas un rond. C’est ce qui fait la différence entre un créateur cherchant un contact avec son public et un propriétaire des droits intellectuels orienté sur le gain.

La convention de l’Acta est inacceptable à plusieurs titres. Premièrement, elle est née d’un complot d’une partie des gouvernements ligués contre leurs citoyens. Deuxièmement, elle va augmenter le transfert des richesses des pauvres (notamment des Polonais) vers les riches. Troisièmement, la créativité sera exposée encore plus à la pression de la logique qui a ravagé les marchés du crédit, gonflé les coûts du secteur de la santé, dégénéré le système éducatif – tu veux un bon niveau, alors tu payes ! –, freiné le développement du savoir et des sciences.

Au vu des conséquences de la crise, on ne peut pas accepter cette loi. Après l’indignation provoquée par les attaques des hackers, je ne crois plus que le gouvernement puisse l’adopter sans un débat sérieux et sans émettre de sérieuses réserves. Sinon, ce serait de la mauvaise foi.

Jean-Louis pour Jacek Zakowski in Gazeta Wyborcza

re-routé par Courrier International

L’actualité de la crise : LEURS RÊVES LES PLUS FOUS

Faute d’être parvenus à se mettre d’accord, un délai de la dernière chance a été accordé aux négociateurs pour adopter les modalités de la restructuration de la dette grecque : le 3 février prochain. Mais l’enjeu s’est élargi, afin que la Grèce puisse tenir à l’avenir ses engagements en matière de réduction de son déficit budgétaire, car comme l’a déclaré Jean-Claude Juncker, “le programme grec a dérapé” : encore une fois, la Grèce n’est pas parvenue à remplir ses engagements de réduction de son déficit.

Le gouvernement et ses bailleurs de fonds doivent se mettre d’accord “dès que possible sur les paramètres d’un nouveau programme d’ajustement ambitieux”, a-t-il ajouté. Cela nécessitera de nouveaux efforts budgétaires, mais aussi l’accélération de “la mise en place de réformes structurelles pour renforcer son économie et sa croissance” a précisé le commissaire Olli Rehn.

L’acharnement dont il est fait preuve n’est pas seulement l’expression de la volonté maintes fois réaffirmée de conserver la Grèce au sein du club euro, symbole de la détermination des dirigeants européens. Il reflète également la crainte de l’inconnu, au cas où il faudrait finalement se résoudre à ce que le pays fasse défaut sur sa dette. Avec comme effet d’imposer au pays une mission impossible, sans jamais vouloir l’admettre. Si la Grèce est un laboratoire, c’est aussi un cas d’école de ce point de vue.

L’irréalisme que partagent les dirigeants européens, en dépit de leurs divergences, s’exprime sur tous les terrains. En premier celui du système bancaire, auquel la BCE se prépare à accorder un deuxième prêt massif à trois ans et à 1% de taux d’intérêt. Plus discrètement, celle-ci a été conduite à allonger la liste des collatéraux qu’elle accepte de prendre en pension en contrepartie, inscrivant à son bilan des actifs dont la qualité est douteuse. Elle vient d’ailleurs de retirer de cette liste un gros paquet de titres, qui n’étaient vraiment pas présentables ! Comme on le sait, une des préoccupation des milieux financiers est la pénurie de collatéraux de qualité pour financer son fonctionnement dans les conditions actuelles. Et comme déjà relevé, la BCE est devenue la bad Bank que les gouvernements n’ont pas voulu créer, car rien ne dit que les prêts actuels ne devront pas être renouvelés et le collatéral accepté conservé plus longtemps que prévu.

La BCE pratique l’art de la quasi création monétaire et est devenue une quasi bad bank pour que lesbanques zombies puissent continuer de marcher.

Mais croit-on vraiment que ce délai de trois ans permettra aux banques de se refaire une santé, dans un contexte marqué par la récession économique et la nécessité de se renforcer qui les conduit à restreindre leurs opérations de crédit, une fois le bateau délesté des actifs qui pouvaient être vendus ?

Malgré leur démenti, les gouvernements allemand et français s’efforcent parallèlement d’obtenir des aménagements à la réglementation de Bâle III, afin, disent-ils, de ne pas pénaliser le crédit et la croissance. Le sujet est assez technique, mais l’idée simple : ils cherchent à obtenir des délais – comme toujours – ainsi que des facilités permettant d’élargir la liste des composants du Core tier one, ces fonds propres qui permettent de calculer le ratio d’endettement des banques. La même démarche est entreprise à propos de la composition du matelas de liquidités dont les banques devront disposer, le Comité de Bâle tardant beaucoup à statuer sur ce sujet. Au nom de la croissance, la mesure phare de la régulation financière serait donc en passe d’être détricotée, si cette initiative se confirmait.

Troisième volet, les banques espèrent de l’EBA (l’Autorité bancaire européenne) une certaine mansuétude à propos de l’examen des plans de recapitalisation qu’ils viennent de lui remettre pour étude. Encore une fois, il s’agit de porter un jugement sur l’éligibilité de certains instruments financiers, une occasion de revenir sur le laxisme de la période précédente. L’avenir proche dira si la fermeté de départ est maintenue.

Objets de toutes les attentions, les banques européennes ne sont pas pour autant tirées d’affaire. L’ensemble est devenu hétérogène et donc systémiquement fragile, les banques des pays attaqués par les marchés étant coupées de ceux-ci et sous assistance permanente. L’incitation qui leur est faite d’acheter des titres de la dette de leur propre pays avec les crédits de la BCE n’étant pas faite pour les renforcer, comme la situation des banques grecques le démontre, si un malheur devait arriver.

La question qui se pose donc dès maintenant est de savoir si la BCE sera en mesure dans trois ans de ne pas renouveler ses prêts, et s’il ne s’instaurera pas, par voie de conséquence, un nouveau mode hybride de fonctionnement du système bancaire, à cheval sur le marché interbancaire et la banque centrale, le rendant dépendant de l’assistance publique…

La même question se pose à propos des Etats qui bénéficient d’un plan de sauvetage et de ceux qui pourraient les suivre selon des modalités préventives. Une chose est en effet d’y entrer, une autre d’en sortir. Comment pourront-ils à nouveau affronter les vents cruels du marché si ceux-ci n’ont pas arrêté de souffler ? Si les taux restent à des niveaux élevés ? Ne sera-t-il pas nécessaire, dans ces conditions, de reconduire des dispositifs d’assistance financière sur fonds publics, instaurant comme pour les banques un dispositif parallèle au marché ?

Mais n’anticipons pas ! Les dirigeants européens s’apprêtent à emprunter un chemin particulièrement étroit dans les mois qui viennent. Impérativement, l’Italie doit absorber dans les mois à venir le choc du refinancement de sa dette (90 milliards d’euros d’ici avril), en attendant la création du MES prévue pour juillet, dont le principe a été hier adopté par les ministres des finances. Il va donc falloir ruser et utiliser toutes les ficelles disponibles : achats de la dette par les banques privées nationales, émission de titres à courte maturité, etc… Il n’est pas interdit de solliciter la détente des marché constatée à l’occasion de certaines récentes émissions !

Pour la suite, Angela Merkel aurait – selon un Financial Times décidément très informé ces temps-ci – mis un marché dans les mains de ceux qui réclament un renforcement des pare-feu: l’Allemagne pourrait finalement accepter d’additionner la capacité du FESF et du MES, à condition que des règles budgétaires plus strictes que celles qui sont en discussion soient adoptées… Ce qui, a bien y regarder, ne serait pas un grand engagement, car le FESF est de toute manière programmé pour être arrêté en 2013. L’abondance pour les autres, la disette pour les autres : cette règle ne se dément donc pas.

S’appuyant sur la distribution de centaines de milliards d’euros de prêts pour les banques, l’adoption de procédures renforcées d’encadrement du déficit public au niveau européen et de strictes réductions de celui-ci pays par pays, ainsi que sur le renforcement limité des pare feu, le dispositif est désormais au complet. Faut-il encore qu’il suffise à la tâche ! La question qui à cet égard monte reste sans solution : la mission qui est dévolue aux Etats européens est-elle viable, s’ils ne bénéficient pas de relais de croissance et s’enfoncent au contraire dans la récession ? C’est fort peu probable.

Des invocations sont de plus en plus entendues à ce sujet, mais elles ne dépassent pas ce stade. Tout au plus est-il affirmé, nécessité faisant vertu, que les réformes structurelles sont le levier privilégié. D’autres évoquent certes des financements européens, mais les montants restent modestes au vu des disponibilités. Aucun ne pose clairement la question essentielle : de quelle croissance s’agit-il, orientée vers quels marchés et s’appuyant sur quelle production ? Où sont les gisements de la croissance, pays par pays ? Au contraire, il continue d’être affirmé que la diminution du coût du travail améliorera la compétitivité.

Selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), la “cause structurelle” de la crise spécifique de la zone euro pourrait résider dans les bas salaires allemands, qui ont permis d’améliorer la compétitivité des exportateurs allemands. L’OIT constate que “les coûts du travail allemands ont chuté depuis une décennie par rapport aux concurrents, mettant leur croissance sous pression, avec des conséquences néfastes pour la viabilité de leurs finances publiques”. Présentée comme une solution, la généralisation européenne du modèle allemand – qui est illusoire – repose sur l’idée que le salut repose sur le développement des exportations et s’apprête à diminuer la demande intérieure et à accroitre les inégalités par des mesures d’austérité. Mais le pire est, selon l’OIT, que les succès allemands à l’exportation ne résultent principalement pas de cette politique salariale, mais tout simplement de l’adéquation de leur production avec les besoins des pays émergents.

La crise actuelle n’est pas européenne, l’une de ses origines est le changement d’axe économique mondial que représente l’émergence de pays que l’on continue abusivement de qualifier ainsi. Dans ce contexte, la compétition économique ne peut pas être gagnée par la diminution du coût du travail et il faut adopter et promulguer une autre approche de la croissance économique, pour les uns comme pour les autres. Une nouvelle fois, il faut sortir du cadre…

Jean-Louis pour François LECLERC

blog de Paul JORION 

Société générale : « Les horaires s’allongent, les bureaux se vident »

Frappée par la crise, la Société générale va supprimer 880 postes en France en 2012. Un salarié raconte ce plan social historique de l’intérieur.

Société générale : « Les horaires s'allongent, les bureaux se vident » dans Opinions societe-generale-crise-inside
La tour de la Société générale à La Défense (Emilie Brouze/Rue89)

C’est du jamais vu dans l’histoire des banques françaises : en 2012, la Société générale va supprimer 1 500 postes dans sa filiale de financement et d’investissement, dont 880 postes en France. Elle ne distribuera pas non plus de dividendes pour l’année 2011.

Paul (qui témoigne anonymement) est cadre depuis quelques années dans l’une des tours de La Défense (Hauts-de-Seine), pour une société de prestation externe à la Société générale. Il décrit à Rue89 le chamboulement provoqué par cette annonce :

« La transformation est douloureuse. On ne vit pas juste une crise financière mais un virage crucial : la refonte totale du modèle de la banque. »

Elle n’est pas propre à la Société générale : les quatre principaux établissements français (BNP Paribas, Société générale, Crédit agricole et Natixis) vont diminuer leur effectif de 11% d’ici à 2013. Ailleurs aussi, les places financières se délestent d’une partie du personnel et renoncent à des pans complets d’activité.

« On ne sait pas qui part, qui reste, qui sera le chef »

Paul raconte que depuis septembre, toutes les embauches sont gelées à La Défense. Une partie du personnel en fin de contrat n’a pas été renouvelée :

« En ce moment, une personne fait le travail de deux et bientôt de trois salariés. Les horaires s’allongent, les bureaux se vident. Dans mon équipe, on était une cinquantaine. Fin décembre, on n’était plus que vingt environ. »

Dans son service, un bureau sur deux n’est plus occupé. Par un communiquédaté du 4 janvier, la Société générale précise que le plan social se fera « sans licenciement économique et sans départ contraint ». En interne, les annonces successives démotivent et angoissent. Il suffit de regarder les visages le matin, assure Paul :

« Chacun essaie de faire ses propres calculs. Tout ça, c’est énormément de stress. On ne sait pas clairement à quoi va ressembler le travail de demain. On ne sait pas qui part. On ne sait pas qui reste. On ne sait pas qui va être le chef. C’est un peu le “no man’s land” : on ne sait rien. »

En souriant, il décrit aussi « l’effet inverse » :

« Ce qui est fabuleux c’est que petit à petit, certains relativisent. Les équipes se ressoudent : on boit des verres le soir ou on tire les rois dans les services. Mais je crois que les gens ont hâte de savoir. »

Plan Roméo : « Le mal était fait »

Le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) – plus simplement plan social – sera fixé en avril. Auparavant, la direction avait tâtonné en lançant successivement une « méthode d’évaluation comportementale » (avec des notes de A à E pour chacun) et un (officieux) « plan Roméo ». Deux tollés avortés :

« Dans le fameux plan Roméo, il s’agissait de trouver dans les contrats des internes des taches non faites pour pointer les torts. Une sorte de plan de licenciement déguisé, presque à la tête du client.

On a toujours travaillé dans l’urgence, sans prendre le temps de se poser. Alors forcément, il y a des failles : on accusait des gens alors que l’entreprise avait aussi ses responsabilités.

Ce plan Roméo a failli mal tourner. Il n’a heureusement pas abouti : les syndicats ont stoppé tout ça. Mais moralement, le mal était fait. C’était une pression folle, très difficile à supporter pour des gens qui ont travaillé dur pendant des années. »

« Négligences », « défaillances graves »

A la Société générale, qui emploie 40 000 personnes en France, le plan social annoncé en janvier s’accompagne d’un plan d’économies. Objectif : adapter ses activités à la crise de la dette qui touche la zone euro. La valeur boursière de la banque a été lourdement affectée par les turbulences du marché en 2011.

Paul remonte le temps pour retracer la crise :

« Après la guerre, les marchés financiers ont été libéralisés. Les banques se sont alors éloignées de leur fonction de base : collecter les fonds des particuliers, créer de l’épargne. L’argent coulait à flots. Et puis on a découvert avec la crise qu’il n’était pas illimité. »

A la Société générale, il y a (aussi) eu l’affaire Kerviel. En 2008, ce trader est accusé d’être à l’origine de 4,9 milliards d’euros de pertes. La Commission bancaire a ensuite sanctionné l’établissement pour « carences graves du système de contrôle interne ».

Des têtes sont tombées, dont celle Daniel Bouton, parti en 2009 : malgré l’affaire Kerviel et après que l’entreprise a reçu des milliards d’euros d’aides de l’Etat, l’ex-PDG s’était quand même octroyé des stock-options.

Paul explique que depuis Kerviel, « beaucoup d’argent a été investi pour sécuriser les activités. » Le trader n’a pas été le seul à faire n’importe quoi : en 2011, l’autorité des marchés financiers a sanctionné la Société générale pour« négligences » et « défaillances graves » dans la gestion de l’une de ses filiales pendant la crise.

« La crise a permis de se poser les bonnes questions »

« De cette crise, il faut savoir une chose : il y a ce que voit le grand public et ce qu’il se passe réellement. »

Ce qu’il se passe « réellement », c’est la transformation complète de la banque. Paul explique qu’aujourd’hui, les établissements bancaires ne perdent pas d’argent. Nuance : ils n’en gagnent pas suffisamment pour maintenir leurs activités.

« La crise a enfin permis de se poser les bonnes questions. Ça a été une prise de conscience énorme. On ne peut plus se permettre de gaspiller. Les enjeux sont lourds : contrôler le système et revenir à l’activité première de la banque.

Je n’ai jamais vu autant de publicités en ce moment pour appâter le particulier. Car le particulier, c’est finalement l’activité qui rapporte le plus et qui est la plus stable : on l’avait un peu oublié. »

En interne, la transformation n’est pas si simple car, appuie Paul, « on passe d’un extrême à l’autre » :« C’est carrément toute une mentalité qu’il faut casser. Il y a une telle inertie dans la banque que le changement est lourd. Je travaille avec des responsables qui pensent encore que l’argent n’a pas de limites… »

Jean-Louis pour Emilie Brouze

in Rue89

Il est désormais recommandé d’interdire

Un nouveau virus se répand au Parlement. On le savait déjà atteint, de longue date, d’une démangeaison législative aiguë qui le conduit à voter trop de textes, trop longs, sur à peu près n’importe quoi, avec une dilection particulière pour les sujets des titres médiatiques, qui inspirent aussitôt des initiatives, le plus souvent irréfléchies. Ce n’est pas qu’aient manqué critiques et mises en garde, ou analyses sérieuses des méfaits en tous genres de ce prurit absurde, mais rien n’y fait. Les nouvelles règles de fixation de l’ordre du jour des assemblées, qui favorisent les choix des élus, ont même conduit à ce qu’à l’impatience gouvernementale s’ajoute désormais l’activisme de députés ou sénateurs trop heureux de pouvoir faire discuter leurs propres propositions, même d’inspiration douteuse.

Tout cela est bien connu et déjà préoccupant. Mais cette maladie endémique s’aggrave aujourd’hui d’une autre, plus inquiétante encore, qui est la frénésie de l’interdit.

Au réflexe pavlovien antérieur – un problème : une loi – il s’en substitue un nouveau – une inquiétude : un interdit. Le législateur ne cherche plus à réguler, à inciter, à organiser. Il trouve plus expédient de prohiber. L’exploitation du gaz de schiste soulève des difficultés ? On l’interdit, jusque dans la prospection même. Le bisphénol A est un composé chimique utile et répandu, mais aussi un perturbateur endocrinien occasionnel. Qu’à cela ne tienne, il sera interdit dans tous les contenants alimentaires. Répandre, dans un endroit qu’il a beaucoup aimé, les cendres du cher disparu incinéré peut parfois soulever quelques difficultés familiales. On l’a donc interdit. La prostitution choque. Prohibons-la. Parler des massacres dont furent victimes les Arméniens en 1915, n’est pas assez poignant. Il faudra dire génocide, sauf à s’exposer à des sanctions pénales. Indiquer sur l’emballage d’un médicament que celui-ci est remboursé par la sécurité sociale pourrait en encourager la consommation. Un bon interdit y pourvoit.

Ces quelques exemples, loin d’être exhaustifs, montrent que le mal frappe partout, dans les domaines les plus variés, par lequel un législateur autoritaire et puritain traque pour nous le danger, physique ou moral, ou simplement son ombre, et rogne la liberté, victime d’une sorte de mitage sans précédent dont, comme tous les mitages, on ne prendra réellement conscience que lorsqu’il sera trop tard.

Les moyens ne manquent pourtant pas de faire autrement. Un exemple : l’interdiction allait s’abattre sur les systèmes très populaires de type « Coyote », grâce auxquels les automobilistes peuvent bénéficier d’informations et se les communiquer entre eux. La levée de bouclier fut telle que les parlementaires s’en émurent, que le gouvernement engagea des discussions avec les opérateurs, lesquelles ont finalement accouché d’une modification opportune du code de la route qui, à certaines conditions raisonnables, renonce à pourchasser ces dispositifs, rebaptisés « assistants d’aide à la conduite », et les met au service de la lutte contre l’insécurité routière. C’est quand même plus intelligent.

Les anarchistes n’avaient rien inventé en scandant « il est interdit d’interdire ». Les constituants de 1789 l’avaient déjà exprimé, à leur manière moins tonitruante, en écrivant à l’article 5 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que « La loi n’a le droit de défendre que les actions nuisible à la société ». Mais ce principe fondamental perd son sens et sa vertu lorsque la nuisance à la société s’interprète de manière à ce point extensive que le législateur peut pénétrer partout. Sous le prétexte commode de la santé publique ou ceux, très accueillants aussi, de la protection de l’environnement ou de la sécurité, le tout encore aggravé d’une lecture abusive du principe de précaution, il n’est plus aucune sphère privée qui soit à l’abri des ukases.

Gauche et droite les manient avec une ferveur égale : j’interdis, donc je suis. Le temps n’est plus où la première se flattait d’une défense vigilante de la liberté individuelle. Ses représentants votent les prohibitions, ou les réclament, avec le même enthousiasme que leurs contradicteurs habituels, de sorte que même une alternance politique ne suffirait pas à nous mettre à l’abri de cette dérive.

Il ne s’agit évidemment pas de nier que des interdits puissent être nécessaires, mais seulement de rappeler qu’ils doivent demeurer l’exception, n’être imposés qu’après mûre réflexion et seulement si c’est l’unique moyen disponible. Ils ne peuvent être une facilité choisie par habitude, faute de quoi ce sont toutes nos libertés qui se trouvent menacées, alors que certaines sont déjà endommagées. Est-ce trop demander ?

 

 Guy Carcassonne

Professeur en droit public.

in huffingtonpost.fr

Pourquoi ‘Europe’ est un gros mot

Les républicains dénoncent le projet supposé de Barack Obama de créer des avantages sociaux « à l’européenne ». Mais ils ne s’alarment que par ignorance, estime un chroniqueur du New York Times, car les Américains ont encore des choses à apprendre du Vieux Continent.

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© Dessin de Falco

Quelle horreur !* Barack Obama cherche à transformer les Etats-Unis en prenant l’Europe pour modèle. « Il veut faire de nous un Etat providence à l’européenne », prévient Mitt Romney, le favori dans la course à l’investiture républicaine. Mille et une versions de cette vision terrifiante hantent les discours de Romney, qui assure que cela « empoisonnerait l’idée même de ce que sont les Etats-Unis ». Avis que partage l’ancien sénateur de la Pennsylvanie Rick Santorum, qui craint qu’Obama « tente d’imposer une sorte de socialisme européen aux Etats-Unis ».

Qui le savait ? Notre président complote pour nous métamorphoser en Européens. Imaginez un peu ! Par une douce matinée à Peoria (Illinois), un mari et son épouse prennent leur petit déjeuner. « Tu es sûr que tu ne veux pas des œufs et du bacon ? » demande la femme. « Oh non, je préfère ces croissants, répond l’homme. Ils ont un merveilleux je ne sais quoi*. »

Il trempe son croissant dans son café au lait* et l’attaque avec appétit. « Qu’est-ce que tu as envie de faire ce soir ? s’enquiert-il. Maintenant que nous ne travaillons plus que 35 heures par semaine, nous avons tellement de temps. Tu veux aller voir le dernier James Bond ? »
« Je préférerais aller voir un film d’art et d’essai en version originale sous-titrée, propose-t-elle. Ou regarder une émission de télévision intellectuelle et prétentieuse. »

« J’ai entendu dire que Kim Kardashian [une starlette de télé-réalité] avait lancé une nouvelle émission où elle débat de philosophie et de politique internationale avec Bernard-Henri Lévy, réfléchit-il. Oh, chérie*, ça me rappelle, et si on profitait du lancement de la nouvelle chaîne de pétanque pour organiser une superboules-partie*. »

« Parfait !* Et il faut qu’on réfléchisse à nos vacances, maintenant qu’on peut prendre tout le mois d’août. Au lieu d’un week-end à Vegas à voir des combats d’ultimate fighting [une discipline qui mélange différents sports de combat], partons visiter les vignobles pendant un mois. » « Comme c’est romantique ! s’exclame-t-il. Avant, j’avais peur de tomber malade en voyage. Mais maintenant que nous bénéficions d’un système de santé universel, plus de problème ! »

Méfiez-vous : encore un mandat d’Obama, et nous ne pourrons plus nous empêcher de nous faire la bise chaque fois que nous nous rencontrerons. En fait, il se passe quelque chose de grave. Si les candidats républicains se livrent à ce genre d’attaque contre Obama, c’est parce que nombreux sont les Américains qui ont une vision caricaturale de l’Europe, considérée comme un système socialiste déliquescent et inefficace.

Jean-Louis pour Nicholas D. Kristof

in The New York Times

Transmis par Courrier International

 

Vietnam, cinquante ans après : dans l’antre de la dioxine

Cinquante ans après les premiers largages de défoliants et d’herbicides par les Etats-Unis sur le Vietnam, les sols et les eaux sont toujours contaminés. Reportage à Dong Son, commune qui a servi de base à l’armée américaine pour stocker la dioxine destinée à être pulvérisée dans les provinces du centre.

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Les sols et les eaux toujours contaminés (Phúc Thái/InfoSud)

(De Dong Son) Après avoir roulé sur plus de 200 km de cols au nord de Danang (capitale du Centre Vietnam), nous arrivons à Dong Son au crépuscule. Un paysage de montagnes et de futaies se déploie majestueusement.

Au bout d’une route sinueuse et goudronnée, se dresse le centre administratif de la commune. Au loin, des nappes de fumées s’échappent des cuisines, tels des nuages glissant nonchalamment vers l’horizon.

LES VICTIMES (SOURCES VIETNAMIENNES)
  • 3 millions de Vietnamiens ont été reconnus victimes de l’agent orange/dioxine ;
  • 34% des personnes atteintes sont des femmes. Outre des handicaps physiques, elles souffrent souvent de stérilité. En 1970, alors que la deuxième guerre du Vietnam battait son plein, des chercheurs américains ont trouvé dans le lait des mères sud-vietnamiennes 480pg/g de dioxine, soit un taux 140 fois plus élevé que celui des Américaines ;
  • dans 18% des foyers de victimes vietnamiennes, la femme et le mari sont tous les deux touchés ;
  • 85% des familles de victimes ont entre deux et quatre enfants souffrant de malformations ;
  • 3% des familles ont jusqu’à cinq enfants handicapés.

Les bras vigoureux des jeunes montagnardes recueillent rapidement des écopes d’eau limpide dans les ruisseaux. Les sons familiers des oiseaux des bois annoncent la fin imminente d’une journée.

L’existence même de la vie en cet endroit semble défier le temps. Et pourtant, c’est bien ici que l’armée américaine a modifié, depuis cinquante ans, tout l’écosystème de la forêt.

Les habitants souffrent toujours des lourdes conséquences de cette guerre qui n’a pas livré tous ses secrets.

Selon les sources vietnamiennes, 432 812 litres de produits chimiques toxiques contenant 11 kg de dioxine ont été déversés dans cette localité. On a découvert de la dioxine dans le sang de nombreux jeunes de moins de 25 ans.

Dong Son est une commune très pauvre, peuplée à 90% d’ethnies minoritaires, isolées du reste du pays.

Ici, le niveau d’instruction est très bas, la vie est rude. Beaucoup d’enfants naissent mal-formés et meurent jeunes. Nous nous trouvons sur des terres encore polluées.

Phung Tuu Boi, un expert en environnement, s’intéresse à la région depuis 1977. C’est lui qui nous introduit au président de la commune, Ho Giang Nghinh. L’homme, trapu et souriant, s’élance pour nous accueillir.

« Dong Son était autrefois une base de l’armée américaine qui a fait construire l’aéroport militaire d’Asho afin de stocker la dioxine destinée à être pulvérisée dans les provinces du centre du pays. Cette terre a été gravement exposée. »

Cohabitation avec « la mort »

Vivant dans une petite maison située en face du centre culturel communal, Ho Gia, 44 ans, est de l’ethnie Pa Ko. Lui et sa femme sont en train d’aider leur fille aveugle à se déplacer.

Nous découvrons avec surprise les quatre murs de la salle centrale couverts de témoignages de satisfaction et de dessins que Ngọc Thu a faits avant de perdre la vue.

La famille de Ho Gia figure parmi les 34 foyers qui vivaient sur l’ancien aéroport d’Asho. La zone a été surnommée « génie de la mort ».

Sa femme a accouché quatorze fois, mais seulement trois enfants ont survécu. Et la douleur du couple ne s’arrête pas là. Leur fille de 13 ans a subi trois opérations cérébrales (de 2004 à 2006) pour pouvoir survivre, mais elle est devenue aveugle.

Les deux autres enfants sont aussi en train de perdre progressivement la vue et une partie de l’audition.

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Ho Thi Ngoc Thu ne pourra plus jamais voir les dessins qu’elle avait réalisés avant de perdre la vue (Phúc Thái/InfoSud)

La commune, fondée en 1991, ne comptait au début que 120 ménages qui se concentraient dans une vallée d’une superficie de plus de 2 000 hectares. Son centre administratif et les logements de 34 familles se trouvaient en plein sur l’aéroport.

Selon M. Boi, « ces gens ne savaient pas qu’ils vivaient sur un endroit dont l’eau et la terre étaient gravement polluées ».

Dans les années 2000, la commission 10-80 (chargée de remédier aux conséquences sur la santé humaine des produits toxiques utilisés pendant la guerre) et la firme canadienne Hatfields (spécialisée dans les consultations sur l’environnement) ont démarré des recherches sur des échantillons de terre polluée au « point chaud d’Asho ».

Au vu des résultats alarmants, les bureaux de la commune et ces ménages ont alors été déplacés d’environ un kilomètre.

Mais les foyers sur l’aéroport ne sont pas les seuls contaminés. Ceux qui se trouvent plus éloignés de cette zone le sont aussi. Et bien que les autorités aient interdit l’utilisation des puits et des canaux contaminés, la plupart des familles à Dong Son utilisent cette eau pour leurs besoins quotidiens : lessive, bain, consommation…

Les habitants savent que ces sources contiennent de la dioxine, mais ils n’ont aucun autre choix. En plus, le système de décontamination construit par la commission 10-80 à l’intention des habitants ne fonctionne plus.

Maladies étranges

Ainsi, la famille de Mme Ho Thi Hai (aussi de l’ethnie Pa Ko) a eu quatre enfants mais l’un est mort à l’âge de 3 ans suite à de fortes migraines et de graves difficultés respiratoires.

La fille aînée ne pesait qu’un kilo quand elle avait 2 mois. Aujourd’hui âgée de 15 ans, elle est très faible et présente des symptômes similaires à ceux de sa sœur décédée.

Certaines victimes souffrent également de maladies étranges. Mme Nguyen Thi Hue (de l’ethnie Ka Tu), par exemple, tout à fait bien portante en 2008, a soudainement eu de violentes migraines et des douleurs dans tout le corps, puis elle a perdu tous ses cheveux.

Comme les autres, sa famille consommait exclusivement l’eau des puits polluée par la dioxine.

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Ho Thi Cau, 15 ans, ressemble à une gamine de 8 ans. Des familles entières sont atteintes de maladies bizarres, tandis que les enfants naissent malformés (Phúc Thái/InfoSud)

A Dong Son, les gens vivent principalement du riz et de l’élevage. Or, dans les rizières, on ne voit que des plantes rabougries à cause d’une terre devenue infertile qui compte à peine 5 cm d’alluvions en surface, le reste étant formé par l’argile et le kaolin. Une grande pluie suffit à éroder cette mince couche d’alluvion. La culture rencontre donc de nombreuses difficultés.

En plus, de mars à mai, le vent du Sud, violent, endommage le riz en phase de pollinisation et de formation. Sur cette terre contaminée, les habitants ne cessent de chercher des solutions pour améliorer le rendement.

Pour ce qui est de l’élevage, le froid vigoureux et prolongé à l’approche du Nouvel An lunaire (février) tue presque tous les bovins. Les habitants doivent s’endetter afin d’acheter veaux et bufflons, mais une seule vague de froid ou d’épidémie suffit pour leur faire tout perdre.

Signe encourageant, les scientifiques ont trouvé il y a six ans une forme d’acacia qui peut s’adapter à l’environnement de cette localité.

Depuis 2005, Dong Son plante ces acacias pour permettre aux habitants de développer leur économie. Actuellement, la commune en compte près de 800 hectares, couvrant ainsi tous les terrains inoccupés. Le soleil est à son zénith lorsque nous quittons Dong Son. Les enfants insouciants pataugent dans un ruisseau.

Sur la pelouse verdoyante qui a recouvert l’aéroport pollué, des bœufs et buffles efflanqués, paissent assidûment.

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Des gamins s’amusent, un bœuf broute, cette apparence paisible cache une cruelle réalité : à Dong Son, l’eau, la terre et la végétation portent toutes en elles les traces de l’agent orange/dioxine (Phúc Thái/InfoSud).

Jean-Louis pour Mạnh Hùng

in Rue89

 

 

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